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Intervention en séance de Philippe CARBIENER
Préservation des ressources en eau souterraine
Contrat de Nappes d'Alsace 2007-2010
entre la Région et l'Agence de l'Eau Rhin-Meuse
Monsieur le Président, Chers collègues,
Avec
pour sa partie alsacienne 50 milliard de m3 d’eau
initialement parfaitement pure, la nappe phréatique est une des
premières richesses de l’Alsace. Hélas, comme bien d’autres, ce « bien
commun » n’a cessé d’être dégradé sans vergogne jusqu’à être atteint
dans sa qualité en intégralité par divers polluants, en premier lieu les
pesticides agricoles. Comme le relève les indicateurs de l’environnement
en Alsace (édition 2007), « l’état de la nappe rhénane est dégradé à un
niveau préoccupant » et la « contamination par les produits
phytosanitaires constitue le premier facteur de déclassement de la
qualité des eaux souterraines ». Combien de captages d’eaux potables ont
du être déplacé ces 10 dernières années dans notre région et à quel coût
?
En
dépit des mauvais résultats concrets passés, ce nouveau contrat propose
avec des moyens sensiblement semblables d’atteindre l’objectif
parfaitement lénifiant d’un «bon état» des masses souterraines dès 2015
dans à peine 8 années. De toute évidence il s’agit là davantage de faire
patienter l’Union Européenne, qui vient d’infliger des pénalités
financières astronomiques à la France, d’un montant de l’ordre du
milliards d’euros, démontrant que le souci de notre environnement se
cantonne dans notre beau pays aux discours et annonces, que de
s’astreindre à un calendrier précis, étalonné, réaliste et chiffré.
Au-delà de cet affichage, si ambitieux qu’il en est totalement
irréaliste, on ne discerne aucun échéancier concret et réaliste dans le
document crucial que vous nous soumettez.
Et pour
cause ! Nous nous plaçons là aussi dans un contexte de désengagement de
l’Etat comme en témoigne encore son défaussage pour la dépollution du
secteur d’Erstein. Si les moyens limités affectés à ce contrat
nécessitent de définir des axes prioritaires ainsi que vous nous
l’indiquez, force est de constater que ceux qui seraient des plus
nécessaires ne sont pas dans votre document, et que ceux qui y figurent
et s’avèrent judicieux sont dépourvus du moindre volontarisme. J’en veux
pour preuve outre l’absence d’objectifs chiffrés déjà cités, l’usage
irraisonné du conditionnel, la présence ça et là de formules alambiquées
confinant à la langue de bois.
Puisqu’il s’agit d’être très ciblé et « précis », nous devons déplorer
d’emblée la ventilation globale des crédits, 1,8 M par an durant 4 ans,
7, 2 M au total, dont près de la moitié, 47 %, cf. les articles 3.1 et
3.2 sont dévolus à la mesure des atteintes à la ressources, à des
indicateurs. Un pourcentage bien excessif, car si une telle démarche est
très utile dans l’absolu elle ne constitue plus aujourd’hui une
quelconque priorité, les données accumulées étant déjà bien nombreuses
et devant conduire aujourd’hui prioritairement à agir.
Vous
nous direz que près de 40% sont consacrés à la «lutte contre les
pollutions diffuses» avec l’article 3.3. Mais là c’est la pertinence du
contenu qui fait défaut puisque dans ce montant sont inclus, au côté du
soutien à l’agriculture biologique et à la FREDON que nous approuvons
pleinement, tout un panel de dépenses consacrées à « l’agriculture
raisonnée ». Cette « agriculture raisonnée » constitue une énorme
plaisanterie concoctée par l’industrie des phytotoxiques ainsi que l’a
magistralement révélé Fabrice Nicolino et François Veillerette dans «
Pesticides, révélations sur un scandale français » paru ce printemps
chez Fayard. Figure par exemple dans cet article 3.3 la «Diffusion des
bonnes pratiques phytosanitaires», quasiment un oxymore, et même des
aides à l’acquisition de matériel utilisant moins de phytosanitaires. Ce
qui revient tout simplement à encourager les pratiques polluantes et non
à les décourager.
Or dans
ce domaine, moins ne signifie pas mieux, ces produits étant toxiques dès
la première molécule, à des doses de l’ordre du nanogramme, en
particulier en tant «qu’inducteur hormonaux» ou «perturbateurs
endocriniens». Ceux- ci sont à l’origine de cancers et d’atteintes au
patrimoine génétique. Faut-il rappeler ici que la stérilité masculine
n’a cessé de croître, que les cancers du sein ont doublé ces 10
dernières années, que dans nos rivières les poissons blancs deviennent
hermaphrodites et les carnassiers stériles ? Des scientifiques avec de
nombreux cancérologues dont le professeur Dominique Bellepomme,
regroupés dans « l’appel de Paris » ont publié fin de l’année dernière
un mémorandum solennel où ils prescrivent la prohibition de l’usage des
pesticides.
Une
première étape concrète serait, au moins, d’inciter à la conversion vers
l’agriculture biologique de tous les champ de captage d’eau potable.
