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Intervention en séance de Jacques FERNIQUE
”Participation de la Région
aux dépenses de fonctionnement des établissements d’enseignement publics
et privés
Orientations régionales en matière de tarification
des restaurations scolaires
Exercice 2008"
Monsieur le Président,
Manifestement vous avez décidé cette année d’engager une nette rupture
pour le financement par la Région du fonctionnement de nos lycées. Nous
nous doutions ne voyant rien venir qu’il se préparait d’importants
changements, nous pressentions que le retard à produire cet important
rapport révélait sans doute des discussions et des décisions délicates
au sein de l’exécutif. Et bien, la commission formation initiale (cette
étrange commission ou l’intergroupe Verts-PS est quasi systématiquement
majoritaire de fait) cette commission a été servie en découvrant enfin
votre copie il y a tout juste 4 jours.
Vos orientations budgétaires générales annoncent clairement la rigueur,
nous l’avons vu tout à l’heure, c’est de « manière très serrée » dites
vous qu’il faudra procéder puisque les « décisions récentes prises par
l’Etat affectent profondément la dynamique des ressources des régions »
(c’est toujours vous que je cite). Et bien il est clair que ces
orientations serrées vont être appliquées avec rigueur pour les lycées.
Ainsi, la dotation de fonctionnement des lycées se voit donc non
seulement appliquer la norme « zéro valeur » que vous évoquez dans vos
orientations budgétaires soit déjà un non rattrapage du montant de
l’inflation, mais elle se réduira de 18,70% pour la part viabilisation
c’est-à-dire essentiellement le chauffage pour lequel la Région versera
aux lycées 1million 640 000 euros de moins que l’an dernier, et ce n’est
pas tout puisque les établissements devront encore reverser à la Région
une contribution nouvelle correspondant à 21% du prix payé pour chaque
repas de professeur ou d’autres fonctionnaires d’Etat qui ne sont pas de
catégorie C. Au bout du compte avec une dotation nette aux lycées en
baisse d’un million d’euros et une augmentation importante des sommes
faisant le trajet inverse par cette contribution nouvelle sur les repas,
il est clair que la rupture est particulièrement marquée pour reprendre
l’expression de vos orientations budgétaires.
Certes,
Monsieur le Président, nous ne pouvons pas assister les bras ballants à
l’envolée des coûts énergétiques. Certes la Région a engagé une
conversion des modes de chauffage de nos lycées, mais nous savions que
c’était insuffisant et depuis maintenant 3 ans nous réclamions et vous
nous les annonciez, des principes de dotation incitant à un usage
éco-citoyen de nos bâtiments d’éducation, à des comportements et à une
gestion des locaux qui cessent d’être énergivores. Dès le débat
budgétaire 2005, vous approuviez notre proposition, promettant un
dispositif d’incitation aux économies d’énergie reposant sur le
reversement aux lycées d’une part des économies réalisées, «Notre état
d’esprit n’est pas de reprendre aux établissements ce qu’ils auront
économisé » disait le Président Stoessel . C’était à l’étude disiez
vous, et vous nous le répétiez à chaque débat budgétaire, et bien
aujourd’hui nous avons compris que c’était abandonné. Le seul signal que
vous êtes en mesure de donner aux lycées c’est que ce sont leurs fonds
de réserves dès qu’ils sont supérieurs à 3 mois de fonctionnement qui
paieront la note énergétique. En gros vous dites crûment à nombre de
lycées : faites donc des économies si vous voulez puisque maintenant
c’est largement vous qui payerez en ramenant vos réserves sous la barre
des 3 mois et que vous économisiez ou non ne vous sera guère profitable
financièrement puisque que la facture énergétique à terme asséchera de
toutes façons vos fonds de réserve supérieurs à 3 mois Difficile
d’imaginer un dispositif moins durable : au train où l’énergie se
renchérit, en quelques années ces cagnottes que les lycées s’étaient
constitués en toute autonomie auront vite fondues. Chacun s’accordait à
dire que de calculer la dotation par la moyenne des 3 dernières années
de consommation énergétique était contre-productif puisque cela
n’incitait guère à un usage sobre des locaux. Que proposez vous de neuf
? Une formule encore moins incitative puisque c’est la seule
consommation de l’année précédente qui servira dorénavant de référence :
autrement dit plus les lycées économisent moins ils auront l’année
suivante. Qui peut d’ailleurs penser un instant que 2008, comme 2007 ne
connaîtra pas de vrai hiver ? C’est pourtant sur le volume brut de
consommation de cette année si atypique que vous fondez l’assiette de
calcul pour 2008 ; il existe pourtant des procédés simples de correction
des consommations en fonction des variables climatiques. Il s’agit de
données purgées des degrés jours fondés sur les paramètres clairs
publiés par météo France. Ils permettent de rectifier les aléas du temps
qu’il fait de façon à établir un niveau moyen de consommation attendue.
