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Intervention en séance de Philippe CARBIENER
”Orientations budgétaires pour l’exercice 2007"
Modulation de la TIPP
Monsieur
le Président, chers collègues,
Nous
entrons dans un monde nouveau et nous y entrons à reculons, tant il nous
paraît incertain, lourd de régressions dans tous les domaines. Alors que
tout se fait mouvant, ces orientations budgétaires cristallisent
largement un univers qui voudrait se figer dans l’idée qu’elles doivent
se contenter de perfectionner les procédés de gestion politique, les
accorder à l’air du temps mais sans revoir de fond en comble les
méthodes pour forger de nouveaux desseins.
Pourtant cette inertie ne peut
qu’accompagner, sans y pallier véritablement, les sombres contours de ce
siècle.
Ici en Alsace, comme, mais parfois
davantage qu’ailleurs, ce sont des revenus décents qui font défaut à un
nombre croissant de personnes, une industrie, en particulier automobile,
qui s’ébroue sans frein politique dans les pays à très bas salaires (un
ouvrier de l’automobile gagne 4X fois moins en Slovaquie), un
environnement de plus en plus malsain comme en témoigne les
statistiques, un territoire en perte d’identité paysagère et
environnementale, une société sourdement inquiète qui fuit dans un
individualisme sans issues.
Pourtant à bien des égards l’avenir est déchiffrable, les enjeux
prévisibles, et les concepts pour forger des perspectives désirables,
existent. Encore faut-il s’astreindre aux révisions drastiques qui
s’imposent, se plier aux inflexions nécessaires.
Or
votre projet de budget se contente d’accompagner la modernité, de
l’améliorer, mais sans la dépasser, avec des orientations fragmentées
reposant sur maints faux semblants.
Faux
semblants au niveau des recettes avec la fiction d’un taux d’imposition
modéré en valeur relative alors qu’en valeur absolue ces montants
figurent parmi les plus élevés de France Le principe de l’imposition est
le fondement des sociétés prospères, hélas les bases des collectivités
locales sont incertaines du point de vue de l’équité.
Que
dire des vices intrinsèques et des vertus illusoires de la modulation
régionale de la TIPP proposée par vos amis du Gouvernement ?
Vices
fonciers du fait d’une mise en concurrence des territoires toujours
néfastes à la fiscalité, et donc à l’intérêt général, et de part une
indexation sur un niveau de consommation qu’il importerait autrement de
réduire.
Vertu
illusoire d’une modulation qui prétend aux avantages si nécessaires
d’une éco-taxe alors que son amplitude très faible la rend inopérante.
La TIPP est typiquement une prérogative que l’Etat devrait pleinement
conserver et assumer. C’est pourquoi nous nous abstenons sur ce point.
Concernant les dépenses, nous déplorons un budget dissocié, fragmenté
alors que nous l’établirions, nous les Verts en reliant systématiquement
les volets économiques, sociaux et environnementaux. Sous cet angle, un
budget environnement qui augmente de 29% nous paraît un peu vain. Non
pas parce qu’il recouvre une aide à la communication mercantile d’un
distributeur d’énergie au travers du soutien aux pompes à chaleur mais
plus fondamentalement car cette préoccupation devrait davantage irriguer
les budgets éducation, économie, recherche, logement, politique sociale
et agricole. Ce qui permettrait par exemple d’éviter de se retrouver
avec une MISHA, sous maîtrise d’oeuvre régionale, comportant des
fenêtres en bois de moabi. Le moabi est une essence du bassin du Congo
en voie de raréfaction alors qu’elle assure aux populations locales des
ressources pérennes sous forme d’huile et constitue par ailleurs des
sanctuaires spirituels.
Ainsi,
les peuples autochtones sont privés de ces ressources et les producteurs
vosgiens de débouchés. Ce type d’incohérence stérilise une part des
budgets « coopération décentralisée » et, « soutien la filière bois
alsacienne. »
Nous
inscririons nous, des projets transversaux reliant l’économie,
l’environnement et le social pour camper une Alsace solide dans le
XXIème siècle, de grands projets territoriaux qui pourraient
parfaitement combiner l’impératif économique, le devoir social et la
responsabilité environnementale.