C’est la démarche dans laquelle sont engagés systématiquement nos
voisins allemands avec d’ores et déjà une instauration sur les
périmètres concernant les villes de Munich et d’Augsburg. Un tel
impératif eut supposé de prévoir l’octroi de primes spécifiques aux
agriculteurs concernées.
Moins
de 10% de ce budget est consacré à la protection et à la restauration
des milieux naturels, avec une présentation assortie de surcroît de
formules au conditionnel dès qu’il s’agit d’aborder les mesures
concrètes. Il est ainsi écrit que la « restauration des zones humides
pourrait être développée. » Une telle audace contraste avec ce que l’on
sait du caractère essentiel de ces secteurs pour l’approvisionnement
tant quantitatif que qualitatif de notre nappe. Il faut faire bien plus
que de protéger les « 21 000 hectares de prairies qui restent », alors
qu’il y en avait encore que 55 000 en 1981, et savoir aujourd’hui ce que
contiendra effectivement le « plan de restauration du Rhin » au contenu
encore bien flou dans le contrat de projet Etat-Région.
Quant
au solde, si l’animation du SAGE ILL-NAPPE- RHIN qui a le grand mérite
d’exister dans notre Région, nous semble incontestable, les 4% consacrés
à la sensibilisation avec 70 000 € par an nous semblent encore excessif
dans l’absolu car si ce sont les particuliers qui financent à 85% les
agences, ils ne sont à l’origine que d’environ 10% de la pollution. Il
est vrai que le principe pollueur-payeur n’est qu’un mythe utile à
certains et que cette ligne budgétaire servira à l’entretenir.
L’ensemble de ces orientations erronées est significativement chapoté
par une introduction générale aux circonvolutions verbales embarassées
puisqu’il y est écrit par exemple qu’il « convient de mieux connaître
l’impact du développement trop massif des nouvelles pratiques que sont
le développement des pompes à chaleur ». Pompes à chaleur soutenues par
la Région et qui constituent autant de menaces de pollution par des
glycols et autres fluides frigorigènes. Il s’agirait là aussi, si je
comprends bien, de connaître l’impact des «cultures énergétiques», en
clair ces agrocarburants absurdement soutenus par le Gouvernement.
Nous
aurions souhaité que les orientations suivantes, cruciales, soient
privilégiées :
-
Tout d’abord l’affichage d’objectifs quantitatifs, totalement
négligés Le niveau de notre nappe ne cesse de baisser et cette
évolution manifeste, au niveau des débits de l’hydrosystème
phréatique, constitue la première source de sa dégradation
qualitative, et affecte sûrement la productivité de nos rivières et
forêts. Rien n’est prévu pour faire reculer les cultures irriguées,
le maïs essentiellement avec 67 % de la surface agricole utile qui
sont à l’origine principale de ces prélèvements excessifs en période
estivale et pour promouvoir à l’inverse le blé, l’orge, le seigle,
le tournesol ou le colza, emblavures adaptée à notre climat, ni
davantage pour éviter l’instauration de « cultures énergétiques. »
-
Ensuite et dans le même esprit nous déplorons qu’aucun objectif
chiffré de maintien ou de reconquête des zones inondables ne soit
annoncé. Faute de partenariats opérationnels, il s’agirait dans ce
domaine également de se doter à cette fin d’un outil foncier
permettant d’assurer par ces indispensables secteurs inondables un
renouvellement de la nappe suffisant en quantité et garantit en
qualité. De même, il eut fallu informer les collectivités et
administrations des dégâts induits par les «nettoyages» et autres
opérations «d’entretiens des cours d’eau» qui accentuent le
drainage, font chuter la biodiversité et la biomasse aquatique tout
en augmentant les risques d’inondation.
-
Enfin, s’attaquer avec sérieux à la pollution la plus persistante et
la plus menaçante, celle par les pesticides en recourant massivement
au seul outil souverain à savoir l’agriculture biologique qu’il
s’agirait de soutenir non pas pour partie mais exclusivement car
elle est la seule à même de garantir un progrès concret. Celle-ci ne
couvre encore que 3,4 % en Alsace contre 13,5 % en Autriche et 26,4
% au Liechtenstein. Notre étroite plaine du Rhin n’est pas d’échelle
à concurrencer les grandes cultures mais a l’obligation de diminuer
son niveau de pollution et d’altération sanitaire et a vocation à
devenir une « Biorégion ».
Il eut
fallu à ce chapitre des orientation volontaristes assorties d’une série
d’objectifs datés au lieu de quoi vous avez confondu les soutiens à
l’agriculture biologique à ceux à l’agriculture raisonnée, son parfait
inverse.
En
conclusion, si nous pouvons saluer des progrès dans l’esprit de ce
rapport, avec par exemple le souci formel des zones humides, la prise en
compte de l’apport de l’agriculture biologique et des problèmes liés aux
nouveaux polluants, nous déplorons son orientation inappropriée,
l’absence criante d’un échéancier réaliste d’objectifs chiffrés, sa
pusillanimité générale alors que son objet ciblé et son caractère
stratégique eusse exigé exactement l’inverse.
Notre
maison brûle et nous persistons à nous complaire dans des songes
auto-satisfaits, pour tout dire bien vains comme en témoigne ce contrat
qui n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux.
Philippe CARBIENER |
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