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Budget primitif 2007 de la 4ème Commission
Formation initiale,
éducation et enseignement de la langue régionale
Intervention de Jacques FERNIQUE
Monsieur le Président, Chers collègues
Mon intervention portera
sur 4 des rapports budgétaires relevant de la 4ème commission.
Concernant
l’Apprentissage, nous regrettons que ce dispositif important de la
formation et de l’insertion professionnelle à tous niveaux soit en
quelque sorte vampirisé par les discours et les gesticulations
médiatiques concernant 1 voire au plus 2% des effectifs. L’apprentissage
junior ne représentera à terme guère plus de 300 jeunes sur plus de 15
000 apprentis, il occupe dans votre rapport une place manifestement
disproportionnée. Cet arbre qui cache la forêt sera peut-être fructueux
pour une part des jeunes concernés, mais il engendre des dégâts
démesurés pour le plus grand nombre. Il conforte en effet les tendances
les plus conservatrices de ceux qui dans les Collèges gardent la
nostalgie du palier d’orientation par l’échec en fin de 5ème, il
rabaisse la voie professionnelle dans cette catastrophique exception
française qui en fait un réceptacle de récupération des exclus du
système, de ceux qui sont réputés incapables d’acquisition de ce fameux
socle commun des connaissances si nécessaire pourtant au plus fragiles,
aux premiers précarisés ou licenciés qui en auront le plus besoin pour
rebondir. L’Apprentissage se modernise, se développe : en Alsace il est
assis sur des bases consistantes, il s’agit de travailler le qualitatif,
de l’ouvrir à la société réelle dans sa diversité, d’assurer sa
complémentarité équilibrée avec la voie professionnelle scolaire et non
de le dévaluer en courant après les improvisations gouvernementales
aussi hasardeuses que tonitruantes.
Je ne reprendrai pas les
arguments tout récents déjà échangés lors de notre dernière séance pour
le Plan de Modernisation et de Développement de l’Apprentissage. Je
voudrais juste relever 3 points faibles de votre politique.
D’abord le caractère
encore bien confus des démarches visant à moderniser les lieux de
formation de l’apprentissage. Tout le monde sait qu’il n’est pas facile
de travailler avec des CFA si différents, et que les cultures ne sont
pas tout à fait les mêmes entre les Centres publics et les centres
privés, la diversité est encore plus touffue parmi les entreprises
formatrices. Nous comprenons bien que ce n’est pas en brusquant les
choses que l’ont assurera des évolutions réelles. La formule des Chartes
concertées semble particulièrement adaptée au contexte de
l’apprentissage, encore faut-il que ça ne confine pas à l’immobilisme :
on parle depuis longtemps de la nécessaire Charte de l’Entreprise-formatrice,
d’un label de l’entreprise-formatrice, il serait peut-être temps de
fixer des objectifs concrets et des échéances. Pour l’autre Charte
Qualité dont on parle, celle des CFA, la formule de votre rapport est un
peu embrouillée : « en 2007, dites-vous, une charte qualité sera mise en
place dans l’ensemble des CFA sur la base du volontariat». Voilà une
belle formule qui présuppose avec aplomb l’obligation générale d’être
volontaire. Espérons qu’il en sortira quelque chose et qu’on n’en
restera pas à cet oxymore.
Un autre souci pour
l’Apprentissage, que votre rapport n’évoque pas, c’est la question des
personnels enseignants. Le paysage est contrasté d’un CFA à l’autre :
quelques-uns réussissent à ce que la quasi-totalité de leurs formateurs
soient reconnus et sécurisés dans des emplois stables, d’autres centres
fonctionnent surtout par la précarité des contractuels. Le désengagement
en cours de l’Etat pour les postes gagés risque bien vite de faire fuir
les emplois de qualité des CFA pour généraliser les contractuels. Le
recteur a été interpellé en CAEN là-dessus par les syndicats : il est
clair que la Région ne peut pas s’accommoder de la fin de la prise en
charge par l’Etat des charges sociales des titulaires. Il en va de la
qualité pédagogique de l’apprentissage.
