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Intervention en séance d'Andrée BUCHMANN
”Renouvellement de la Convention Quadripartite (État,
Région, Départements) portant sur la politique régionale des langues
dans le système éducatif en Alsace prenant appui sur un apprentissage
précoce de la langue régionale (2007-2013)"
Monsieur le Président, Chers collègues,
Vous
nous présentez aujourd’hui un texte de convention que nous n’avons que
le choix d’accepter ou de refuser. Oui, cela aurait pu être mieux. Mais
c’est mieux que rien. Mais il n’y a pas de Plan B, dites-vous.
Pas
de Plan B ?
Monsieur le Président. Il y a un an, la signature de la Convention a été
repoussée à maintenant parce que nous n’étions pas prêts. Et maintenant
nous sommes placés devant le fait accompli. Or en un an, nous aurions pu
en discuter, de cette Convention. La détailler, faire des propositions,
recevoir des explications, associer les principaux concernés, les
parents et les enseignants, dans le cadre de structures représentatives.
Au lieu
de cela, les négociations ont été menées par vous-même et des membres de
votre administration ou de votre cabinet, dans l’absence totale de
transparence, sans aucune concertation avec notre Assemblée. Aucune
réunion de la Commission Education et Langues et Culture Régionale (LCR),
pas de groupe de travail ad-hoc pour élaborer notre position. La seule
réunion a été celle de la 4° Commission, Education, élargie, qui a eu
lieu lundi dernier 25 juin, pour nous présenter le document sans
possibilité d’amendement. On aurait pu s’attendre à un peu de
démocratie.
Nous
associer et créer des structures d’élaboration ouvertes aurait pu éviter
d’être face à un texte qui, s’il comporte des points positifs, est sur
certains autres en retrait par rapport à la Convention précédente.
Convention précédente qui, vous le soulignez aussi dans votre rapport,
n’a pas atteint ses objectifs. Parce que l’Education Nationale a eu du
mal à jouer le jeu, parce que la nécessité de la formation des
enseignants a été sous évaluée, parce que certains maires n’ont pas fait
preuve de grand soutien, et parce que nous-mêmes n’avons pas été
particulièrement déterminés.
Le
bilinguisme : un enjeu stratégique
Fixer
maintenant comme objectif 15% des élèves dans le primaire ( ces 15%
peuvent être atteints presque automatiquement par la montée en charge
mécanique des classes bilingues) manque totalement d’ambition et est
considérablement en retrait par rapport à la nécessité économique de
notre région. En effet, en Alsace, un salarié sur deux a besoin de
l’allemand. Que ce soit dans la région-mêle, par ex le tourisme, ou dans
la coopération avec nos voisins, dans la perspective également de la
Région Métropole, ou en relation avec la Mitteleuropa. Un des atouts des
alsaciens était leur bilinguisme. Nous sommes quasiment tombés dans le
monolinguisme. C’est un des facteurs du déclin actuel.
Il nous
manque une politique ambitieuse qui corresponde à nos besoins et à notre
engagement :
-
50%
du primaire en classes bilingues à l’horizon 2013, comme en Corse ou
au Pays Basque
-
des
objectifs intermédiaires et des bilans d’étape
-
une
information des parents
-
une
formation accrue des enseignants
-
la
réalisation d’outils
-
la
discussion avec le corps enseignant et les syndicats
-
la
mise en réseau des classes et l’ouverture de nouvelles classes. La
situation du Sundgau par exemple est inacceptable : regrouper toutes
les classes de collège à Altkirch est épuisant pour les enfants
-
la
continuité jusqu’au baccalauréat
-
l’enseignement de l’histoire et pas seulement de l’histoire
culturelle, à tous les élèves, et pas seulement ceux qui suivent la
filière Langue et Culture régionale.
Vous
avez dit élitiste ?
Enfin,
permettez-moi des remarques concernant la critique d’élitisme.
-
Enseigner en bilingue, c’était casser l’enseignement frontal. Cela
nécessite de remettre en cause ses pratiques d’enseignement et c’est
aussi l’explication des réticences d’une partie du personnel de
l’éducation nationale.
-
Le
bilinguisme extensif : 3 heures par semaine si tout va bien, pendant
quelques mois si tout va bien, c’est quasiment comme ne rien faire.
Discutez autour de vous. Combien vous disent : oui, j’ai fait trois
heures d’allemand par semaine pendant 6 ans, mais je ne sais pas le
parler ! Le trilinguisme conçu de la même façon, c’est se moquer du
monde et jeter l’argent par les fenêtres. Mais bien sûr si vos
parents peuvent vous payer une jeun fille au pair, des séjours
linguistiques, etc…. vous pouvez espérer perfectionner la langue
étrangère. C’est cela qui s’appelle de l’élitisme. Réserver le
bilinguisme aux classes privilégiées qui ont les moyens d’offrir un
accompagnement aux enfants
-
Même remarque pour l’Abibac, où la sélection se fait sur dossier
-
Les
classes bilingues, telles que nous les avons imaginées vers les
années 90, étaient conçues comme classes démocratiques ouverte au
plus grand nombre, dans une démarche volontaire. C’est le cas de
celles qui existent : selon la carte scolaire, elles sont
fréquentées par des enfants et des élèves de toutes les classes.
Enfants de paysans et d’ouvrier, enfant de parents d’origine
étrangère. Et c’est juste.
Une
bonne maîtrise de l’allemand est un droit pour tout enfant qui grandit
en Alsace. Un enfant ayant vécu très tôt au contact de deux ou plusieurs
langues aura bien plus d’aptitude à en assimiler d’autres que son
camarade monolingue. L’anglais viendra tout seul.
Pour
un report de la signature
Monsieur le Président, la Région Alsace va mettre environ 7 millions
d’euros dans la Convention. Il me paraît légitime que nous accompagnions
la Convention. Mais de manière démocratique : en associant au minimum la
4° Commission, et un élu, et en adjoignant des usagers et des acteurs du
bilinguisme. Par ailleurs nous sommes semble-t’il la première Région à
nous engager dans le financement de postes d’enseignement. Raison de
plus d’être particulièrement attentifs.
Enfin
il serait cohérent que la Région se mette au diapason de son discours et
contribue plus et mieux à créer l’environnement favorable au »
bilinguisme inné, qui permet un trilinguisme aisé, comme le dit la CCI
du Rhin supérieur. Cela nécessite aussi de redonner à l’OLCA la mission
qui fut celle de l’ORBI : créer les conditions pour une Alsace bilingue,
dans la définition pleine de sa langue. Comme l’écrit André Weckmann :
ma langue est trois : le Français, l’Alsacien et l’Allemand.
Monsieur le Président, cette Convention est insuffisante face aux
enjeux. Vous avez prolongé la précédente d’un an car celle-ci n’était
pas prête. Envisager un délai supplémentaire de 3 mois pour donner à
cette nouvelle Convention plus d’ambition et une force démocratique
supplémentaire ne me semble pas absurde.
Andrée BUCHMANN |
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