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Intervention en séance de Philippe CARBIENER
”Orientations budgétaires pour l'exercice 2008"
Monsieur le Président,
Chaque alsacien a aujourd’hui conscience
que le climat s’alourdit, que les nuages noirs s’accumulent à l’horizon.
Le dollar poursuit sa glissade et les Etats-Unis pourraient plomber
toute l’économie mondiale en cessant de l’alimenter par une demande
inextinguible. Le pétrole se rapproche de cours qui naguère auraient été
jugés apocalyptiques et qui vont progressivement gripper notre mode de
fonctionnement. Le rideau se déchire, un autre monde est à inventer et
rien n’est prêt.
Les
projets du Grenelle interpellent les consciences les plus placides.
Serait-il à croire que les questions soulevées par les écologistes
depuis des décennies auraient un fondement, que les dénis des Ferry,
Allègre, Lomborg et consorts n’eussent été que faux semblant ?
Et s’il
faut agir, comment le peut-on encore dans un Etat « en faillite » ? Les
gouvernements successifs depuis 1983 et après Raymond Barre s’étant
employés à «tuer la bête» selon l’expression de Reagan.
L’animal
se révèle pourtant chaque jour plus indispensable pour organiser les
réorientations qui pressent.
Ainsi,
notre région se retrouve-t-elle fort dépourvue, privée de recettes
indexées sur la croissance, au moment précis où le gouvernement de ses
amis mise tout sur son retour.
Dans ce
contexte cruel d’illusions perdues, le mot « orientation » de notre
débat budgétaire reprend toute sa force, tant son contenu s’avèrera
crucial.
Ainsi,
nous souscrivons à l’esprit de vos propositions, à savoir se recentrer
sur les compétences obligatoires de la Région, mais avons pour le moins
quelques interrogations sur la lettre que nous souhaiterions plus
rigoureuse, nantie d’un contenu fort différent et assortie de quelques
expérimentations ciblées qui sont un autre devoir des régions.
Oui,
concentrons nos efforts budgétaires sur l’éducation, la formation
professionnelle et la culture. Le poste principal étant constitué des
lycées, comment instaurer un cadre véritablement incitatif aux économies
d’énergie, un des premiers postes de dépense de fonctionnement, en
prenant comme référence une année clémente 2006, sans apparemment des
degrés-jours et en se servant de ce prétexte pour solder les fonds de
réserve des établissements ? Un autre conventionnement objectif, sérieux
et partenarial est à proposer.
Faut-il
au chapitre des voyages lycéens, continuer de manière insoutenable, à
financer des déplacements aéronautiques intercontinentaux comme on l’a
vu apparaître au titre de l’aide à l’acquisition des compétences
linguistiques en chinois par exemple. D’autres méthodologies sont à
promouvoir d’urgence !
De grands
programmes d’investissement s’achèvent, faut-il cesser sans relâche
d’améliorer la question de vie sur les campus ? Non, dans ce domaine des
investissements supérieurs aux conventions assureront notre attraction
sur le long terme, des étudiants particulièrement choyés suscitant par
après des implantations.
Au risque
de peiner les académies savantes à la française, ne pourrait-on pas
susciter une filière axée sur le domaine tabou, mais précieux pour nos
compatriotes, de la santé environnementale ?
Concernant l’aménagement du territoire, la planification, faut-il
continuer à accorder 6% de plus, par habitants et par an, aux aéroports
et aux routes par rapport aux autres régions françaises ?
Alors que
la fréquentation des TER croit de 8 à 10% par an, un budget autorisant
d’ici 2011 une hausse cumulée de l’offre en places limitées à 10%,
est-il en ligne avec ce succès attendu, annoncé et si opportun ?
Toujours
dans ce contexte d’accélération du réchauffement climatique, les
scénarios les plus sombres se constatent actuellement, est-il censé de
brûler 22 M d’€ en AP pour le GCO ? Alors que l’espace agricole et
naturel se restreint, de diminuer de 50%, la réhabilitation des friches
industrielles ? Et ce n’est pas la baisse de 50% des budgets dévolus à «
l’intelligence économique » qui risquent de palier un à manque
d’inspiration aussi flagrant et osons-le, tant ces questions sont
graves, coupable.
Et,
puisque le développement se doit désormais d’être durable et intègre
l’environnement comment expliquer que l’Alsace n’y consacre que 4.6 €
/an contre 7.1 en moyenne dans les autres régions.
10 fois
moins pour l’eau, 2 fois moins pour le patrimoine naturel avec des
budgets privés à la baisse, 40 fois moins pour la santé.
Si
l’Alsace dépense un peu plus que les énergies renouvelables, peut-on
accepter que cette ligne inclue une aide à la climatisation ?
Pourquoi,
en dépit d’un budget prévu à la hausse le soutien à l’agriculture bio,
ne saurait-il représenter que moins d’1/10e en investissement et 1/5e en
fonctionnement de celui à l’agriculture chimique dite « raisonnée » ?
D’accord,
mettons l’accent sur la compétence « développement économique » et
travaillons à améliorer l’attractivité de notre territoire. Pour attirer
les « hauts potentiels » la question de la qualité de la vie est un
critère clé mais on ne discerne pas de signes positifs en ce sens dans
vos orientations, bien au contraire.
Misons
sur les pôles de compétitivité mais pas seulement : le secteur
automobile se délitera inexorablement, les biotechnologies si
prometteuses et à encourager sont encore pénalisées par le poids
résiduel d’un secteur consacré à un « génie génétique » dans une impasse
avérée, le pôle textile qui engage une reconversion en se positionnant
sur le potentiel des contraintes éco-toxicologiques et
environnementales, nous indique un axe de développement fécond.
Concentré
sur ses compétences, débarrassé de ses lubies telle le soutien au
Bioscope, la Région Alsace pourrait alors dégager les moyens de
s’astreindre à un devoir trop négligé jusqu’alors, celui de l’innovation
puisqu’elle y a un droit reconnu.
A ce
chapitre important nous proposons d’une part un grand programme
multifonctionnel de renaturation du Rhin, restaurant une trame verte
magistrale, une biodiversité prodigieuse, la sécurité des biens et des
personnes en toute solidarité européenne, un approvisionnement à bon
compte en eau potable tout en assurant des travaux d’utilité générale au
secteur du BTP.
De
l’autre, un plan « Négawatt » régional apte à conjurer la hausse
constante de la consommation électrique de manière à permettre d’éviter
de nouvelles lignes à haute tension, de conjurer le spectre de l’atome
civil tout en stimulant un domaine économique et de
recherche/développement des plus prometteurs.
Rappelons
enfin notre volonté de faire de l’Alsace agricole une « biorégion »
axant tous ses efforts vers le biologique.
Innover
pour maîtriser notre destin, s’inscrire en tête dans l’avenir et
respecter une vocation conférée par la décentralisation.
Les
débats et propositions du Grenelle de l’environnement nous démontrent
que dans tous les domaines de nouvelles normes vont émerger, que
celle-ci seront acceptées par la société et qu’elles se révèleront
fécondes pour l’activité, l’emploi.
En dépit
de mes propositions lors du débat consacré au budget 2007 vos
orientations n’intègrent rien ou très peu des conclusions consensuelles
des groupes de travail nationaux. Aussi, nous vous appelons à modifier
substantiellement vos orientations, à revoir votre copie, pour les
rendre compatibles, c’est bien le moins , avec les premières
propositions du Grenelle. Nous voulons un budget régional infléchi,
compatible avec le Grenelle de l’environnement
Philippe CARBIENER |