|
Intervention concernant la problématique de
l'Apprentissage
Intervention de Jacques Fernique
Monsieur le Président, chers collègues
« Tous ces jeunes qui n’ont pas leur place à l’école seraient mieux au
travail pour apprendre un métier » : qui n’a pas entendu cette réflexion
qui se veut pleine de bon sens ? Il est indéniable cher collègue qu’une
bonne partie de l’opinion publique pense que certains élèves, en rupture
scolaire, sont perdus pour les études et que ce serait une absurdité que
de s’obstiner à les maintenir sous perfusion scolaire.
La Région largement en charge de l’apprentissage est donc concernée au
premier chef par le revirement récent de politique gouvernementale, le
gouvernement sérieusement bousculée, comme nous tous, par le déferlement
de violence et de rage qu’ont subi nombre de quartiers, laisse en plan
le chantier du socle commun de connaissances à peine entamé pour jeter
sur la place publique l’orientation à l’ordre du jour : l’apprentissage
précoce !
Voilà l’évidence nouvelle : à se demander comment les grandes
concertations récentes (on ne les compte plus depuis 10 ans), comment
notre travail régional d’élaboration du Schéma des Formations ont pu
passer à côté de cette panacée et s’obstiner à chercher à améliorer
l’éducation scolaire et particulièrement le Collège pour qu’il ne soit
pas une machine à reproduire les exclusions.
Non, Monsieur le Président, nous ne sommes pas simplement dans un débat
d’ordre national, cette question est bien régionale. En effet, nous nous
étions déjà inquiétés l’an dernier de la politique régionale certes
encore limitée de promotion du pré-apprentissage et autres formules qui
encouragent ceux qui entendent rétablir le palier d’orientation en fin
de cinquième. Ces dispositifs hasardeux pourront peut-être conduire
quelques jeunes vers l’insertion professionnelle, peut être, ils ne
répondent pas en tout cas à la nécessité majeure particulière pour
l’Alsace d’élever massivement ses qualifications : là est la priorité,
notre schéma régional, le Projet académique ont fixé ce cap, j’ai bien
peur que la politique nouvelle de l’apprentissage précoce ne soit
contre-productive, d’autant que certains à Paris ont laissé entendre aux
médias que la Région Alsace pourrait être précurseur en la matière.
Monsieur le Président, chers collègues, restons concentrés sur nos
objectifs exigeants pour l’apprentissage et l’éducation scolaire, ne
tombons pas dans la fausse évidence de l’apprentissage précoce. Déjà les
dégâts provoqués par les déclarations précipitées du premier Ministre
sont là : l’apprentissage que nous avons commencé à tirer vers le haut
en Alsace (niveau IV, niveau III) se retrouve à nouveau rabaissé dans
l’opinion au rang de filière de relégation pour jeunes adolescents en
échec scolaire.
Le signal dévastateur que Monsieur De Villepin a délivré à l’institution
scolaire c’est qu’elle pouvait se remettre sans vergogne dès 12-13 ans à
pousser vers la porte de sortie pour leur 14 ans les enfants difficiles
à gérer. Dans quelques classes « on aura enfin la paix », mais au prix
d’une régression, d’un renoncement considérable. Un renoncement qui,
j’en ai peur, tirera vers le bas toute l’institution scolaire et la
société toute entière. En effet, ce sont toujours les « élèves
difficiles » qui ont fait évoluer l’école, qui permettent de nourrir
l’inventivité pédagogique qui bénéficie en définitive à tous. Oui, le
Collège doit se transformer, il doit mieux prendre en compte des jeunes
qui ont besoin de plus de concret, de plus d’ouverture au professionnel,
il ne doit pas s’en débarrasser. Ce serait renoncer à l’ambition, il est
bon de le rappeler, du Général de Gaulle et de son grand ministre
Berthoin qui surent imposer contre les conservatismes la scolarité
obligatoire à 16 ans.
Chers collègues, bien sûr le budget qui nous est proposé n’est pas une
mise en musique instantanée de la nouvelle orientation gouvernementale,
nous tenons pourtant dans ce débat budgétaire à prendre les devants,
certains signes avant-coureurs nous inquiètent. Ne détricotons pas un
schéma régional qui ambitionne d’élever le niveau de compétences de
l’ensemble de la population.
|