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Budget primitif 2007 de la 10ème Commission
Agriculture, Forêt, Environnement
Intervention de Philippe CARBIENER
Monsieur le Président, Chers collègues
La menace que constituent
les pesticides pour la santé publique se confirme recherches
indépendantes après recherches indépendantes.
Nous considérons qu’il
est de la responsabilité de la Région Alsace de prendre la pleine mesure
du problème que constitue ces polluants du point de vue de la santé
publique, de celui du monde vivant et surtout du droit des générations
futures, gravement menacées dans leur legs génétiques.
Il en va des pesticides à
l’orée du XXIème siècle, comme des bactéries à l’époque de Pasteur. Il
convient que nous admettions que l’invisible, ces substances
généralement imperceptibles constitue une menace et qu’il nous faut agir
en conséquence.
De ce point de vue nous
désapprouvons la baisse de l’effort, déjà insuffisant, en faveur de
l’agriculture biologique, seule solution crédible, et ne le jugeons pas
à la hauteur de l’enjeu. Les aides en sa faveur demeurant relativement
faibles puisque 2 ou 3 fois inférieures à celles consacrées à la «
maîtrise des pollutions agricoles ».
Nous jugeons également ce
programme en faveur de l’agriculture bio insuffisamment transversal.
Ainsi nous déplorons que la mise en place d’une filière alsacienne
fruits et légumes n’ambitionnent pas d’obtenir cette certification
significative aux yeux du consommateur mais suscite un nouveau label, un
de plus, se rajoutant à la profusion de ceux que nous promouvons au
travers d’Alsace Qualité. Les consommateurs s’y perdent et le mélange
des genres dévalorise l’idée même de labélisation.
Un soutien plus général
en faveur de l’agriculture biologique en Alsace permettrait par exemple
à l’avenir d’éviter la hausse de 66% consacré au budget 2007 à la «
lutte contre les pollutions ». Un tel volontarisme n’aurait aujourd’hui
plus rien d’incongru, l’Alsace devant être capable d’aller à son échelle
dans la direction tracée par la Lettonie, pays qui vient de décider
d’orienter tout son territoire vers l’agriculture biologique. Il nous
faut de surcroît relativiser les montants inscrits en constatant que les
inscriptions en programme et en fonctionnement pour l’agriculture
biologique des années passées n’ont été réalisées qu’à hauteur de 40%.
Nous aurions souhaité une
ligne spécifique accordée à la large prise en charge de la certification
de l’agriculture biologique, à l’instar des 400 000 € qu’y consacrent la
Région Pays-de-Loire ou la Région Limousin. Pourquoi aussi ne pas
étudier l’instauration d’une aide au maintien et à la poursuite de
l’exploitation biologique à l’instar de la Région Ile-de-France ?
Concernant le budget
forêt, nous déplorons qu’il soit consacré à la poursuite de
l’intensification de l’exploitation du couvert, l’aide au « regroupement
de parcelles » qu’il induit n’étant toujours pas assortie d’une vision
d’ensemble, intégrant les compensations qu’exigeraient une telle
intensification. Or l’absence de tels gardes-fous ne conduit pas
seulement à anéantir les derniers refuges de fait en naturalité mais
compromet à terme également, selon les scientifiques, la base même de la
productivité forestière dans son ensemble. Une telle démarche
d’accentuation de la pression d’exploitation, pour être équilibrée,
devrait être accompagnée d’un schéma d’implantation ou de maintien de
réserves forestières intégrales.
Concernant le budget
environnement proprement dit, il est clair que la hausse de 50% consacré
au Energies Renouvelables devrait nous réjouir.
Hélas, nous constatons
que le meilleur y voisine avec le moins pertinent comme les pompes à
chaleur présentées abusivement, suite au soutien de la Région, comme
renouvelables dans les médias alors qu’elles ne le sont en aucun cas. Si
la délibération prenait quelques précautions, son détournement
publicitaire, dès le lendemain du vote, n’a de toute évidence pas été
maîtrisé, comme nous le prévoyions.
Nous aimerions nous
interroger sur les suites données à l’atlas éolien. Le potentiel de la
crête des Vosges ou de l’Alsace Bossue aurait du déboucher d’une part
sur un schéma de développement éolien comme en Région Champagne-Ardennes,
et d’autre part sur des investissements dans des sociétés d’économie
mixte à l’instar de la Région Limousin. De toute évidence, la Région
fait preuve de pusillanimité dans ce secteur dont nous pensons qu’il ne
devrait pas non plus être négligé.
Surtout nous réitérons
notre souci de voir les efforts en faveur des ENR prendre toute leur
valeur par un accent équivalent dans le domaine des économies d’énergie.
Et là nous sommes encore loin du compte, puisque pour vous paraphraser,
nous pensons que ces derniers s’inscrivent de manière trop progressive
dans l’économie régionale.
Si nous nous félicitons
de l’avènement des dispositifs en faveur de la basse énergie que nous
appelions de nos voeux depuis l’année 2004, nous pensons néanmoins que
ces expérimentations ne sauraient à elles seules constituer une
politique volontariste d’économie d’énergie.
La Région Alsace ne
prévoit toujours rien pour le patrimoine existant, rien pour aider les
particuliers à isoler leur logement. Il serait temps là de prendre
l’exemple de la Région Nord-Pas-de-Calais ou Picardie qui y consacrent
des montants allant jusqu’à 3 millions d’euros par an. Nous souhaitons
l’instauration d’un tel plan de soutien à l’adaptation énergétique et
climatique du patrimoine bâtit existant qui sache associer des
partenaires tels que l’ADEME ou le CSTB.
Bien sûr, nous vous
créditons de nous avoir écouter en projetant de soutenir la haute
qualité environnementale même si nous déplorons l’ampleur, près de 60%
des affectations non-réalisées jusqu’à présent.
Nous pensons que l’éco-conditionnalité,
que vous instaurez enfin concernant les projets que financent la Région,
doit porter sur davantage de critères que celui, unique, de l’énergie. «
L’analyse de la valeur » nouveau préalable pertinent aux décisions
d’investissement de la Région doit également porter sur ces questions
d’impact environnemental.
Pourquoi cette année
encore, la Région Alsace ne prévoit-elle pas de se doter d’un agenda 21
comme la Région Limousin ?
Pourquoi ne pas suivre cette même région en budgétisant un programme
régional de « management de l’environnement », permettant de diffuser la
culture environnementale dans le monde des entreprises ?
Bien des dispositifs
soutenus ne manquent pas d’intérêt. Mais globalement ce budget fait
preuve à nos yeux de bien trop peu de vigueur, et ce dans des directions
stratégiques essentielles, qui seraient véritablement significatives
pour l’avenir de l’agriculture, de l’environnement et de la forêt en
Alsace.
Je
vous remercie pour votre attention
Philippe CARBIENER
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