Séance plénière
15 et 16 décembre 2005

Séance budgétaire

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Intervention concernant la problématique de l'Apprentissage

Intervention de Jacques Fernique

 

Monsieur le Président, chers collègues

 

« Tous ces jeunes qui n’ont pas leur place à l’école seraient mieux au travail pour apprendre un métier » : qui n’a pas entendu cette réflexion qui se veut pleine de bon sens ? Il est indéniable cher collègue qu’une bonne partie de l’opinion publique pense que certains élèves, en rupture scolaire, sont perdus pour les études et que ce serait une absurdité que de s’obstiner à les maintenir sous perfusion scolaire.

La Région largement en charge de l’apprentissage est donc concernée au premier chef par le revirement récent de politique gouvernementale, le gouvernement sérieusement bousculée, comme nous tous, par le déferlement de violence et de rage qu’ont subi nombre de quartiers, laisse en plan le chantier du socle commun de connaissances à peine entamé pour jeter sur la place publique l’orientation à l’ordre du jour : l’apprentissage précoce !

Voilà l’évidence nouvelle : à se demander comment les grandes concertations récentes (on ne les compte plus depuis 10 ans), comment notre travail régional d’élaboration du Schéma des Formations ont pu passer à côté de cette panacée et s’obstiner à chercher à améliorer l’éducation scolaire et particulièrement le Collège pour qu’il ne soit pas une machine à reproduire les exclusions.

Non, Monsieur le Président, nous ne sommes pas simplement dans un débat d’ordre national, cette question est bien régionale. En effet, nous nous étions déjà inquiétés l’an dernier de la politique régionale certes encore limitée de promotion du pré-apprentissage et autres formules qui encouragent ceux qui entendent rétablir le palier d’orientation en fin de cinquième. Ces dispositifs hasardeux pourront peut-être conduire quelques jeunes vers l’insertion professionnelle, peut être, ils ne répondent pas en tout cas à la nécessité majeure particulière pour l’Alsace d’élever massivement ses qualifications : là est la priorité, notre schéma régional, le Projet académique ont fixé ce cap, j’ai bien peur que la politique nouvelle de l’apprentissage précoce ne soit contre-productive, d’autant que certains à Paris ont laissé entendre aux médias que la Région Alsace pourrait être précurseur en la matière.

Monsieur le Président, chers collègues, restons concentrés sur nos objectifs exigeants pour l’apprentissage et l’éducation scolaire, ne tombons pas dans la fausse évidence de l’apprentissage précoce. Déjà les dégâts provoqués par les déclarations précipitées du premier Ministre sont là : l’apprentissage que nous avons commencé à tirer vers le haut en Alsace (niveau IV, niveau III) se retrouve à nouveau rabaissé dans l’opinion au rang de filière de relégation pour jeunes adolescents en échec scolaire.

Le signal dévastateur que Monsieur De Villepin a délivré à l’institution scolaire c’est qu’elle pouvait se remettre sans vergogne dès 12-13 ans à pousser vers la porte de sortie pour leur 14 ans les enfants difficiles à gérer. Dans quelques classes « on aura enfin la paix », mais au prix d’une régression, d’un renoncement considérable. Un renoncement qui, j’en ai peur, tirera vers le bas toute l’institution scolaire et la société toute entière. En effet, ce sont toujours les « élèves difficiles » qui ont fait évoluer l’école, qui permettent de nourrir l’inventivité pédagogique qui bénéficie en définitive à tous. Oui, le Collège doit se transformer, il doit mieux prendre en compte des jeunes qui ont besoin de plus de concret, de plus d’ouverture au professionnel, il ne doit pas s’en débarrasser. Ce serait renoncer à l’ambition, il est bon de le rappeler, du Général de Gaulle et de son grand ministre Berthoin qui surent imposer contre les conservatismes la scolarité obligatoire à 16 ans.

Chers collègues, bien sûr le budget qui nous est proposé n’est pas une mise en musique instantanée de la nouvelle orientation gouvernementale, nous tenons pourtant dans ce débat budgétaire à prendre les devants, certains signes avant-coureurs nous inquiètent. Ne détricotons pas un schéma régional qui ambitionne d’élever le niveau de compétences de l’ensemble de la population.