Séance plénière du 29 juin 2007

 
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Intervention en séance d'Andrée BUCHMANN

 

 

”Renouvellement de la Convention Quadripartite (État, Région, Départements) portant sur la politique régionale des langues dans le système éducatif en Alsace prenant appui sur un apprentissage précoce de la langue régionale (2007-2013)"

 

Monsieur le Président, Chers collègues,

Vous nous présentez aujourd’hui un texte de convention que nous n’avons que le choix d’accepter ou de refuser. Oui, cela aurait pu être mieux. Mais c’est mieux que rien. Mais il n’y a pas de Plan B, dites-vous.

Pas de Plan B ?

Monsieur le Président. Il y a un an, la signature de la Convention a été repoussée à maintenant parce que nous n’étions pas prêts. Et maintenant nous sommes placés devant le fait accompli. Or en un an, nous aurions pu en discuter, de cette Convention. La détailler, faire des propositions, recevoir des explications, associer les principaux concernés, les parents et les enseignants, dans le cadre de structures représentatives.

Au lieu de cela, les négociations ont été menées par vous-même et des membres de votre administration ou de votre cabinet, dans l’absence totale de transparence, sans aucune concertation avec notre Assemblée. Aucune réunion de la Commission Education et Langues et Culture Régionale (LCR), pas de groupe de travail ad-hoc pour élaborer notre position. La seule réunion a été celle de la 4° Commission, Education, élargie, qui a eu lieu lundi dernier 25 juin, pour nous présenter le document sans possibilité d’amendement. On aurait pu s’attendre à un peu de démocratie.

Nous associer et créer des structures d’élaboration ouvertes aurait pu éviter d’être face à un texte qui, s’il comporte des points positifs, est sur certains autres en retrait par rapport à la Convention précédente.

Convention précédente qui, vous le soulignez aussi dans votre rapport, n’a pas atteint ses objectifs. Parce que l’Education Nationale a eu du mal à jouer le jeu, parce que la nécessité de la formation des enseignants a été sous évaluée, parce que certains maires n’ont pas fait preuve de grand soutien, et parce que nous-mêmes n’avons pas été particulièrement déterminés.

Le bilinguisme : un enjeu stratégique

Fixer maintenant comme objectif 15% des élèves dans le primaire ( ces 15% peuvent être atteints presque automatiquement par la montée en charge mécanique des classes bilingues) manque totalement d’ambition et est considérablement en retrait par rapport à la nécessité économique de notre région. En effet, en Alsace, un salarié sur deux a besoin de l’allemand. Que ce soit dans la région-mêle, par ex le tourisme, ou dans la coopération avec nos voisins, dans la perspective également de la Région Métropole, ou en relation avec la Mitteleuropa. Un des atouts des alsaciens était leur bilinguisme. Nous sommes quasiment tombés dans le monolinguisme. C’est un des facteurs du déclin actuel.

Il nous manque une politique ambitieuse qui corresponde à nos besoins et à notre engagement :

  • 50% du primaire en classes bilingues à l’horizon 2013, comme en Corse ou au Pays Basque

  • des objectifs intermédiaires et des bilans d’étape

  • une information des parents

  • une formation accrue des enseignants

  • la réalisation d’outils

  • la discussion avec le corps enseignant et les syndicats

  • la mise en réseau des classes et l’ouverture de nouvelles classes. La situation du Sundgau par exemple est inacceptable : regrouper toutes les classes de collège à Altkirch est épuisant pour les enfants

  • la continuité jusqu’au baccalauréat

  • l’enseignement de l’histoire et pas seulement de l’histoire culturelle, à tous les élèves, et pas seulement ceux qui suivent la filière Langue et Culture régionale.

Vous avez dit élitiste ?

Enfin, permettez-moi des remarques concernant la critique d’élitisme.

  • Enseigner en bilingue, c’était casser l’enseignement frontal. Cela nécessite de remettre en cause ses pratiques d’enseignement et c’est aussi l’explication des réticences d’une partie du personnel de l’éducation nationale.

  •  Le bilinguisme extensif : 3 heures par semaine si tout va bien, pendant quelques mois si tout va bien, c’est quasiment comme ne rien faire. Discutez autour de vous. Combien vous disent : oui, j’ai fait trois heures d’allemand par semaine pendant 6 ans, mais je ne sais pas le parler ! Le trilinguisme conçu de la même façon, c’est se moquer du monde et jeter l’argent par les fenêtres. Mais bien sûr si vos parents peuvent vous payer une jeun fille au pair, des séjours linguistiques, etc…. vous pouvez espérer perfectionner la langue étrangère. C’est cela qui s’appelle de l’élitisme. Réserver le bilinguisme aux classes privilégiées qui ont les moyens d’offrir un accompagnement aux enfants

  • Même remarque pour l’Abibac, où la sélection se fait sur dossier

  • Les classes bilingues, telles que nous les avons imaginées vers les années 90, étaient conçues comme classes démocratiques ouverte au plus grand nombre, dans une démarche volontaire. C’est le cas de celles qui existent : selon la carte scolaire, elles sont fréquentées par des enfants et des élèves de toutes les classes. Enfants de paysans et d’ouvrier, enfant de parents d’origine étrangère. Et c’est juste.

Une bonne maîtrise de l’allemand est un droit pour tout enfant qui grandit en Alsace. Un enfant ayant vécu très tôt au contact de deux ou plusieurs langues aura bien plus d’aptitude à en assimiler d’autres que son camarade monolingue. L’anglais viendra tout seul.

Pour un report de la signature

Monsieur le Président, la Région Alsace va mettre environ 7 millions d’euros dans la Convention. Il me paraît légitime que nous accompagnions la Convention. Mais de manière démocratique : en associant au minimum la 4° Commission, et un élu, et en adjoignant des usagers et des acteurs du bilinguisme. Par ailleurs nous sommes semble-t’il la première Région à nous engager dans le financement de postes d’enseignement. Raison de plus d’être particulièrement attentifs.

Enfin il serait cohérent que la Région se mette au diapason de son discours et contribue plus et mieux à créer l’environnement favorable au » bilinguisme inné, qui permet un trilinguisme aisé, comme le dit la CCI du Rhin supérieur. Cela nécessite aussi de redonner à l’OLCA la mission qui fut celle de l’ORBI : créer les conditions pour une Alsace bilingue, dans la définition pleine de sa langue. Comme l’écrit André Weckmann : ma langue est trois : le Français, l’Alsacien et l’Allemand.

Monsieur le Président, cette Convention est insuffisante face aux enjeux. Vous avez prolongé la précédente d’un an car celle-ci n’était pas prête. Envisager un délai supplémentaire de 3 mois pour donner à cette nouvelle Convention plus d’ambition et une force démocratique supplémentaire ne me semble pas absurde.

Andrée BUCHMANN