C’est cette même qualité
pédagogique qu’on écorne un peu, au moins symboliquement quand les
seules lignes budgétaires de l’apprentissage qui baissent cette année,
respectivement de 36% et de 9%, sont malencontreusement celles qui
concernent l’environnement de vie et la culture dans les CFA. C’est
peut-être justement parce que là c’est difficile et que les projets ne
viennent pas spontanément qu’il faudrait y mettre du volontarisme
budgétaire.
Concernant les formations
sanitaires et sociales, le moins que l’on puisse dire c’est que l’on
n’est pas sorti du brouillard. Manifestement nous sommes encore dans la
phase incertaine de transition du transfert de compétences. Personne ne
sait encore trop combien coûteront effectivement ces nouvelles
compétences assurées par la Région depuis l’été 2005, une seule vraie
certitude : les transferts financiers consentis par l’Etat sont
insuffisants. Un travail de diagnostic et de prospective en cours
permettra d’y voir plus clair : votre rapport budgétaire évoque l’examen
par les commissions formation des schémas régionaux des formations
sanitaires et sociales avant la fin de ce mois de décembre : ce
calendrier était un peu optimiste. Les audits comptables et financiers
sont encore à venir, pour l’instant, c’est plutôt au jugé et à la louche
que nous construisons le budget : vous comprendrez dans ces conditions
qu’il soit difficile de se prononcer politiquement en connaissance de
cause.
En ce qui concerne les
Lycées, nous relevons avec satisfaction l’affichage clair cette année
d’une volonté d’élargissement des capacités d’accueil pour qu’elles
soient au rendez-vous de l’élévation des niveaux et de la montée en
puissance des Lycées des Métiers. Il est temps que cette volonté se
traduise concrètement, par exemple par un nouveau lycée tertiaire sur
l’agglomération de Strasbourg : l’Académie y est favorable, les jeunes y
aspirent, ils, elles, sont pour l’instant largement bloqués à un niveau
V souvent inadapté aux demandes des entreprises. Il faudra aussi se
demander, et ce ne sera pas facile budgétairement, si cette augmentation
globale en volume de nos lycées pourra se poursuivre sans augmentation
nécessaire des moyens humains, des postes TOS.
Certes, nous aurions
davantage de moyens d’investissement si l’Etat ne nous abandonnait pas
un lycée des Pontonniers en non-conformité complète et dans un état
d’entretien inadmissible : avec une dotation d’1,350 Million d’€, l’Etat
s’en tire bien. Il sera également difficile de tenir l’objectif 2015
d’accessibilités généralisée pour les personnes handicapés de l’ensemble
des locaux scolaires : les délégués lycéens du CAVL ont exprimé ce souci
récemment. Les lycéens s’impliquent de plus en plus dans des projets
porteurs de culture et de citoyenneté : le mois de l’autre est une
réussite qui trouve un écho prometteur, nous lisons avec une
satisfaction étonné dans votre rapport budgétaire que le nouvel
équipement pour la pratique théâtrale au lycée Marchal de Molsheim est
engagé cette année dans la phase des travaux, nous avions été
désappointés et ceux de Molsheim encore plus par le rapport récent qui
décidait de suspendre ce projet : qu’en est-il, merci de nous éclairer ?
Nous sommes inquiets,
Monsieur le Président, sur les dossiers de la carte scolaire. Nous
apprenons que des filières sont menacées, par exemple le baccalauréat
Sciences et Technologie de la Gestion à Munster et la productique à
Pulversheim (ce qui risque de retarder la mise en œuvre de
l’indispensable projet de rénovation de l’établissement avec des
conséquences très graves en matière d’attractivité et d’effectifs pour
ce lycée). Sur ces dossiers difficiles, nous avons le sentiment d’être
passablement démunis : en effet, nous les élus, nous découvrons en toute
dernière longueur les décisions administratives : si nous voulons
intervenir en amont, c’est par initiative individuelle que nous le
bricolons, pas par travail collectif en commission en lien avec nos
services qui travaillent avec le rectorat.
Nous sommes partagés et
pour ma part pas vraiment convaincus pour les projets d’installations de
vidéo-surveillance : faut-il vraiment suivre les demandes en la matière.
