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Budget primitif pour 2008
Intervention de Philippe CARBIENER pour le groupe des élu(e)s Verts
Monsieur
le Président, chers collègues,
L’histoire nous enseigne que l’effondrement des civilisations passées
avait, au-delà de leurs différences, un point commun, celui d’avoir été
incapable de se remettre en cause. Une telle remise en cause est
paradoxalement aujourd’hui plus difficile que jamais dans notre univers
productiviste. Arthur Koestler, un des esprits rétrospectivement lucide
du siècle passé exprimait cette idée dans son ouvrage de 1965 «un cheval
dans la locomotive». Il y pointait la disproportion entre la force des
moyens techniques dont disposait désormais l’humanité et la capacité
morale et de contrôle de l’être humain, ainsi dépassé par ses créations.
Alors qu’aujourd’hui nous avons davantage conscience de ce défi, nous
sommes, face à l’urgence environnementale, sommés de savoir penser les
risques et de veiller à placer le principe de responsabilité au coeur de
nos orientations.
Notre
société se délite et va vers l’abîme parce que nous n’avons plus, depuis
trop longtemps, véritablement d’idées en ce qui concerne notre destin
collectif. C’est parce que l’institution régionale peut permettre de
renouer avec cette nécessité que nous examinerons à cette aune votre
budget pour l’année 2008. Nous le ferons d’ailleurs en partie à la
lumière des conclusions du grenelle de l’environnement qui fut un grand
épisode de conscience collective.
Il est
vrai que votre budget s’inscrit dans un contexte difficile où vous vous
voyez dans l’obligation, à ambition constante, d’alourdir la fiscalité
et l’endettement régional pour financer les allègements nationaux que
vos choix politiques ont instaurés. Ces derniers conduisant à isoler ou
la lier perversement à la TIPP les finances régionales de toute
dynamique nationale désormais.
Ceci
posé, nous reconnaissons que vous nous avez rejoint dans l’idée exprimée
lors du DOB, de recentrer la Région sur ses missions essentielles, de
privilégier des politiques stratégiques au coeur desquelles figure enfin
la prise en compte de l’environnement. Pour autant nous n’approuvons que
très partiellement l’art et la manière avec laquelle vous y procédez. Il
ne s’agit pas seulement de bien faire ça et là mais surtout de veiller à
servir une direction précise par un ensemble de mesures cohérentes et
c’est là que le bât blesse...
Comment
lutter contre le changement climatique sans économiser l’énergie ? Vous
nous avez écouté en initiant le programme « Effienergie », mais celui-ci
ne concerne que le neuf, et en dépit de nos suggestions de l’an passé
nous ne voyons toujours rien qui soit destiné à aider nos concitoyens à
isoler les logements existants, à l’instar de l’initiative de maintes
autres régions que j’avais pris la peine de vous détailler lors du débat
de l’an passé. Contrairement à la Région PACA, vous vous désintéressez
d’une consommation électrique croissante, particulièrement immaîtrisée
en Alsace. Pis, vous la stimuler sciemment avec votre dispositif d’aide
à la climatisation, j’ai nommé votre soutien désastreux à la
communication en faveur des pompes à chaleur.
Cette passivité couplée avec votre promotion du grand contournement
routier ouest démontre que, même implicitement, la Région Alsace se
refuse à planifier toutes mesures cohérentes en faveur du climat.
Comment
préserver la biodiversité en soutenant toutes les formes d’agriculture,
sans exclusive aucune, en accentuant la mobilisation de la ressource
bois sans instaurer des réserves pour y pallier, en détruisant une zone
à tétras sur l’autel du tourisme hivernal au Lac Blanc, ou encore en
inscrivant un projet de golf dans un site remarquable ?
Comment
préserver l’espace naturel et agricole en réduisant de moitié le budget
consacré à la réhabilitation des friches industrielles et en le
restreignant aux zones fragiles ? Pourquoi négliger de questionner
certaines des recherches, locales portant sur le génie génétique comme
celles menées sur la vigne ?
Comment «
préserver la santé, l’environnement tout en stimulant l’économie » en
supprimant la ligne « recherche en environnement » qui a pourtant un
rôle crucial à jouer dans « une économie de la connaissance »
contemporaine ? Pourquoi diminuer de moitié les crédits dévolus à
l’intelligence économique alors qu’hors redéploiement ils pourraient
nous éclairer sur les précautions à prendre face aux nouvelles
technologies telles les nanotechnologies tout en esquissant d’autres
vecteurs d’innovations que le seul cluster énergie ? Le renforcement des
aides à la recherche au-delà des biotechnologies et l’irruption de
capital-risqueurs, phénomène que nous saluons, offrirait pourtant
maintes opportunités.
Comment «
instaurer une démocratie écologique » sans définir avec davantage de
rigueur la notion de développement durable que vous ambitionnez de
placer maintenant au coeur de toutes vos politiques, sans exemplarité
plus fondée ? Sans la création de tableaux d’objectifs et le suivi
d’indicateurs ? Sans labélisation régionale plus étendue et plus
significative ? Sans organiser de manière rigoureuse l’expertise et la
participation citoyenne ?
Je
n’expose pas ici davantage nos propositions qui furent détaillées lors
du débat de l’an dernier, hélas bien peu prises en compte et celles
formulées au fil de nos interventions en commission ou par courrier.
Durant
cette séance, nos interventions lors des débats relatifs aux budgets des
différentes commissions nous permettront de développer notre propos pour
le détailler davantage qu’il n’est possible de le faire dans ce débat
initial tout en veillant à le nuancer selon notre pratique constante.
Ce budget
est placé sous le signe des bonnes intentions mais aussi de la
dispersion. De ce fait, aucune priorité véritable en matière de
développement durable ne s’en dégage alors de manière fonctionnelle, et,
voisinant avec des mesures douteuses, bien des impulsions vertueuses
qu’il renferme s’en trouvent ainsi stérilisées.
Alors que
nous savons n’avoir que peu à attendre de l’Etat et que c’est à nous
qu’incombe alors de prendre de manière souveraine des responsabilités
aujourd’hui cruciales, ce budget ne saurait trouver notre acquiescement.
Je vous
remercie de votre attention.
Philippe
CARBIENER
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