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Intervention concernant le budget général
Intervention de Philippe Carbiener au nom du groupe des élus Verts
Tout ce à quoi nous avons cru collectivement, s’effondre. L’idée de
progrès disparaît de l’écran de notre vision collective, avec la
certitude pour la majorité de nos contemporains qu’aujourd’hui est moins
heureux qu’hier et la conviction que demain sera pis encore.
Notre
fonctionnement fait triompher un pays tel que la Chine avec des salaires
vingt fois plus bas que les nôtres, une absence totale de réglementation
du travail et de l’environnement, modèle que l’on nous donne
implicitement alors qu’il est inatteignable dans nos sociétés puisqu’il
nécessite de surcroît une dictature d’airain.
Ce contexte de dépravation de l’idéologie dominante menace les
bases mêmes de notre société avec le développement de différentes formes
de nihilisme qui apparaissent comme la seule réponse possible au peuple
alors qu’aucun projet réformiste ne paraît plus crédible et que nos
élites, employées à gérer une fuite en avant, n’ont d’ailleurs plus
aucune prétention à ce sujet.
Pourtant nous sommes une majorité à être imprégnée d’une autre culture
et à être unie par l’amour de notre Région. Comment servir cette
dernière au mieux ?
L’examen du budget primitif est l’occasion d’un débat sur cette question
fondamentale.
Nous nous situons dans un contexte institutionnel défavorable avec une
faible compensation des compétences transmises par l’Etat, le
désengagement de l’Etat dans de nombreux domaines, notamment
associatifs, des évolutions de la fiscalité qui baissent nos marges de
manœuvre, des engagements aux coûts élevés.
Formellement, nous regrettons de ne pas avoir été en mesure de comparer
ce budget avec ceux des années précédentes. Il eut fallu pour ce faire,
nous proposer ce budget 2006 également sous l’ancienne forme M14 ou
l’inverse.
Nous devons aussi relever une politique d’investissement menée au jugé,
doublant de 2001 à 2004 pour baisser de 30 % en 2005 et réaugmenter de
60 % en 2006 ainsi qu’une dette à l’évolution tout aussi erratique.
Comment nous expliquez-vous ces phénomènes ? A défaut d’explications
probantes ces mouvements de yoyo signent une absence d’anticipation
gestionnaire et un semblant de carence politique en matière de vision à
long terme. On retrouve ici inscrit dans cette ligne budgétaire, le
travers politique de votre exécutif qui privilégie les mesures décidées
en réaction face aux événements que subit l’Alsace, et qui en faisant se
succéder une série de coups politiques, parfois judicieux, flattent
certes les objectifs de communication mais ne sert pas explicitement
l’action Régionale qui exige un dessein politique s’inscrivant dans la
durée.
Nous estimons être trop peu associés à l’élaboration de ce document
politique qu’est le budget. Néanmoins, nous constatons avec
satisfaction, et nous vous en félicitons, que vous avez tenu compte de
nos critiques et remarques constructives de l’an passé, les PV des
débats autour des documents budgétaires depuis 2004 en témoignent,
puisque nous notons les concernant:
- la
réapparition timide mais le symbole a son importance, d’une ligne LIFE
avec 100 000 € et d’une ligne consacrée à la maîtrise de l’énergie.
- l’effort quant à la recherche de financements européens avec une
multiplication par 12 de la ligne Interreg consacrée à l’agriculture et
la forêt
- le renforcement du soutien en faveur des emplois associatifs que vous
récusiez hier, avec un engagement en hausse de 69 %
- la multiplication par 3 du budget consacré aux infrastructures de
réseaux ferroviaires avec 18, 3 Millions d’euros contre 5,8 l’an passé
- la multiplication par 2, après une hausse de 50 % en 2005, des fonds
alloués à la réhabilitation des friches industrielles avec une hausse de
100 % des crédits d’AP et de 88 % de ceux de l’année 2005
- l’instigation transversale d’un volet développement durable dans la
politique des lycées avec une ligne « plan déchet » en attendant celle,
annoncée, concernant l’énergie
Hélas, il nous faut aussi relever des critiques majeures au fil de ce
budget.
Ainsi en matière :
- d’environnement avec une maîtrise de l’énergie qui ne représente
qu’1,8% du budget alloué aux Energies Renouvelables. Celles-ci se voient
de plus allouer des Autorisations de Programme stagnantes, ce qui
n’indique pas un projet de politique suivie en cette matière qui
l’exige pourtant.
