Séance plénière du 30 juin 2006

 
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Intervention en séance d'Andrée BUCHMANN

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

C’est effectivement un vieux serpent de mer, que ce Grand Contournement Ouest, qui a alimenté et continue d’alimenter les échanges entre les écologistes et les pouvoirs publics et un certain nombre d’hommes politiques.

 

Cette autoroute n’est pas un élément isolé. Elle s’inscrit dans un schéma imaginé dans les années 60 qui correspondait à une époque de projets d’industrialisation lourde, avec des autoroutes, des usines le long du Rhin, et des centrales nucléaires en grand nombre….

 

Nous ne sommes plus à cette époque-là. Le monde a évolué, mais pas les dirigeants de ce pays. L’Equipement avait élaboré des plans, il les ressort des cartons. Et ce qui est prévu pour notre région est considérable : rocade sud, VLIO, Pénétrante Est le long du Rhin, et G.C.O.

 

On est bien dans une fuite en avant.

 

Comme les caisses de l’Etat sont vides, il est proposé de s’adresser à un concessionnaire. La partie économique du document soumis à enquête est particulièrement faible. Il est dit que le projet sera financé par le concessionnaire « néanmoins une subvention d’équilibre pourrait être nécessaire, son montant ne pourra être connu qu’au moment où des concessionnaires privés se porteront candidats dans une procédure d’appel d’offres » . De surcroît prévoir une autoroute à péage est une décision anti-sociale même si une tarification d’abonnement attractive est évoquée. La charge se cumulera pour l’usager avec l’augmentation constante du prix de l’essence que les gens à faible revenu ne pourront plus assumer. Avoir une vraie politique sociale, c’est choisir de mettre l’argent sur l’augmentation plus importante du transport public.

 

La notice financière ne comporte qu’une page. La notice socio-économique en comporte deux, et les calculs sont fondés sur un baril de pétrole à 35 dollars à échéance 2020. Surprenant, puisque le baril est déjà du double, et il ne baissera pas. Par ailleurs la rentabilité d’une autoroute est consécutive à la fréquentation. Pour que l’autoroute soit rentable, il faut qu’il y ait beaucoup de circulation donc qu’elle soit attractive. Si elle n’est pas rentable, le concessionnaire se tournera vers les collectivités pour demander une subvention d’équilibre en fonctionnement. Et on aura beau dire maintenant qu’on ne le fera pas, vous savez bien que c’est faux. On rencontrera l’habituel chantage à l’emploi.

 

Comme la sensibilité environnementale est forte et que les destructions seront considérables ( disparition de l’équivalent du ban communal de Kolbsheim, sans compter les consommations d’espace induites, pollution atmosphérique, bruit….), les pages sont nombreuses et très techniques pour expliquer que l’environnement va s’améliorer. C’est une façon habile de noyer le poisson, mais une approche très mensongère. Faire croire que l’autoroute va améliorer la qualité de l’air est anti-scientifique. Le gain de la fluidification du trafic, si elle se réalise, ce dont je doute, sera rapidement annihilée par l’augmentation du trafic. De plus la diminution de la pollution est présentée principalement comme liée à l’amélioration des carburants, je cite : « les concentrations en SO2 et en NO2 diminuent entre 2002 et 2020 avec ou sans le GCO ». Nous souffrons en Alsace d’une pollution atmosphérique de fond, constante et aux conséquences sanitaires non évaluées, que cette autoroute va encore augmenter. Nous avons un des taux de cancer les plus élevés de France. Ce n’est pas seulement lié à la cigarette et à l’alimentation, mais aussi à la pollution chronique de l’air.

 

Le bruit sera en partie réglé à Vendenheim par la mise en tranchée de l’infrastructure. C’est l’arbre qui cache la forêt, car l’autoroute traversera la Bruche sur viaduc, et les impacts sonores ne pourront être jugulés. Là, on ramène dans un espace qui pour l’heure est silencieux, une nuisance nouvelle.

 

Le Kochersberg présente l’avantage d’être un endroit où il fait bon se promener et offre un lieu de détente à proximité de la ville. Ramener pollution atmosphérique et sonore est un choix anti social.

 

Le Kochersberg, c’est aussi une des meilleures terres d’Europe et la spolier est un crime contre les générations futures.

 

Mais ce projet, qui à mon avis ne se réalisera pas, aura eu un aspect positif, Monsieur le Président.

 

Il a permis d’accélérer le rapprochement entre les écologistes et les agriculteurs, entre les habitants de la ville et ceux de la campagne.

 

C’est le début d’une nouvelle alliance qui préfigure une ère nouvelle. Nous avons su travailler ensemble dans le respect mutuel et la confiance. Cela donne une force incommensurable à la coordination.

 

Je voudrais ici saluer leur détermination et les remercier pour cet engagement très fort pour l’Alsace.

 

 

Andrée BUCHMANN