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Budget primitif 2007
Intervention de Philippe CARBIENER
Monsieur le Président, Chers collègues
Notre société se délite
sous les assauts répétés du libéralisme et constate jour après jour avec
effarement à quel désastre conduit une mondialisation qui a été
délibérément dépourvue de régulation, par tous les grands partis.
Aujourd’hui le salarié
ordinaire est placé en concurrence frontale avec son homologue chinois
gagnant 20 fois moins ou roumain, 10 fois moins.
On lui demande d’adhérer
aux valeurs de la République et l’on se désespère de constater qu’il
préfère ne plus participer au jeu démocratique au moment même où on lui
présente la Chine comme un nouveau modèle. Territoire où il a fallu un
demi-siècle d’une dictature d’airain pour y conditionner le nouvel
Eldorado de l’orthodoxie économique.
Selon deux récents
sondages, plus de 50% des français estiment pouvoir devenir SDF et plus
de 70% tiennent le nucléaire civile pour une cause probable de cancers.
Ces 2 sondages, réalistes hélas, nous indiquent quel monde angoissant a
été sciemment bâti ces dernières années et quels sont les enjeux pour la
Région Alsace. Celle-ci doit absolument peser pour rendre la modernité
supportable au plus grand nombre. Pas seulement à l’élite des « happy
few » de la mondialisation ni même aux seuls exclus, mais aussi aux
classes moyennes, gravement menacées alors qu’elles sont le ciment d’une
Alsace solidaire. Ce n’est rien moins que le maintien de la possibilité
d’une société en Alsace dont il s’agit et qu’il nous incombe aujourd’hui
de garantir.
Nous pouvons peser face à
ce défi car bien des leviers de la décentralisation permettent aux
Régions d’infléchir cette tendance, de manière tout de même
significative. En ce sens nous souscrivons pleinement à l’accent mis
dans ce budget primitif sur l’économie, la formation, l’environnement.
Mais ces compétences
essentielles ne peuvent s’exercer valablement qu’avec une vision
stratégique marquée et celle-ci fait manifestement défaut. S’il s’agit,
comme vous nous l’indiquez de se mettre en situation de « préparer
l’avenir et d’offrir les conditions de développement durable » nous
pensons que pour être valable, cet effort doit nécessairement être
iconoclaste. Nous sommes dans un monde mouvant, en mutation radicale, et
les projets se contentant de prolonger le présent seront immanquablement
obsolètes demain. Une telle conduite nécessite force et singularité dans
les intentions.
Or ce budget se place
sous le signe du conformisme, tant au niveau des recettes avec une
évolution de la taxe professionnelle bien entendu inférieure à celle de
la taxe foncière, que des projets annoncés. Or, nous nous situons dans
un contexte où la baisse des marges de manœuvre budgétaire exigerait
précisément des choix singuliers en rupture avec un présent trompeur.
En matière d’économie
nous ne pensons pas que la Région puisse se contenter de « fédérer et
appuyer » les initiatives, mais qu’elle doit également, par son
initiative, ne pas hésiter à en susciter, en particulier, de nouveaux
Cluster. Cette démarche doit s’effectuer selon une vision prospective
qui peut être élaborée en s’appuyant, nous l’avons déjà dit, sur l’outil
d’intelligence économique dont la Région s’est dotée.
Nous pensons que le
doublement du soutien à la création d’entreprise, que nous approuvons,
doit s’accompagner d’un vrai effort d’orientation pour dépasser un vain
effet statistique recouvrant pêle-mêle l’initiative féconde et la
précarisation contrainte.
De même, nous déplorons
l’absence d’un projet d’établissement public foncier. En assurant la
cohésion du territoire face à la spéculation, celui-ci aurait pu, comme
en Région Bretagne, armer l’Alsace pour compenser la dégradation
économique, environnementale et sociale des ménages modestes mais aussi
des activités économiques fragiles.
Concernant la formation,
votre budget pare au plus pressé négligeant quelque peu l’impératif
déterminant d’une élévation globale du niveau, essentielle pour être à
même d’affronter structurellement les mutations.
