|
Intervention d’Andrée Buchmann
Intervention au nom du Groupe Vert
Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, chers
Collègues,
Permettez-moi tout d’abord de saluer le travail accompli :
réfléchir à une stratégie régionale avec une gestion globale, prévoyant un
suivi et des évaluations intermédiaires, est une démarche positive.
Parmi les orientations proposées, nous partageons
1.- l’idée d’accorder une place plus importante au tourisme
de nature et aux transports publics, notamment pour la desserte du Piémont
des Vosges. Reste à accentuer encore l’approche « Route des Crètes ».
Véritable autoroute de montagne dès son ouverture, abcès de bruit et de
désagrément, elle mériterait de voir aboutir le débat en cours en faveur de
sa fermeture définitive et de la mise en œuvre de déplacements alternatifs
pour desservir le site. Voilà un beau projet touristique de loisir actif.
Pour accéder à l’Eco-Musée, pour l’instant, il faut prendre
sa voiture. La stratégie prévoie un desserte en car. C’est faible. Le site
peut techniquement être desservi par une voie ferrée dont l’Eco-musée est
déjà propriétaire. Peu de travaux restent à réaliser. Pourquoi ne pas penser
l’Eco-musée dans une acception patrimoniale rurale, mais aussi industrielle.
Il y a déjà la mine. Ce n’est pas assez connu. L’Eco-musée pourrait devenir
le cœur d’une étoile ferroviaire allant jusque vers Zürich, Lyon, Nancy,
Paris en passant par des hauts lieux de la culture du chemin de fer : le
Musée de Mulhouse, Altsthom à Belfort, Lohr à Duppigheim… etc… Ne
pourrions-nous plutôt célébrer la fierté des ouvriers de notre région – si,
il y en a encore, bien qu’ils soient beaucoup négligés, de nous inscrire
dans le passé et le présent industriel de notre Région plutôt que de créer
de toute pièce un parc de loisirs plaqué comme l’est le Bioscope. Sans
compter que ce site n’est desservi que par des routes, qu’il est tout en
béton et qu’il sera chauffé à l’électricité. Quelle cohérence avec notre
politique de développement durable et de promotion des énergies
renouvelables ?
Attention aux disneylands touristiques comme Noël à
Strasbourg, qui est contre-productif à moyen terme car complètement
artificiel.
En revanche conjuguons tourisme et développement local, comme
de promouvoir plus particulièrement les territoires peu connus, moins courus
et plus sereins.
Nous avons également des doutes dans la mise en avant des
vols low-cost. La fin du pétrole bon marché affecte directement le coût du
transport aérien en général. Les tours opérators connaissent des baisses
jusque vers 50%.. Le pétrole ne va plus baisser et l’on ne fait pas voler
les avions avec des bio-carburants.
2.- Nous approuvons le LEI ( Lieu d ’Echange de
l’Information) qui, je cite p. 22, « fonctionne et l’Alsace est, dans
ce domaine, en avance sur la plupart des autres régions françaises ».
Information/réservation sont effectivement des enjeux de premier plan. Il
s’agit de pouvoir disposer des centres traditionnels pour connaître les
potentialités et les disponibilités en hébergement, mais également d’avoir
un dispositif le plus en réseaux, le plus souple et le plus réactif
possible. Il s’agit d’étendre le LEI aux sites professionnels existants,
mais également de mettre en place une stratégie d’hébergements « verts » et
associatifs qui rentrent dans cette logique.
L’hôtellerie touristique alsacienne est importante et de
bonne qualité mais chère ( un tiers des lits classés en 3 et 4 étoiles). Il
est possible d’accroître l’offre de lits en gîte rural, etc… et de l’
intégrer dans le LEI en contribuant à l’équipement informatique, la
formation et la création de sites Internet des prestataires individuels qui
sont pour l’instant écartés .
Le LEI peut et doit être un véritable outil post-moderne à
destination de tous les offreurs de prestation.
Il ne doit pas être un joujou. Il ne me paraît pas judicieux
par exemple, de placer des bornes wifi sur les sites touristiques.
Equipements onéreux et inadaptés. On a besoin de l’informatique en amont
des déplacements, mais on n’a pas envie de se promener avec son ordinateur.
3.- Une notion est totalement absente de ces documents, et
cela a aussi été souligné par le CESA : les capacités linguistiques.
Le rapport note que la clientèle allemande baisse. N’est-ce
pas en partie lié au fait que l’accueil est de moins en moins bilingue ; les
plaquettes quant à elles sont souvent bilingues français-anglais. Il serait
utile de rajouter aussi l’allemand. Vous le savez bien, M. le Président,
vous qui parlez couramment l’allemand, que quelqu’un qui est monolingue
n’est pas ouvert non plus sur d’autres langues car il n’a pas acquis les
mécanismes et l’oreille. Le bilinguisme développe les capacités d’adaptation
et favorise l’ouverture.
Pour l’Alsace, le bilinguisme français-ditsch est un atout
fantastique que nous avons négligé. Point de départ vers le multilinguisme.
D’autant qu’un des développements à soutenir est de faire
découvrir la région aux habitants du Rhin supérieur par un tourisme de
proximité favorisant les échanges transfrontaliers entre les habitants.
4.- Enfin j’aimerais rendre attentif à une menace : la
transformation de l’Alsace en show room.
Mises en valeur des places, de maisons, éclairage, … certains
bâtiments sont souvent plus ripolinés que restaurés. Les lieux sont mis en
scène. On affiche une image rêvée. N’est-ce pas dangereux ? Ne sommes-nous
pas dans une démarche de fossilisation ?
Je ne suis pas opposée à l’Alsace des colombages et des
bredele. Mais je ne peux me satisfaire que ce soit la seule qui est projetée
à l’extérieur. Je souhaiterais que l’on développe aussi le tourisme autour
de l’offre culturelle et intellectuelle. Nous avons des festivals de haut
niveau, des salons du livre. Des écrivains, des peintres, des comédiens, des
musiciens, des créateurs, des intellectuels, vivent ici. Or, nous ne
participons pas au dialogue intellectuel du monde. Les livres présentés au
Salon du Livre de Paris ne dépassent pas les biographies, l’architecture
traditionnelle ou les recettes de cuisine, … Bien sûr qu’il est intéressant
d’envisager un produit autour de la Bibliothèque Humaniste, mais comment
susciter et accompagner les débats contemporains ? On ne va pas à Berlin
uniquement pur visiter la Ville et manger du currywurst, mais aussi parce
qu’il y a une vie culturelle intense. On peut dire la même chose de
Barcelone et de la Catalogne.
Et c’est bien de vie qu’il doit s’agir. Pas seulement de
bâtiments et de paysages.
Andrée Buchmann
|