Séance plénière des
17 et 18 décembre 2007

Séance Budgétaire

 
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Budget primitif pour 2008

Intervention de Philippe CARBIENER pour le groupe des élu(e)s Verts
 

Monsieur le Président, chers collègues,

L’histoire nous enseigne que l’effondrement des civilisations passées avait, au-delà de leurs différences, un point commun, celui d’avoir été incapable de se remettre en cause. Une telle remise en cause est paradoxalement aujourd’hui plus difficile que jamais dans notre univers productiviste. Arthur Koestler, un des esprits rétrospectivement lucide du siècle passé exprimait cette idée dans son ouvrage de 1965 «un cheval dans la locomotive». Il y pointait la disproportion entre la force des moyens techniques dont disposait désormais l’humanité et la capacité morale et de contrôle de l’être humain, ainsi dépassé par ses créations. Alors qu’aujourd’hui nous avons davantage conscience de ce défi, nous sommes, face à l’urgence environnementale, sommés de savoir penser les risques et de veiller à placer le principe de responsabilité au coeur de nos orientations.

Notre société se délite et va vers l’abîme parce que nous n’avons plus, depuis trop longtemps, véritablement d’idées en ce qui concerne notre destin collectif. C’est parce que l’institution régionale peut permettre de renouer avec cette nécessité que nous examinerons à cette aune votre budget pour l’année 2008. Nous le ferons d’ailleurs en partie à la lumière des conclusions du grenelle de l’environnement qui fut un grand épisode de conscience collective.

Il est vrai que votre budget s’inscrit dans un contexte difficile où vous vous voyez dans l’obligation, à ambition constante, d’alourdir la fiscalité et l’endettement régional pour financer les allègements nationaux que vos choix politiques ont instaurés. Ces derniers conduisant à isoler ou la lier perversement à la TIPP les finances régionales de toute dynamique nationale désormais.

Ceci posé, nous reconnaissons que vous nous avez rejoint dans l’idée exprimée lors du DOB, de recentrer la Région sur ses missions essentielles, de privilégier des politiques stratégiques au coeur desquelles figure enfin la prise en compte de l’environnement. Pour autant nous n’approuvons que très partiellement l’art et la manière avec laquelle vous y procédez. Il ne s’agit pas seulement de bien faire ça et là mais surtout de veiller à servir une direction précise par un ensemble de mesures cohérentes et c’est là que le bât blesse...

Comment lutter contre le changement climatique sans économiser l’énergie ? Vous nous avez écouté en initiant le programme « Effienergie », mais celui-ci ne concerne que le neuf, et en dépit de nos suggestions de l’an passé nous ne voyons toujours rien qui soit destiné à aider nos concitoyens à isoler les logements existants, à l’instar de l’initiative de maintes autres régions que j’avais pris la peine de vous détailler lors du débat de l’an passé. Contrairement à la Région PACA, vous vous désintéressez d’une consommation électrique croissante, particulièrement immaîtrisée en Alsace. Pis, vous la stimuler sciemment avec votre dispositif d’aide à la climatisation, j’ai nommé votre soutien désastreux à la communication en faveur des pompes à chaleur.
Cette passivité couplée avec votre promotion du grand contournement routier ouest démontre que, même implicitement, la Région Alsace se refuse à planifier toutes mesures cohérentes en faveur du climat.

Comment préserver la biodiversité en soutenant toutes les formes d’agriculture, sans exclusive aucune, en accentuant la mobilisation de la ressource bois sans instaurer des réserves pour y pallier, en détruisant une zone à tétras sur l’autel du tourisme hivernal au Lac Blanc, ou encore en inscrivant un projet de golf dans un site remarquable ?

Comment préserver l’espace naturel et agricole en réduisant de moitié le budget consacré à la réhabilitation des friches industrielles et en le restreignant aux zones fragiles ? Pourquoi négliger de questionner certaines des recherches, locales portant sur le génie génétique comme celles menées sur la vigne ?

Comment « préserver la santé, l’environnement tout en stimulant l’économie » en supprimant la ligne « recherche en environnement » qui a pourtant un rôle crucial à jouer dans « une économie de la connaissance » contemporaine ? Pourquoi diminuer de moitié les crédits dévolus à l’intelligence économique alors qu’hors redéploiement ils pourraient nous éclairer sur les précautions à prendre face aux nouvelles technologies telles les nanotechnologies tout en esquissant d’autres vecteurs d’innovations que le seul cluster énergie ? Le renforcement des aides à la recherche au-delà des biotechnologies et l’irruption de capital-risqueurs, phénomène que nous saluons, offrirait pourtant maintes opportunités.

Comment « instaurer une démocratie écologique » sans définir avec davantage de rigueur la notion de développement durable que vous ambitionnez de placer maintenant au coeur de toutes vos politiques, sans exemplarité plus fondée ? Sans la création de tableaux d’objectifs et le suivi d’indicateurs ? Sans labélisation régionale plus étendue et plus significative ? Sans organiser de manière rigoureuse l’expertise et la participation citoyenne ?

Je n’expose pas ici davantage nos propositions qui furent détaillées lors du débat de l’an dernier, hélas bien peu prises en compte et celles formulées au fil de nos interventions en commission ou par courrier.

Durant cette séance, nos interventions lors des débats relatifs aux budgets des différentes commissions nous permettront de développer notre propos pour le détailler davantage qu’il n’est possible de le faire dans ce débat initial tout en veillant à le nuancer selon notre pratique constante.

Ce budget est placé sous le signe des bonnes intentions mais aussi de la dispersion. De ce fait, aucune priorité véritable en matière de développement durable ne s’en dégage alors de manière fonctionnelle, et, voisinant avec des mesures douteuses, bien des impulsions vertueuses qu’il renferme s’en trouvent ainsi stérilisées.

Alors que nous savons n’avoir que peu à attendre de l’Etat et que c’est à nous qu’incombe alors de prendre de manière souveraine des responsabilités aujourd’hui cruciales, ce budget ne saurait trouver notre acquiescement.

Je vous remercie de votre attention.

Philippe CARBIENER