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Intervention concernant le budget de la
commission Agriculture, Forêt, Environnement
Intervention de Philippe Carbiener
En matière d’Agriculture et de Forêts, les budgets se suivent et se
ressemblent.
Ainsi, nous continuons à penser que les efforts en matière agricole ne
doivent pas comme vous l’indiquez « accompagner la nouvelle politique
agricole commune » mais anticiper la prochaine. Celle- ci sera
immanquablement moins productiviste, nécessité fait loi. Nous ne pensons
pas à cet égard que les Contrats d’Agriculture Durable (CAD) et le
Programme de Maîtrise des Pollutions Liées aux Effluents d’Elevage (PMPLEE),
la lutte intégrée, la gestion raisonnée respectent l’environnement à la
hauteur des enjeux actuels.
En revanche, l’agriculture biologique y répond pleinement et elle mérite
un véritable plan de développement, capable d’inciter à la reconversion
des exploitants n’y songeant pas aujourd’hui. Ce plan nécessiterait
d’aller bien au-delà des soutiens timidement inscrits dans ce budget
avec des crédits de paiement (CP) stagnants et des autorisation de
programme (AP) anémiques.
Concernant le volet Forêts, nous pensons que le développement, que nous
soutenons, du recours à l’énergie bois présente le risque d’écueils
environnementaux avec un inéluctable accroissement de la pression
d’exploitation au détriment de la naturalité. Les producteurs ont
eux-mêmes reconnu ce fait, et ont tenu à nous en avertir dans cette
enceinte, lors de la récente matinée sur l’énergie. Il est possible de
résoudre ce dilemme en veillant parallèlement à constituer un réseau de
parcelles forestières, d’échelle adéquate, en réserve intégrale.
Les scientifiques spécialistes jugent cet enjeu majeur pour la nature
mais aussi pour la durabilité. Une part des 1,8 M€ attribué au budget
forêt devrait à l’avenir poursuivre aussi cette fin qu’autorise le futur
statut de réserve naturelle régionale.
Venons-en au budget Environnement proprement dit. Avec une hausse de 55%
consacrée aux énergies renouvelables (ENR), nous tenons à saluer ici,
une fois n’est pas coutume, l’expression d’un choix régional affirmé,
qui plus est au service d’un objectif à portée stratégique.
Cependant, nous craignons que cet affichage en CP ne soit un faux
semblant qui fasse long feu puisque les AP et les autorisations
d’engagement (AE) y correspondant, stagnent. Cette distorsion risque,
faute d’inflexion prochaine, de conférer un caractère de feu de paille à
ce renforcement budgétaire prévu au titre de la seule année 2006. Or,
s’il est un domaine stratégique dont le soutien s’inscrit dans la durée,
et dans les programmes, c’est bien celui du développement des ENR.
Une telle programmation devrait d’ailleurs servir des
projets élargis au-delà du bois et du solaire thermique. Le
gouvernement, qui a pris soudain conscience du stupéfiant retard
français, a tout récemment décidé de soutenir un développement marqué du
photovoltaïque et de l’éolien. Des initiatives régionales
opérationnelles et volontaristes s’imposeraient dans ce secteur ainsi
que pour celui de la géothermie et du biogaz. Concernant par exemple l’Eolien,
il est encore possible de prendre en marche le train gouvernemental qui
démarre enfin. L’Atlas éolien que vous avez réalisé, expose le potentiel
de l’Alsace Bossue et surtout de la crête vosgienne. Voir fleurir des
éoliennes sur ces derniers secteurs, lorsqu’ils sont dénués de
classement, constituerait un beau symbole d’espoir en un avenir
sécurisant, sur des sites qui ont vu tant de luttes sanglantes. Une
série de fermes éoliennes y symboliserait l’entrée en une région où
s’épanouit une nouvelle économie basée sur l’éco-développement. Nous
proposons que pour impulser ce projet, la Région Alsace investisse
directement dans des exploitations éoliennes. Une telle affectation,
d’un bon rendement financier, lui permettrait aussi de se garantir
sagement quelques recettes assurées en perspective des temps budgétaires
plus difficiles qui s’annoncent.
Par ailleurs, nous considérons, comme le CESA, que « la maîtrise des
consommations est un levier essentiel de la préservation des
ressources ». Or, seul 1, 8% (oui, moins de 2%) du budget énergie est
dévolu à cette maîtrise (avec de surcroît seulement 30% de réalisations
à la date prévue des AP) au risque de ruiner votre politique de soutien
forte aux ENR, faute de l’inscrire dans un dispositif cohérent. Pour ce
faire, une agence régionale de l’énergie serait l’outil adéquat qu’il
importe de créer à cette fin. Celle-ci, en rassemblant, ne devra pas
seulement inciter et subventionner comme la Région le fait méritoirement
jusqu’à présent, mais également assister, dans l’élaboration des
initiatives, et animer tous les acteurs de la problématique de
l’énergie.
Même si
nous saluons, avec la chaleur qui sied, l’apparition de critères de
conditionnalité énergétique aux subventions régionales, nous n’y voyons
qu’un premier linéament d’un programme complet de maîtrise de l’énergie
qui reste lui à établir.
A ce
propos, concernant la maîtrise de l’énergie, vous annoncez avoir signé
une convention portant sur l’efficacité énergétique avec le Premier
Ministre à l’occasion de l’inauguration de ce siège. Si nous en
connaissons l’intitulé et les montants, l’on parle de 24 M€, nous n’en
savons pas d’avantage. Il s’agit d’une véritable convention fantôme
évoquée dans la presse et que l’on aurait aperçue au CANADA mais dont
nous n’avons nous, conseillers régionaux, eut nulle trace. Nous sommes à
des heures ouvrables, pourriez-vous nous la faire demander auprès des
services et nous la communiquer enfin ?
Mais
c’est là un caprice de notre part puisqu’un tel document ne peut avoir
quelconque intérêt concret puisque cette convention n’a été discutée et
approuvée ni en séance plénière, ni même en commission permanente ce qui
la prive de toute validité. En toute concordance les 9M€ que devrait y
consacrer la Région, sur quelle durée, nul ne le sait, sont invisibles
sur les documents du budget primitif 2006 . Sur cet axe d’effort majeur
et impératif, nous sommes , semble-t-il, face à du vent, un grand vent
de communication, inapte à donner du sens à la moindre éolienne. Mais
nous espérons très sincèrement être contredit.
Si nous tenons à relever votre volontariste, il nous faut néanmoins
déplorer qu’il ne s’inscrit, d’une part, pas explicitement dans une
optique pluriannuelle et d’autre part, à titre principal, la cohérence
encore insuffisante de votre politique de l’énergie, point clé du budget
présenté aujourd’hui, de telle manière que notre intergroupe est conduit
à s’abstenir. Une abstention d’encouragement.
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