Au sujet de
l’environnement la hausse affectée aux Energies Renouvelables est gâchée
par l’apparition de nouvelles politiques erronées comme le soutien à la
communication commerciale d’un distributeur d’énergie mais aussi du fait
de l’insuffisance des efforts en faveur des économies d’énergie
nettement insuffisants. Alors que de plus en plus d’alsaciens ont froid,
faute de pouvoir se chauffer suffisamment, aucune aide n’est prévue pour
les travaux d’isolation des particuliers, à l’instar de ce qu’ont
instauré la Région Picardie et la Région Nord-Pas-de-Calais. Nul
investissement public, éventuellement sous formes mixtes, en faveur de
secteurs indispensables tel que l’éolien. Que dire encore de votre
silence face à l’obsolescence de Fessenheim alors qu’en n’assurant que
7% de la consommation d’énergie mondiale l’accent sur la filière
nucléaire participe paradoxalement, quoique objectivement, au
réchauffement climatique.
L’absence persistante d’éco-conditionnalité
de vos dispositifs de financement devient aujourd’hui cruelle et
contre-productive. A quoi sert-il par exemple de financer la filière
bois locale et dans un même mouvement du MOABI à la MISHA ou de l’IPE à
l’Institut Charles SADRON, deux bois issus de la destruction des
dernières forêts pluviales ?
Pourquoi ne pas
s’inspirer de manière générale de la Région Aquitaine qui a instauré ce
principe d’éco-conditionnalité pour toutes ses participations aux
projets de construction ?
Comment croire à une
politique durable en matière agricole alors que vous dîtes la baser
essentiellement sur le concept, si artificiel dans ce domaine, de
compétitivité ?
Comment pouvons-nous
souscrire à votre politique de recherche qui est axée, selon vos propres
termes là encore, sur une valorisation par rapport au seul marché ?
Concernant les
transports, les efforts en matière d’infrastructures ferroviaires ne
sont que 2,7 fois supérieurs à ceux en faveur de la route alors qu’un
rééquilibrage plus rigoureux s’imposerait ici en dépit des compétences
présentes.
Et que dire d’un
aménagement du territoire qui doit supporter la plaie du Bioscope
soutenu au total à hauteur de 50 millions de fonds publics sans qu’il
n’ait été procédé à une analyse sérieuse de sa valeur ? Quelle
conclusion en tirer à l’heure où l’on refuse à l’écomusée le simple
montant alloué au fonctionnement des autres musées en Alsace, montant
qui eut pourtant suffit à lui permettre de se maintenir avec son
périmètre initial d’emploi ? C’est là une orientation culturelle
négligée qui se confirme avec la baisse du fonds régional des musées.
La faillite du «
développement pour le développement » principe fondateur implicite du
Bioscope, sans aucune des interrogations qui auraient dû s’imposer,
trouve ici sa dispendieuse caricature.
Pourquoi l’Alsace ne
s’inspirerait-elle pas de la Région Corse qui a instauré, elle, un ”plan
d’aménagement durable” ?
Les nouvelles compétences
en matière de Santé auraient dû vous inciter à anticiper les transferts
à venir pour donner du poids aux démarches de prévention et d’éducation
sanitaire et à celles relatives aux pathologies environnementales. La
situation sanitaire, critique sous ces aspects, de notre région aurait
dû vous inciter à vous approprier cette compétence à l’instar là aussi
de la Région Nord-Pas-de-Calais et de la Région Rhônes-Alpes .
Bien sûr nous vous
créditons volontiers de nous avoir rejoint, cette année encore, sur
quelques points sur lesquels nous insistions les années passées. Nous
saluons à ce titre l’instauration d’un dispositif de soutien au capital
risque, à la HQE dans la construction et à l’agriculture biologique ; la
multiplication par 4 des mesures de réparation de la pollution, sans
oublier l’avancement des projets ferroviaires que nous jugeons, nous,
valorisés précisément par l’entravement des projets routiers du fait
d’inertie administrative que d’aucuns déplorent. Nous vous félicitons
tout particulièrement pour l’instauration d’un programme en faveur de la
« basse énergie » que nous proposions depuis 2004.
Consolider le présent
tout en échafaudant l’avenir, l’exercice est singulièrement délicat,
nous vous l’accordons sans difficultés Monsieur le Président.
Mais si nous vous
créditions d’inscriptions positives, il nous sera néanmoins difficile
d’approuver votre budget dans sa globalité, celui-ci étant trop
manifestement dépourvu de la vision prospective qui s’imposait.
Je
vous remercie pour votre attention
Philippe CARBIENER
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