Citons
à titre d’illustration l’inscription d’un plan régional pour
l’agriculture biologique.
En la
sortant de votre logique de niche, il est possible d’en faire le projet
nécessaire pour préserver notre identité paysagère, notre biodiversité,
notre santé, la fertilité de nos sols et donc notre sécurité
alimentaire, la qualité de notre eau, l’identité de nos produits du
terroir, notre tradition du « bien manger ». Dans la région de Munich,
la priorité à la généralisation de l’agriculture biologique est revenue
18% moins cher que les traitements de l’eau qui eussent autrement été
nécessaires. Sur notre territoire exiguë, viser à court terme 15% de la
surface agricole utile à l’instar de l’Autriche nous paraît accessible.
Acteur secondaire de la politique agricole, la Région Alsace a vocation
à compenser l’injustice de la politique agricole nationale qui n’utilise
en faveur de l’agriculture biologique qu’1/5 des marges qu’offre
l’Europe.
Les
enjeux technologiques que recèle l’AB sont considérables, elle est riche
d’innovation en RD et permet une revalorisation des métiers agricoles.
Un petit territoire tel que le nôtre ne pourrait s’atteler à une telle
ambition ? Que penser alors de la Lettonie qui vient d’annoncer que son
agriculture s’orientait vers le tout bio ?
Dans
le même esprit, nous aurions souhaiter d’autres grands projets
transversaux tournés vers un avenir assuré tel la création d’un pôle
d’excellence en efficacité énergétique, secteur encore vierge et au
développement inéluctable.
Il
nous faut en effet trouver de nouvelles idées pour compenser une
faiblesse structurelle de nos pôles de compétitivité : le
génie-génétique et le secteur automobile ne peuvent garantir seul
l’avenir de l’Alsace.
Soutenir l’existent s’impose mais générer le futur doit se programmer.
Or il n’y a aucune perspective concernant une vision de la compétitivité
de l’Alsace dans quelques décennies.
Vous
nous direz que ce sont là des projets hors compétences régionales,
précisément nous jugeons que pour 2007 il serait temps que la RA s’en
saisisse pour se redéployer et devenir la force structurante qui manque
à notre territoire.
Pourquoi ne pas innover en ce sens, rassembler, organiser autour de
quelques projets phares la folle accumulation des compétences à l’œuvre
dans tous les domaines.
Par
exemple, une action très ciblée en matière de logements sociaux et de
commandes publiques, imposant, sauf dérogation, le recours aux ENR, aux
normes HQE et de la basse énergie pourraient rapidement faire consensus
et générer davantage de résultats en terme de sobriété et d’impulsion
économique que les plus belles augmentations budgétaires sectorielles.
Là comme ailleurs, nous ne pouvons soutenir plus longtemps la
fragmentation néfaste de la commande publique.
La
Région Alsace a vocation à coordonner les efforts dans ce sens de toutes
les collectivités territoriales. Elle doit devenir la plate-forme
régionale de concertation sur le développement conjoint de l’économie,
du social et de l’environnement, organisant le débat, structurant les
actions. Son droit à l’innovation l’y autorise, l’espoir latent de tous
nos partenaires également.
Comme
premier jalon vers davantage de cohérence il est encore possible
d’inscrire un agenda 21 et un plan climat régional.
Monsieur le Président, vous avez pu déplorer n’avoir pas davantage de
compétences propres, de moyens financiers. Nous vous proposons de
dépasser ces limites, en nous soumettant, dans l’intérêt de l’Alsace,
davantage de grands projets de développement durable propre à notre
collectivité, à notre région.
La
qualité sociale et environnementale pourrait alors se conjuguer avec la
simple maîtrise financière.
Hélas,
faute d’une vision transversale intégrant les contraintes et les atouts
du défi écologique votre projet est dépourvu d’orientations véritables
et nous craignons qu’il ne fragilise l’Alsace.
Philippe CARBIENER
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