Pourquoi ne pas passer par cette méthode objective largement éprouvée ?
Oui, c’est sûr qu’il faudrait alors prévoir une consommation un peu
supérieure à celle de l’an dernier et rallonger d’autant notre dotation
!
Le nœud du problème, c’est que nous ne sommes pas en mesure d’afficher
clairement le bilan énergie de nos bâtiments comme le veut la directive
européenne et comme le Grenelle nous l’a rappelé hier. Cette obligation
arrive à grands pas, et à marche encore plus forcée depuis hier : nous
n’y couperons pas, nous devrons très bientôt afficher bâtiment par
bâtiment sa consommation énergétique pour une utilisation standardisée
que ce soit notre Maison de la Région ou le moins bien isolé de nos
bâtiments scolaires. Alors seulement nous serons vraiment en mesure
d’évaluer et de valoriser l’éco-citoyenneté de nos professeurs, de leurs
élèves et de toute la communauté éducative. Aujourd’hui c’est impossible
: vous nous dites en Commission que nous ne sommes pas en mesure de
faire la part entre les économies produites par les améliorations de
système de chauffage et d’isolation payées par la Région et les
économies produites par un usage éco-citoyen des locaux. Il nous faut
combler ce retard ! Prenons garde à cet écart grandissant entre ce que
nous demandons aux communes que nous aidons et ce que nous pratiquons
nous-mêmes dans nos lycées. Alors que nous conditionnons nos
interventions pour les bâtiments communaux et associatifs à la
réalisation d’un diagnostic thermique préalable : nous serions bien en
peine d’en présenter pour la plupart des bâtiments de nos lycées. Si
nous voulons instaurer à l’avenir un système durable et juste de
dotation pour la viabilisation il faudra bien en passer par là : alors,
Monsieur le Président quelle démarche méthodique, quel échéancier précis
pour atteindre l’objectif bilan énergie/ bilan carbone dans les
bâtiments publics dont nous avons la charge ? Le comité de pilotage
Grenelle Bâtiments publics existants rendra ses conclusions le 15
décembre, soyons dans le mouvement.
Votre rapport nous propose un expédient temporaire : les fonds de
réserves des lycées nous donneront quelques temps de répit. Vous fixez
la barre pour y puiser au-dessus de 3 mois (sachant que la moyenne des
fonds est de 3,6 pourquoi 3 mois et pas 4 ?) nous savons que vous avez
hésité et fait des simulations en interne et que vous avez choisi d’y
aller franchement avec certes cette compensation qui permettra à 13
lycées nettement moins bien lotis d’atteindre la réserve minimum de 2
mois.
Vous parlez de « réserve d’autonomie », la formule paraîtra étrange pour
les nombreux lycées qui vont voir la Région mobiliser les fonds qu’ils
avaient mis de côté en toute autonomie. C’est plutôt d’une réduction
drastique des capacités de constituer des réserves autonomes dont il
faudrait parler. 35 établissements perdront cette année la possibilité
de disposer à leur guise de toutes leurs réserves. Il m’étonnerait fort
que tous ces Conseils d’Administration votent sans broncher les
affectations de leurs réserves décidés par le Conseil Régional. Vous
pensez que les chefs d’établissements y sont à peu près disposés ? Les
élus du Conseil Régional à qui il arrive de fréquenter les Conseils
d’Administration des lycées savent bien que ce ne sont assurément pas
des Assemblées de godillots.
La pilule sera d’autant plus dure à faire avaler que les fameux points
qui déterminent cette dotation ne suivent pas vraiment le rythme de
l’inflation. Vous vous plaignez à juste titre dans le document
d’orientation budgétaire que les dotations de l’Etat aux collectivités
ne soient dorénavant indexées que sur la hausse prévisionnelle des prix
et non plus également sur 33% de la croissance en volume du PIB de
l’année précédente : mais que diriez-vous donc si l’Etat nous dotait
comme nous dotons nos lycées puisque nous ne suivons même pas le seul
rythme de l’inflation ! En cinq ans c’est plus de 6 euros par élèves que
la somme de ces points élève/sport/surface/culture etc. n’a pas rattrapé
sur l’inflation. Multipliez par près de 60 000 lycéens, il y a là une
perte indéniable de pouvoir d’achat pour les établissements.
Autre
changement, il concerne les Lycées privés qui obtiennent 2 nouvelles
parts prises en compte dans le calcul de leur dotation. Jusqu’ici nous
ne prenions pas en compte la maintenance et le petit entretien, nous ne
prenions pas non plus en compte leurs frais d’assurance : ce ne sera
plus le cas, ainsi au total alors que leurs effectifs augmentent
faiblement de 1,4%, leur dotation va augmenter bien plus fortement, de
près de 400 000 euros soit 13,10%. Encore cette hausse est-elle
comprimée puisque la dotation au privé étant légalement proportionnelle
à celle du public, notre mobilisation pour une part des fonds de réserve
des lycées publics réduit d’autant la dotation à ceux-ci et réduit donc
en conséquence notre niveau de dotation au privé.
