| |
|
|
Intervention en séance de Jacques FERNIQUE
Monsieur
le Président, chers collègues,
Je n’irai pas par quatre chemins, encore moins par 4 autoroutes, pour
vous dire pourquoi nous sommes défavorables à ce qu’il faut appeler
maintenant l’A355. Je m’en tiendrais à la dimension stricte des
transports et déplacements ; Andrée Buchmann traitera elle des autres
impacts.
J’ai lu attentivement votre rapport, non, Monsieur le Président, malgré
toute la virtuosité argumentative de votre rapport, malgré toute la
fougue de votre engagement (je crois bien que c’est la première fois que
nous examinons un rapport que vous avez écrit explicitement à la
première personne, j’ai relevé 5 fois le mot « je » dans le document que
nous examinons), malgré donc votre implication vous ne nous avez pas
convaincus et nous voterons contre votre avis, c’est-à-dire contre le
GCO.
Bien sûr, je sais que beaucoup pensent que cette verte position n’est
que déclinaison de principe d’un credo écologiste radical et qu’à ce
titre elle n’est guère crédible. Je vais donc m’efforcer de vous
expliquer rapidement pourquoi, à l’instar d’Yves Bur, de Daniel Hoeffel,
de Roland Ries ou du Président de la Chambre d’Agriculture, je pense
qu’il serait nécessaire de remettre posément en question ce nouveau
tronçon autoroutier plutôt que de s’y engager tête baissée, tous
derrière et les camions devant !
Non, Monsieur le Président, on aura beau tourner le problème dans tous
les sens et appeler à la rescousse tous les trésors de rhétorique, on ne
nous fera pas croire qu’une infrastructure autoroutière nouvelle c’est
la priorité donnée au développement des transports collectifs.
Non, Monsieur le Président, vous ne nous ferez pas passer comme un
modèle de concertation et de démocratie participative la détermination
mécanique de l’État à tracer un axe autoroutier sans discontinuité en
plaine d’Alsace comme le réclame depuis des décennies ceux pour qui le
développement économique se mesurent au nombre de camions et aux km
d’autoroute.
Non, vous ne nous ferez pas passer cette logique monomodale pour un
système de transport global et cohérent pour notre territoire, un
système, je vous cite, comme jamais on n’en a étudié et pensé plus
efficacement et plus harmonieusement. Il fallait oser !
Et bien, mais le voilà donc ce fameux Schéma Régional de Transport que
nous réclamions sans relâche : inutile d’y travailler, de l’élaborer et
d’en débattre, vous aviez raison de nous en dissuader, puisque ce sont
les techniciens du GCO qui nous le sortent tout fait de leur chapeau !
Cependant une réserve, et elle est de taille : c’est quand même un
étrange « système de transport global et cohérent pour notre territoire
» que vous nous brosser là dans votre rapport : nulle part en effet je
n’y trouve mention du nécessaire développement du fret ferroviaire,
nulle part, j’ai bien regardé et c’est significatif : sans doute la
cohérence veut-elle qu’on laisse ce chantier aux Suisses et aux
Allemands, l’Alsace pour sa part prendra les camions ! Elle s’en charge,
et c’est une sacrée charge, depuis le 1er janvier 2005 et la LKW Maut !
D’ailleurs pour quel flux de grand transit le GCO serait pertinent, et
bien justement ce flux Nord-Est Sud celui précisément qui se reporte en
Alsace pour fuir la taxe allemande !
Car n’en doutons pas, chers collègues, il s’agit bien avec le GCO de
faciliter aux camions l’écoulement de leur trafic sur l’axe Nord-Sud
côté alsacien. C’est un choix : le choix d’un développement que l’on
persiste à croire fondé sur l’inflation des transports de marchandises,
le choix de reporter à plus tard les difficiles réponses aux enjeux
climatiques, le choix de faire comme si le pétrole était encore à 35 $
le baril et y resterait pour longtemps ! Ce choix, il est déjà
maintenant délicat à assumer : les années qui s’annoncent vous
montreront mieux que moi que c’est un mauvais choix.
Bien sûr, Monsieur le Président, la facilité et les recettes miracles ne
règleront pas nos problèmes de déplacements. Je sais bien que les
progrès important du TER et ceux du tramway à Strasbourg n’ont pas
réduit ni même stabilisé la croissance du trafic routier. Cette mutation
est difficile, et d’autant plus difficile quand certains continuent de
façon contre-productive à faciliter les stationnements en ville
attendant d’être vraiment contraints pour évoluer. Alors, dans ces
conditions où chacun essaye le plus longtemps possible de profiter
encore un peu de la possibilité de se déplacer tout seul ses 80 kg dans
sa voiture d’une tonne et demie, dans ces conditions n’est-il pas
évident que les 30 000 véhicules jour que le GCO prélèverait aux 200 000
de l’autoroute urbaine serait avant tout un petit peu de place dégagée
pour toujours plus de voitures ? D’ailleurs l’étude TTK estime que le
prélèvement strict ne serait que de 14000 soit 6% du total vite rattrapé
par la croissance annuelle du trafic de l’ordre de 2 à 5% par an. Bien
sûr, on nous fait miroiter aujourd’hui une transformation radicale de la
rocade Ouest A35, le GCO ce serait le moyen de transformer l’autoroute
urbaine avec des voies dédiées aux transports en commun et au
covoiturage, ce serait l’interdiction du transit de poids-lourds dans la
CUS. L’autoroute actuelle deviendrait le poumon des transports
collectifs. La formule est belle, les intentions séduisantes : mais où
sont les projets précis ? Qui ? Quand ? Comment ? Combien ? Qui payera ?
Quand on sait le temps qu’il a fallu pour protéger Ostwald du bruit
autoroutier (et avec quel résultat !), quand on sait la persistance
insupportable des nuisances des camions sur la RN83 à Fegersheim des
années après la mise en service de la VRPV, vous comprendrez qu’il est
difficile d’accepter de se payer de mots pour avaler la grosse pilule
d’une nouvelle autoroute bien réelle ! Une autoroute bien réelle qui de
fait, j’en prends le pari, contribuera d’abord à alimenter en véhicules
l’axe radial de pénétration dans Strasbourg encore pas trop saturé, je
veux parler de l’axe RN4-A351. Avec le GCO, vous pourrez choisir quel
bouchon prendre pour rentrer dans Strasbourg !
Voilà, chers collègues, Monsieur le Président, pourquoi il nous paraît
contre-productif de s’obstiner à vouloir réaliser ce projet daté
d’infrastructure autoroutière, on aura beau tenter de l’habiller de
toutes les façons possibles, il est devenu inadapté aux exigences d’un
développement vraiment durable : nous sommes en 2006, plus en 1960 : on
ne peut plus chercher à favoriser les flux de camions et de voitures par
de nouvelles infrastructures autoroutières sous peine de retarder, voire
de compromettre, la mutation vers les transports collectifs (c’est pas
facile) et l’essor nécessaire du fret ferroviaire (c’est encore moins
facile).
Je vous remercie de votre attention.
Jacques FERNIQUE
|
|
|