Séance plénière du 30 juin 2006

 
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Intervention en séance de Philippe CARBIENER

 

SRDE : l’atout négligé de l’éco-développement

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

 Il n’est pas d’emblée aisé d’aborder le rôle économique de l’instance régionale, car il est fonctionnellement secondaire faute des outils interventionnistes qui seraient nécessaires. Cet exercice reste néanmoins absolument obligatoire car il doit contribuer à distinguer favorablement notre territoire de tous ceux avec lesquels il est en compétition. Convenons qu’en accompagnant les mutations du tissu d’activités alsacien, votre SRDE remplit plus ou moins sa mission. Mais une telle conception du schéma nous apparaît insuffisante.

 

Si l’Alsace s’applique ainsi à s’adapter, en tenant compte des forces et des faiblesses de son tissu d’activités existant, et nous respectons cet effort, ce dernier ne lui permettra pas de se distinguer. Cette démarche est en effet générale et parfaitement semblable à celle des autres régions. Nul avantage compétitif déterminant ne peut donc en être escompté. Nous risquons en effet de maintenir ainsi une concurrence que nous jugeons par nature toujours stérile et destructrice, avec d’autres régions alors qu’un dessein spécifique nous permettrait à l’inverse de nous inscrire dans des valeurs de solidarité par la complémentarité qu’il offre.

 

Ce qui manque de manière flagrante est l’esquisse d’un véritable projet territorial qui, basé sur une vision prospective singulière à moyen/long terme, eût pu être spécifique à l’Alsace. Quelques idées concrètes, sélectionnées avec soin, en matière de perspective d’éco-développement auraient pu fonder un tel projet. Hélas on n’en discerne aucune qui soit pourvue d’une telle fonction. Pourtant ce schéma aurait été ainsi capable de satisfaire tant aux exigences impérieuses du présent qu’à celles indispensables du moyen/long terme. C’était pourtant le sens de notre contribution « l’écologie, un atout pour l’économie » qui, si elle a été dûment intégrée, ne structure pas le SRDE comme nous l’avions voulu. A titre d’illustration, nous aurions jugé pertinent de voir émerger l’idée de construire une véritable filière industrielle autour de la question cruciale de la maîtrise de l’énergie. Une démarche d’éco-développement a l’avantage singulier de permettre conjointement de se positionner sur des marchés émergeants tout en constituant des éléments clés de la compétitivité future.

 

Nous déplorons en ce sens que l’outil d’intelligence et de veille économique mis en place avec l’aide de la Région ait été négligé dans l’élaboration du SRDE car il aurait précisément du servir à forger un tel dessein.

 

Aujourd’hui l’innovation n’est plus, même si elle le fut, une valeur en soi, mais c’est son orientation qui sera déterminante à l’avenir. Or l’effort prospectif du SRDE se contente de prolonger les tendances récentes alors que nous savons que celles-ci ne sont pas forcément significatives de l’avenir dans notre monde en mutation accélérée.

 

De manière plus générale, nous déplorons que ce SRDE se contente d’accompagner la mondialisation sans se préoccuper de fonder une alternative. Il ne s’agit évidemment pas pour nous « les Verts » , par principe, de proposer de baser le SRDE sur cette idée d’alternative à la mondialisation en négligeant de manière coupable les réalités immédiates qui le concernent au premier chef mais de préconiser qu’elle en structure un pan significatif.

 

De multiples observations, d’innombrables signes nous indiquent que la globalisation actuelle porte déjà en elle les germes de sa faillite prochaine. En se contentant de l’accompagner et faute d’orienter notre région vers un dessein spécifique, le SRDE que vous nous soumettez aujourd’hui, risque, au mieux, de ne permettre à l’Alsace que de réussir moyennement sa mutation économique à courte échéance, la laissant fort dépourvue à terme.

 

Philippe CARBIENER