Séance plénière du 26 octobre 2007

 
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Intervention en séance de Philippe CARBIENER

 

 

”Orientations budgétaires pour l'exercice 2008"

 

Monsieur le Président,

Chaque alsacien a aujourd’hui conscience que le climat s’alourdit, que les nuages noirs s’accumulent à l’horizon. Le dollar poursuit sa glissade et les Etats-Unis pourraient plomber toute l’économie mondiale en cessant de l’alimenter par une demande inextinguible. Le pétrole se rapproche de cours qui naguère auraient été jugés apocalyptiques et qui vont progressivement gripper notre mode de fonctionnement. Le rideau se déchire, un autre monde est à inventer et rien n’est prêt.

Les projets du Grenelle interpellent les consciences les plus placides. Serait-il à croire que les questions soulevées par les écologistes depuis des décennies auraient un fondement, que les dénis des Ferry, Allègre, Lomborg et consorts n’eussent été que faux semblant ?

Et s’il faut agir, comment le peut-on encore dans un Etat « en faillite » ? Les gouvernements successifs depuis 1983 et après Raymond Barre s’étant employés à «tuer la bête» selon l’expression de Reagan.

L’animal se révèle pourtant chaque jour plus indispensable pour organiser les réorientations qui pressent.

Ainsi, notre région se retrouve-t-elle fort dépourvue, privée de recettes indexées sur la croissance, au moment précis où le gouvernement de ses amis mise tout sur son retour.

Dans ce contexte cruel d’illusions perdues, le mot « orientation » de notre débat budgétaire reprend toute sa force, tant son contenu s’avèrera crucial.

Ainsi, nous souscrivons à l’esprit de vos propositions, à savoir se recentrer sur les compétences obligatoires de la Région, mais avons pour le moins quelques interrogations sur la lettre que nous souhaiterions plus rigoureuse, nantie d’un contenu fort différent et assortie de quelques expérimentations ciblées qui sont un autre devoir des régions.

Oui, concentrons nos efforts budgétaires sur l’éducation, la formation professionnelle et la culture. Le poste principal étant constitué des lycées, comment instaurer un cadre véritablement incitatif aux économies d’énergie, un des premiers postes de dépense de fonctionnement, en prenant comme référence une année clémente 2006, sans apparemment des degrés-jours et en se servant de ce prétexte pour solder les fonds de réserve des établissements ? Un autre conventionnement objectif, sérieux et partenarial est à proposer.

Faut-il au chapitre des voyages lycéens, continuer de manière insoutenable, à financer des déplacements aéronautiques intercontinentaux comme on l’a vu apparaître au titre de l’aide à  l’acquisition des compétences linguistiques en chinois par exemple. D’autres méthodologies sont à promouvoir d’urgence !

De grands programmes d’investissement s’achèvent, faut-il cesser sans relâche d’améliorer la question de vie sur les campus ? Non, dans ce domaine des investissements supérieurs aux conventions assureront notre attraction sur le long terme, des étudiants particulièrement choyés suscitant par après des implantations.

Au risque de peiner les académies savantes à la française, ne pourrait-on pas susciter une filière axée sur le domaine tabou, mais précieux pour nos compatriotes, de la santé environnementale ?

Concernant l’aménagement du territoire, la planification, faut-il continuer à accorder 6% de plus, par habitants et par an, aux aéroports et aux routes par rapport aux autres régions françaises ?

Alors que la fréquentation des TER croit de 8 à 10% par an, un budget autorisant d’ici 2011 une hausse cumulée de l’offre en places limitées à 10%, est-il en ligne avec ce succès attendu, annoncé et si opportun ?

Toujours dans ce contexte d’accélération du réchauffement climatique, les scénarios les plus sombres se constatent actuellement, est-il censé de brûler 22 M d’€ en AP pour le GCO ? Alors que l’espace agricole et naturel se restreint, de diminuer de 50%, la réhabilitation des friches industrielles ? Et ce n’est pas la baisse de 50% des budgets dévolus à « l’intelligence économique » qui risquent de palier un à manque d’inspiration aussi flagrant et osons-le, tant ces questions sont graves, coupable.

Et, puisque le développement se doit désormais d’être durable et intègre l’environnement  comment expliquer que l’Alsace n’y consacre que 4.6 € /an contre 7.1 en moyenne dans les autres régions.

10 fois moins pour l’eau, 2 fois moins pour le patrimoine naturel avec des budgets privés à la baisse, 40 fois moins pour la santé.

Si l’Alsace dépense un peu plus que les énergies renouvelables, peut-on accepter que cette ligne inclue une aide à la climatisation ?

Pourquoi, en dépit d’un budget prévu à la hausse le soutien à l’agriculture bio, ne saurait-il représenter que moins d’1/10e en investissement et 1/5e en fonctionnement de celui à l’agriculture chimique dite « raisonnée » ?

D’accord, mettons l’accent sur la compétence « développement économique » et travaillons à améliorer l’attractivité de notre territoire. Pour attirer les « hauts potentiels » la question de la qualité de la vie est un critère clé mais on ne discerne pas de signes positifs en ce sens dans vos orientations, bien au contraire.

Misons sur les pôles de compétitivité mais pas seulement : le secteur automobile se délitera inexorablement, les biotechnologies si prometteuses et à encourager sont encore pénalisées par le poids résiduel d’un secteur consacré à un « génie génétique » dans une impasse avérée, le pôle textile qui engage une reconversion en se positionnant sur le potentiel des contraintes éco-toxicologiques et environnementales, nous indique un axe de développement fécond.

Concentré sur ses compétences, débarrassé de ses lubies telle le soutien au Bioscope, la Région Alsace pourrait alors dégager les moyens de s’astreindre à un devoir trop négligé jusqu’alors, celui de l’innovation puisqu’elle y a un droit reconnu.

A ce chapitre important nous proposons d’une part un grand programme multifonctionnel de renaturation du Rhin, restaurant une trame verte magistrale, une biodiversité prodigieuse, la sécurité des biens et des personnes en toute solidarité européenne, un approvisionnement à bon compte en eau potable tout en assurant des travaux d’utilité générale au secteur du BTP.

De l’autre, un plan « Négawatt » régional apte à conjurer la hausse constante de la consommation électrique de manière à permettre d’éviter de nouvelles lignes à haute tension, de conjurer le spectre de l’atome civil tout en stimulant un domaine économique et de recherche/développement des plus prometteurs.

Rappelons enfin notre volonté de faire de l’Alsace agricole une « biorégion » axant tous ses efforts vers le biologique.

Innover pour maîtriser notre destin, s’inscrire en tête dans l’avenir et respecter une vocation conférée par la décentralisation.

Les débats et propositions du Grenelle de l’environnement nous démontrent que dans tous les domaines de nouvelles normes vont émerger, que celle-ci seront acceptées par la société et qu’elles se révèleront fécondes pour l’activité, l’emploi.

En dépit de mes propositions lors du débat consacré au budget 2007 vos orientations n’intègrent rien ou très peu des conclusions consensuelles des groupes de travail nationaux. Aussi, nous vous appelons à modifier substantiellement vos orientations, à revoir votre copie, pour les rendre compatibles, c’est bien le moins , avec les premières propositions du Grenelle. Nous voulons un budget régional infléchi, compatible avec le Grenelle de l’environnement

Philippe CARBIENER