- l’aménagement du territoire avec une baisse de 31 % de la
participation à la politique de la ville, en total anachronisme avec les
événements de cet automne
- de
recherche, où nous déplorons un soutien presque exclusif aux travaux à
finalités mercantiles. Nous pensons en particulier qu’engager l’Alsace
dans une économie de la maladie est de triste augure et comporte le
risque de se heurter à des problèmes de solvabilité. Cette année encore,
nous notons significativement l’absence totale de crédit pour la
recherche en environnement peut-être parce que les services rendus par
ce dernier sont gratuits, alors qu’ils sont néanmoins d’une valeur
inestimable.
- d’économie. Un soutien doublé à la création d’entreprise mais sans
orientation, permettant de distinguer les entreprises unipersonnelles
qui sous une dénomination pompeuse relèvent du simple traitement
administratif du chômage. Une véritable valorisation de l’esprit
d’entreprise, que nous jugeons nécessaire, et qui a longtemps
relativement fait défaut en Alsace, mériterait davantage de
considération avec une clarification sémantique.
De plus, pour ces deux structures, nous déplorons ¼ d’AP non réalisées à
la date prévue.
- en matière d’infrastructure de transport, un accent insuffisant donné
au ferroviaire. Dans le domaine qui seul autorise des comparaisons,
celui des infrastructures, les crédits affectés à la route représentent
encore 63% de ceux alloués au rail (11,62/18.3 = 8 « nouvelles » + 3 ,6
routes existantes).
Comme les années précédentes, votre budget a trop l’allure d’un
catalogue exhaustif, accompagnant le monde tel qu’il va. L’indécision
politique y point au terme d’un inventaire qui ne permet pas de
distinguer les choix clairement prospectifs qui devraient l’irriguer de
manière transversale.
Nous pensons par exemple que le développement durable doit conduire à la
définition de critères d’éco-conditionnalité s’appliquant à tous les
secteurs d’intervention régionale. Or nous ne distinguons toujours aucun
de ces critères en matière de politique de la recherche, de logement, de
construction de lycée, de contrats de pays et surtout de développement
économique.
En 5 ans
les dépenses de fonctionnement ont été multipliées par 5 et les
transferts de compétence n’expliquent pas tout, même si les recettes
suivent avec une évolution corrélée.
Nous les
Verts ne pouvons accepter d’emblée ces dérives qui vous conduisent à
vouloir faire toujours plus alors qu’il s’agit à nos yeux avant tout de
faire bien mieux.
L’Alsace
doit se donner les moyens d’agir avec un niveau de ressource suffisant
mais elle doit aussi mener des politiques de qualité, efficaces et
innovantes. Notre Région n’a pas et n’aura jamais les moyens de pallier
complètement aux défaillances de l’Etat, ni de répondre à tous les
enjeux auxquels la société est confrontée.
Elle
doit en revanche se montrer volontariste face au contexte actuel, et se
positionner telle une source d’innovation, comme un laboratoire d’idées
qui mène une politique exemplaire.
Nous regrettons à cet égard qu’il n’y ait pas de véritable réflexion
écologique pour structurer les politiques régionales. Or, l’écologie
serait précisément apte à fonder les audaces conceptuelles qui seules
peuvent inspirer un projet prospectif capable de faire baisser le
chômage et d’assurer l’avenir, en particulier économique, sur des bases
solides.
Une vision écologique permettrait à l’Alsace, nous en sommes convaincus,
de s’échapper du peloton de la concurrence inter-territoriale en se
distinguant favorablement, avec à terme un impact puissant sur l’emploi.
Dans le contexte actuel, faire comme les autres nous prive précisément
de niches prometteuses et n’est pas de bon présage. Même si nous
félicitons Monsieur Justin VOGEL de reprendre ce matin, littéralement
notre formule « faire de l’environnement un atout pour l’économie »,
nous déplorons qu’elle soit insuffisamment transcrite au niveau concret.
Nos
concitoyens sont désespérés. Il leur eut fallu un projet territorial
moins désenchanté, affirmant un vrai programme d’éco-développement apte
à fédérer leur bonne volonté. Celle-ci est trop largement laissée en
friche et c’est pourquoi le groupe des élus Verts juge ce budget
invertébré faute d’une telle vision écologique.
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