Séance plénière du 30 juin 2006

 
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Intervention en séance de Jacques FERNIQUE

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

Je n’irai pas par quatre chemins, encore moins par 4 autoroutes, pour vous dire pourquoi nous sommes défavorables à ce qu’il faut appeler maintenant l’A355. Je m’en tiendrais à la dimension stricte des transports et déplacements ; Andrée Buchmann traitera elle des autres impacts.

 

J’ai lu attentivement votre rapport, non, Monsieur le Président, malgré toute la virtuosité argumentative de votre rapport, malgré toute la fougue de votre engagement (je crois bien que c’est la première fois que nous examinons un rapport que vous avez écrit explicitement à la première personne, j’ai relevé 5 fois le mot « je » dans le document que nous examinons), malgré donc votre implication vous ne nous avez pas convaincus et nous voterons contre votre avis, c’est-à-dire contre le GCO.

 

Bien sûr, je sais que beaucoup pensent que cette verte position n’est que déclinaison de principe d’un credo écologiste radical et qu’à ce titre elle n’est guère crédible. Je vais donc m’efforcer de vous expliquer rapidement pourquoi, à l’instar d’Yves Bur, de Daniel Hoeffel, de Roland Ries ou du Président de la Chambre d’Agriculture, je pense qu’il serait nécessaire de remettre posément en question ce nouveau tronçon autoroutier plutôt que de s’y engager tête baissée, tous derrière et les camions devant !

 

Non, Monsieur le Président, on aura beau tourner le problème dans tous les sens et appeler à la rescousse tous les trésors de rhétorique, on ne nous fera pas croire qu’une infrastructure autoroutière nouvelle c’est la priorité donnée au développement des transports collectifs.

 

Non, Monsieur le Président, vous ne nous ferez pas passer comme un modèle de concertation et de démocratie participative la détermination mécanique de l’État à tracer un axe autoroutier sans discontinuité en plaine d’Alsace comme le réclame depuis des décennies ceux pour qui le développement économique se mesurent au nombre de camions et aux km d’autoroute.

 

Non, vous ne nous ferez pas passer cette logique monomodale pour un système de transport global et cohérent pour notre territoire, un système, je vous cite, comme jamais on n’en a étudié et pensé plus efficacement et plus harmonieusement. Il fallait oser !

 

Et bien, mais le voilà donc ce fameux Schéma Régional de Transport que nous réclamions sans relâche : inutile d’y travailler, de l’élaborer et d’en débattre, vous aviez raison de nous en dissuader, puisque ce sont les techniciens du GCO qui nous le sortent tout fait de leur chapeau ! Cependant une réserve, et elle est de taille : c’est quand même un étrange « système de transport global et cohérent pour notre territoire » que vous nous brosser là dans votre rapport : nulle part en effet je n’y trouve mention du nécessaire développement du fret ferroviaire, nulle part, j’ai bien regardé et c’est significatif : sans doute la cohérence veut-elle qu’on laisse ce chantier aux Suisses et aux Allemands, l’Alsace pour sa part prendra les camions ! Elle s’en charge, et c’est une sacrée charge, depuis le 1er janvier 2005 et la LKW Maut ! D’ailleurs pour quel flux de grand transit le GCO serait pertinent, et bien justement ce flux Nord-Est Sud celui précisément qui se reporte en Alsace pour fuir la taxe allemande !

 

Car n’en doutons pas, chers collègues, il s’agit bien avec le GCO de faciliter aux camions l’écoulement de leur trafic sur l’axe Nord-Sud côté alsacien. C’est un choix : le choix d’un développement que l’on persiste à croire fondé sur l’inflation des transports de marchandises, le choix de reporter à plus tard les difficiles réponses aux enjeux climatiques, le choix de faire comme si le pétrole était encore à 35 $ le baril et y resterait pour longtemps ! Ce choix, il est déjà maintenant délicat à assumer : les années qui s’annoncent vous montreront mieux que moi que c’est un mauvais choix.

 

Bien sûr, Monsieur le Président, la facilité et les recettes miracles ne règleront pas nos problèmes de déplacements. Je sais bien que les progrès important du TER et ceux du tramway à Strasbourg n’ont pas réduit ni même stabilisé la croissance du trafic routier. Cette mutation est difficile, et d’autant plus difficile quand certains continuent de façon contre-productive à faciliter les stationnements en ville attendant d’être vraiment contraints pour évoluer. Alors, dans ces conditions où chacun essaye le plus longtemps possible de profiter encore un peu de la possibilité de se déplacer tout seul ses 80 kg dans sa voiture d’une tonne et demie, dans ces conditions n’est-il pas évident que les 30 000 véhicules jour que le GCO prélèverait aux 200 000 de l’autoroute urbaine serait avant tout un petit peu de place dégagée pour toujours plus de voitures ? D’ailleurs l’étude TTK estime que le prélèvement strict ne serait que de 14000 soit 6% du total vite rattrapé par la croissance annuelle du trafic de l’ordre de 2 à 5% par an. Bien sûr, on nous fait miroiter aujourd’hui une transformation radicale de la rocade Ouest A35, le GCO ce serait le moyen de transformer l’autoroute urbaine avec des voies dédiées aux transports en commun et au covoiturage, ce serait l’interdiction du transit de poids-lourds dans la CUS. L’autoroute actuelle deviendrait le poumon des transports collectifs. La formule est belle, les intentions séduisantes : mais où sont les projets précis ? Qui ? Quand ? Comment ? Combien ? Qui payera ? Quand on sait le temps qu’il a fallu pour protéger Ostwald du bruit autoroutier (et avec quel résultat !), quand on sait la persistance insupportable des nuisances des camions sur la RN83 à Fegersheim des années après la mise en service de la VRPV, vous comprendrez qu’il est difficile d’accepter de se payer de mots pour avaler la grosse pilule d’une nouvelle autoroute bien réelle ! Une autoroute bien réelle qui de fait, j’en prends le pari, contribuera d’abord à alimenter en véhicules l’axe radial de pénétration dans Strasbourg encore pas trop saturé, je veux parler de l’axe RN4-A351. Avec le GCO, vous pourrez choisir quel bouchon prendre pour rentrer dans Strasbourg !

 

Voilà, chers collègues, Monsieur le Président, pourquoi il nous paraît contre-productif de s’obstiner à vouloir réaliser ce projet daté d’infrastructure autoroutière, on aura beau tenter de l’habiller de toutes les façons possibles, il est devenu inadapté aux exigences d’un développement vraiment durable : nous sommes en 2006, plus en 1960 : on ne peut plus chercher à favoriser les flux de camions et de voitures par de nouvelles infrastructures autoroutières sous peine de retarder, voire de compromettre, la mutation vers les transports collectifs (c’est pas facile) et l’essor nécessaire du fret ferroviaire (c’est encore moins facile).

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Jacques FERNIQUE