Séance plénière du 30 juin 2006

 
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Intervention en séance de Djamila SONZOGNI

 

 

Monsieur le Président,

Madame, Monsieur les Conseillers Régionaux,

 

J’ai suivi d’assez près le travail qui a été fait pour aboutir à ce schéma et auquel nous avons été associés et je voudrais donc saluer devant cette assemblée quelques points positifs car il n’est pas facile de construire un tel schéma.

 

Je souligne la concertation réalisée avec un grand nombre d’acteurs du monde économique. Dommage qu’elle se soit limitée aux acteurs habituels. On aurait pu l’élargir aux nouveaux acteurs du développement économique, de l’insertion par l’emploi, à ceux qui ont monté leur micro projet, comme ces chefs d’entreprise d’origine étrangère, comme ces responsables d’entreprises d’insertion. Enfin il est tout à fait regrettable de ne pas avoir invité et écouté les associations de chômeurs

 

Je reconnais que beaucoup de nos remarques ont été prises en compte notamment sur l’économie sociale et solidaire qui est enfin reconnue comme un acteur important. Le schéma reconnais aussi les éco-entreprises notamment de l’agriculture biologique. Dans ses orientations stratégiques, le schéma donne en principe la priorité à un développement durable de l’économie !

 

Concertation effective, Économie sociale et solidaire, Écoentreprise, Développement durable…Et pourtant ce schéma est loin de nous avoir convaincu. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il dit tout et son contraire…

 

Ce schéma c’est la « Samaritaine » où chacun peut trouver son bonheur… même si les desseins des uns sont contradictoires avec les desseins des autres.

 

On évoque les principes du développement durable et l’on consacre un chapitre entier sur des projets d’infrastructures daté : le GCO, l’agrandissement des aéroports, et même un remake du canal à grand gabarit… En parallèle aux déclarations de principes et d’intentions, nous avons la programmation concrète d’infrastructures consommatrices d’espaces et d’énergie. Il manque à ce schéma, d’essence libérale, une véritable orientation politique. Pour notre part, nous aurions souhaité trouver en fil conducteur le développement soutenable et la solidarité.

 

Le schéma évoque, de-ci de-là, les éco-entreprises notamment pour les économies d’énergie et l’agriculture biologique. Nous aurions souhaité que la Région soutienne, avec le même enthousiasme et les mêmes moyens que pour les pôles de compétitivité, l’essor d’une écofilière permettant de regrouper, soutenir et développer ce secteur.

 

Vous voulez « une Alsace entreprenante, innovante ouverte et solidaire » ? Je constate que sur la solidarité, le compte n’y est pas ! A moins que le fait d'avoir enfin reconnu les acteurs de l’économie sociale et solidaire constitue pour vous le volet solidarité ? C’est très réducteur !

 

L'Économie Sociale et Solidaire joue par essence la solidarité. Mais l’économie sociale et solidaire est bien plus, c’est un secteur économique à part entière dont il faut souligner le potentiel de création d’emplois et de services non délocalisables.

 

Mettre en œuvre concrètement la solidarité, c’est, par exemple, pour notre institution, la mise en oeuvre systématique de la clause d’insertion dans les marchés publics. Cela matérialiserait la volonté de la Région de soutenir, en Alsace, les actions permettant de remettre des personnes exclues au cœur de l’économie.

 

Excusez-moi, mais quel silence étourdissant sur le conditionnement des aides aux entreprises pour les inciter à plus de respect de l’environnement et aux bonnes pratiques sociales. Les critères de conditionnalité sont pourtant simple à mettre en place ! Je peux citer : contrats pérennes, formation des salariés, non-discrimination à l’embauche et dans l'emploi, respect de la loi sur l'intégration des personnes handicapées.

 

Quel sens de l’anticipation à rebours en matière foncière alors que l’espace est rare, que les pressions s’accentuent au point de menacer l’équilibre environnemental et social comme le relève justement le CESA dans son avis   « Alsace , territoire fragile ? ». Vous vous proposez d’« inciter les acteurs des territoires à réfléchir à l’opportunité de la mise en place, à une échelle pertinente, de stratégies foncières ou d’instruments et/ou d’établissements publics fonciers ». Autant dire qu’il ne se passera rien avant longtemps !

 

Le lien avec le Schéma régional de l'éducation et de la formation en Alsace n’est pas évident. C’est normal pour un document qui surfe sur la solidarité. Je l'ai dit maintes fois, que la formation ne doit pas avoir seulement pour objectif de s'adapter aux besoins immédiats des entreprises mais permettre à ceux qui en ont besoin de retrouver un niveau général qui leur donnera les moyens de faire face aux changements incessants du monde économique. Sinon en 2015 nous aurons autant de chômeurs que d'emplois non pourvus.

 

Pour conclure, je souligne que l’on ne pas prétendre avoir comme priorité le développement durable et inscrire dans le schéma, des équipements qui vont à l’encontre même des principes du développement durable, de la préservation de l’environnement et de nos richesses comme le GCO, le canal à grand gabarit, le développement du transport aérien … mangeurs d’énergie, gaspilleurs de terres fertiles, émetteur de nuisances.

 

Alors que nos moyens ne sont pas extensibles, le financement de toutes ces infrastructures se fera nécessairement au détriment des crédits disponibles pour la solidarité. Mais comme ce volet est quasi inexistant dans votre texte, ce n’est pas un problème pour votre majorité.

 

C’est pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, que les Verts ont le regret de voter contre ce schéma.

 

Djamilla SONZOGNI