Certes, c’est de mode, déjà arrivent les demandes d’accès aux lycées par
reconnaissance corporelle automatisée et autres codes-barres : dans ces
lieux d’éducation, de dialogue et de face à face, c’est d’abord sur la
présence humaine et la vigilance des adultes reconnus comme tels qu’il
faut compter.
Nous apprécions le plan
d’action de réduction de la facture énergétique des lycées de 20% :
encore serait-il nécessaire d’en fixer l’échéance, je ne la trouve pas
dans votre rapport. Le volet éducatif de cette politique est esquissé,
il s’agit de réduire les consommations par un changement de comportement
des usagers, je propose d’aller vite en valorisant les lycées vertueux
en la matière, je pense notamment au Lycée Monnet qui a réussi dans le
contexte énergétique que nous connaissons à baisser de près de 30% sa
subvention viabilisation en 5 ans. Le volet structurel de cette
politique énergétique est bien engagé, vu que nous n’aurons plus bientôt
que 5 chaudières au fioul, nous jugeons cependant hasardeux le projet
d’installer des pompes à chaleur, le marché ne fournit pas aujourd’hui
des équipements assurant le rendement de 3 nécessaire pour restituer
autant d’énergie que mobilisé en terme d’énergie primaire : ce sera dans
ces conditions une bonne affaire pour le fournisseur d’électricité et le
risque de prêter le pli aux demandes coûteuses de climatisation que ces
dispositifs rendent possibles. Nous avons par contre relevé avec
satisfaction l’intention d’effectuer cette année méthodiquement le
diagnostic énergétique de l’ensemble des bâtiments de nos lycées : voilà
qui permettra d’assurer les bases de ce plan d’actions énergétique.
Un autre plan d’actions
s’esquisse, c’est celui de la réduction, du tri et du traitement des
déchets : nous attendons davantage que les pistes ébauchées dans votre
rapport. Aujourd’hui, un bon nombre d’équipements de restauration
scolaire sont modernes et permettent un traitement moderne des déchets :
est-il vraiment assuré partout où c’est possible, il faut nous en
assurer : à l’instar des collectivités qui présentent annuellement un
rapport chiffré sur leur politique des déchets, il faudrait peut-être
collecter et synthétiser les éléments quantitatifs et qualitatifs des
pratiques dans nos lycées au moins déjà pour la restauration. Pour la
restauration scolaire d’ailleurs, compétence dorénavant de la Région,
nous suggérons qu’une politique globale s’échafaude pour aider les
lycées à réussir une mutation qualitative, notamment par avec
l’agriculture biologique et pour harmoniser des tarifs qui dans chaque
catégorie vont du simple au double sur l’ensemble de nos lycées. Pour
les déchets banaux, ceux des bureaux, des salles de classes et des
salles des profs, nous sommes un peu déçus par votre intention de vous
limiter pour l’instant à une dizaine d’établissements de la CUS et de la
CAMSA. Ce sera assurément un bonne chose de mobiliser une partie de nos
emplois aidés sur cette question des déchets, il faudra veiller
cependant à ce que les TOS et leur encadrement n’en déduisent pas que ce
sont uniquement les 150 emplois aidés qui s’occupent vraiment des
nouveautés, j’allais dire des marottes de la Région, et que le service
général avec ses 1150 agents peut continuer comme il l’a toujours fait :
autant pour l’énergie, pour l’informatique, que pour les déchets une
telle attitude serait contre-productive.
Manifestement, en dépit
des efforts de communication déployés votre politique sélective d’aide
aux familles par la prime régionale de scolarité n’arrive pas à
atteindre pleinement ses objectifs : elle reste plafonnée depuis des
années à environ 20 000 lycéens, elle réduit cette année sa voilure de
200 000 euros, laissant de fait de côté une bonne part des familles qui
pourraient y prétendre : nous touchons là les limites de votre démarche
à contre courant des autres régions qui ont déployé une politique plus
efficace par la gratuité pour les familles des manuels et d’une bonne
part des équipements. Le CESA vous appelle à mieux informer encore les
familles, pour notre part, nous pensons que c’est par l’égalité que les
plus démunis seront mieux épaulés, pas par des dispositifs dits «
d’équité » complexes et peu lisibles.
Je
vous remercie pour votre attention
Jacques FERNIQUE
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