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Intervention en séance de Philippe CARBIENER
SRDE : l’atout négligé de l’éco-développement
Monsieur
le Président, chers collègues,
Il
n’est pas d’emblée aisé d’aborder le rôle économique de l’instance
régionale, car il est fonctionnellement secondaire faute des outils
interventionnistes qui seraient nécessaires. Cet exercice reste
néanmoins absolument obligatoire car il doit contribuer à distinguer
favorablement notre territoire de tous ceux avec lesquels il est en
compétition. Convenons qu’en accompagnant les mutations du tissu
d’activités alsacien, votre SRDE remplit plus ou moins sa mission. Mais
une telle conception du schéma nous apparaît insuffisante.
Si l’Alsace s’applique ainsi à s’adapter, en tenant compte des forces et
des faiblesses de son tissu d’activités existant, et nous respectons cet
effort, ce dernier ne lui permettra pas de se distinguer. Cette démarche
est en effet générale et parfaitement semblable à celle des autres
régions. Nul avantage compétitif déterminant ne peut donc en être
escompté. Nous risquons en effet de maintenir ainsi une concurrence que
nous jugeons par nature toujours stérile et destructrice, avec d’autres
régions alors qu’un dessein spécifique nous permettrait à l’inverse de
nous inscrire dans des valeurs de solidarité par la complémentarité
qu’il offre.
Ce qui manque de manière flagrante est l’esquisse d’un véritable projet
territorial qui, basé sur une vision prospective singulière à moyen/long
terme, eût pu être spécifique à l’Alsace. Quelques idées concrètes,
sélectionnées avec soin, en matière de perspective d’éco-développement
auraient pu fonder un tel projet. Hélas on n’en discerne aucune qui soit
pourvue d’une telle fonction. Pourtant ce schéma aurait été ainsi
capable de satisfaire tant aux exigences impérieuses du présent qu’à
celles indispensables du moyen/long terme. C’était pourtant le sens de
notre contribution « l’écologie, un atout pour l’économie » qui, si elle
a été dûment intégrée, ne structure pas le SRDE comme nous l’avions
voulu. A titre d’illustration, nous aurions jugé pertinent de voir
émerger l’idée de construire une véritable filière industrielle autour
de la question cruciale de la maîtrise de l’énergie. Une démarche d’éco-développement
a l’avantage singulier de permettre conjointement de se positionner sur
des marchés émergeants tout en constituant des éléments clés de la
compétitivité future.
Nous déplorons en ce sens que l’outil d’intelligence et de veille
économique mis en place avec l’aide de la Région ait été négligé dans
l’élaboration du SRDE car il aurait précisément du servir à forger un
tel dessein.
Aujourd’hui l’innovation n’est plus, même si elle le fut, une valeur en
soi, mais c’est son orientation qui sera déterminante à l’avenir. Or
l’effort prospectif du SRDE se contente de prolonger les tendances
récentes alors que nous savons que celles-ci ne sont pas forcément
significatives de l’avenir dans notre monde en mutation accélérée.
De manière plus générale, nous déplorons que ce SRDE se contente
d’accompagner la mondialisation sans se préoccuper de fonder une
alternative. Il ne s’agit évidemment pas pour nous « les Verts » , par
principe, de proposer de baser le SRDE sur cette idée d’alternative à la
mondialisation en négligeant de manière coupable les réalités immédiates
qui le concernent au premier chef mais de préconiser qu’elle en
structure un pan significatif.
De multiples observations, d’innombrables signes nous indiquent que la
globalisation actuelle porte déjà en elle les germes de sa faillite
prochaine. En se contentant de l’accompagner et faute d’orienter notre
région vers un dessein spécifique, le SRDE que vous nous soumettez
aujourd’hui, risque, au mieux, de ne permettre à l’Alsace que de réussir
moyennement sa mutation économique à courte échéance, la laissant fort
dépourvue à terme.
Philippe CARBIENER
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