Prenons garde à ne pas réveiller les guerres de religion scolaire : les
lycées publics savent bien que les lycées privés ont aussi des fonds de
réserve.
Cette
année ce rapport est complétée par des décisions en matière de
tarification des restaurations scolaires. La Région est en effet
dorénavant pleinement compétente et décisionnelle en la matière.
Et il faut effectivement agir car les écarts de tarif d’un établissement
à l’autre ne peuvent pas être maintenus, la Région ne peut pas assumer
de telles inégalités de traitement. Près de 700 euros d’écart entre
lycées de notre Région pour le tarif annuel des internes, près de 300
euros d’écart pour le forfait 5 jours des demis pensionnaires. Un écart
de 2,70 pour le prix du ticket unitaire (5 € à Bischwiller contre 2,32€
à Haguenau), des personnels TOS qui payent ici 1,5 € contre 3,6 €
ailleurs, des enseignants qui payent 1,94€ à un endroit et près de 5€
ailleurs. Assurément le service public de restauration scolaire dont
nous avons la charge ne respecte guère les principes d’égalité ou
d’équité. Il est donc nécessaire que la Région y mette un peu d’ordre,
d’harmonisation et de justice.
Votre proposition pour le tarif élève est peu contraignante puisqu’elle
ne va forcer que 3 établissement à changer leurs tarifs, l’un pour
l’augmenter de 31% (le lycée Siegfried d’Haguenau), l’autre de 5% et le
troisième pour le baisser de 64%.
3 établissements contraints seulement, c’est parce que vous avez choisi
une fourchette bien large, au risque peut-être que certains
établissements soient tentés de se caler au plafond fixé puisque nous
n’avons pas fixé un taux d’augmentation limite. J’espère que les CA
sauront rester dans des proportions supportables pour les familles, il
aurait peut-être été plus sûr de fixer un taux maximum d’augmentation
qui ne permette pas les croissances à deux chiffres.
Pour les personnels de la Région qui travaillent dans les lycées, vous
décidez de ne pas passer par une phase d’harmonisation mais de fixer
d’un coup un tarif unique à 2,30€. Cela représenterait une augmentation
du tarif pour 32 établissements sur la cinquantaine d’établissements
dont les tarifs sont recensés dont 17 établissements qui connaîtraient
une hausse supérieure à 10% contre 12 établissements qui connaîtraient
une baisse supérieure à 10%. J’ai bien peur qu’un nombre significatif de
nos agents ne voient leur facture augmenter dans des proportions
difficiles.
Enfin
dernière catégorie qui n’est pas négligeable en nombre celle des
enseignants et autres personnels de l’Etat qui ne sont pas de catégorie
C. Pour ceux là vous ne fixez pas de tarif unique, vous ne fixez pas de
fourchette, non, vous fixez simplement un prix plancher à 3,40 qui
forcera déjà 28 lycées à procéder à des augmentations. Mais bien plus
vous décidez dorénavant de prélever 21% de cette somme qui sera versée à
la Région pour compenser les charges de personnels (reversement qui
n’existait pas jusqu’ici). Bien évidemment comme les autres charges du
service de restauration ne diminuent pas, les établissements seront de
fait quasi contraints de compenser cette nouvelle charge par une hausse
équivalente du ticket cantine pour ces personnels, hausse que rien
n’empêche puisque vous vous gardez bien de fixer un tarif plafond ou un
taux d’augmentation maximum. En clair, vous mettez en place les
conditions pour que le prix du repas payé par les enseignants augmente
très fortement en 2008. Les professeurs en lisant leur courrier
récemment ont trouvé une fort belle lettre dont l’illustre expéditeur
leur confiait « J’ai bien conscience que votre statut social, votre
pouvoir d’achat, se sont dégradés au fur et à mesure que votre tâche
devenait plus lourde. La Nation vous doit une reconnaissance plus
grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de
vie, de meilleures conditions de travail. … Dans l’école de demain vous
serez mieux rémunérés, mieux considérés » En attendant en Alsace, pour
cette année le prix de leur repas augmentera j’en ai peur, de 20%.
Voilà,
vous l’avez compris, nous ne pouvons vraiment pas approuver cette année
ce rapport. Parce que votre réponse à la facture énergétique sera
ressentie comme injuste, parce qu’elle ne sera pas durable, parce
qu’elle esquive encore les mutations nécessaires. Parce que vos
propositions de tarifications des restaurations scolaires nous
paraissent induire des augmentations trop brutales pour certains. Parce
que trop de conseils d’administration se jugeront contraints, dépossédés
de leur autonomie et que ce serait une régression regrettable. Comprenez
bien que notre abstention n’est pas indifférence ou résignation mais le
signal gradué et collectif d’un net désaccord.
Jacques
FERNIQUE |
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