Séance plénière du 21 novembre 2005

 
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Intervention d’Andrée Buchmann

 

 

 

Intervention au nom du Groupe Vert

Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, chers Collègues,

 

 

Permettez-moi tout d’abord de saluer le travail accompli : réfléchir à une stratégie régionale avec une gestion globale, prévoyant un suivi et des évaluations intermédiaires, est une démarche positive.

 

Parmi les orientations proposées, nous  partageons

 

1.- l’idée d’accorder une place plus importante au tourisme de nature et aux transports publics, notamment pour la desserte du Piémont des Vosges. Reste à accentuer encore l’approche « Route des Crètes ».  Véritable autoroute de montagne dès son ouverture, abcès de bruit et de désagrément, elle mériterait de voir aboutir le débat en cours en faveur de sa fermeture définitive et de la mise en œuvre de déplacements alternatifs pour desservir le site. Voilà un beau projet touristique de loisir actif.

 

Pour accéder à l’Eco-Musée, pour l’instant, il faut prendre sa voiture. La stratégie prévoie un desserte en car. C’est faible. Le site peut techniquement être desservi par une voie ferrée dont l’Eco-musée est déjà propriétaire. Peu de travaux restent à réaliser. Pourquoi ne pas penser l’Eco-musée dans une acception patrimoniale rurale, mais aussi industrielle. Il y a déjà la mine. Ce n’est pas assez connu. L’Eco-musée pourrait devenir le cœur d’une étoile ferroviaire allant jusque vers Zürich, Lyon, Nancy, Paris en passant par des hauts lieux de la culture du chemin de fer : le Musée de Mulhouse, Altsthom à Belfort, Lohr à Duppigheim… etc… Ne pourrions-nous plutôt célébrer  la fierté des ouvriers de notre région – si, il y en a encore, bien qu’ils soient beaucoup négligés, de nous inscrire dans  le passé et le présent industriel de notre Région plutôt que de créer de toute pièce un parc de loisirs plaqué comme l’est le Bioscope. Sans compter que ce site n’est desservi que par des routes, qu’il est tout en béton et qu’il sera chauffé à l’électricité. Quelle cohérence avec notre politique de développement durable et de promotion des énergies renouvelables ?

 

Attention aux disneylands touristiques comme Noël à Strasbourg, qui est contre-productif à moyen terme car complètement artificiel.

 

En revanche conjuguons tourisme et développement local, comme de promouvoir plus particulièrement les territoires peu connus, moins courus et plus sereins.

 

Nous avons également des doutes dans la mise en avant des vols low-cost. La fin du pétrole bon marché affecte directement le coût du transport aérien en général. Les tours opérators connaissent des  baisses jusque vers 50%..  Le pétrole ne va plus baisser et l’on ne fait pas voler les avions avec des bio-carburants.

 

2.- Nous approuvons le LEI ( Lieu d ’Echange de l’Information) qui,  je cite p. 22,  «  fonctionne et l’Alsace est, dans ce domaine, en avance sur la plupart des autres régions françaises ». Information/réservation sont effectivement des enjeux de premier plan.  Il s’agit de pouvoir disposer des centres traditionnels pour connaître les potentialités et les disponibilités en hébergement, mais également d’avoir un dispositif le plus en réseaux, le plus souple et le plus réactif possible. Il s’agit d’étendre le LEI aux sites professionnels existants, mais également de mettre en place une stratégie d’hébergements « verts » et associatifs  qui rentrent dans cette logique.

 

L’hôtellerie touristique alsacienne est importante et de bonne qualité mais chère ( un tiers des lits classés en 3 et 4 étoiles). Il est possible d’accroître l’offre de lits en gîte rural, etc… et de l’ intégrer dans le LEI en contribuant à l’équipement informatique, la formation et la création de sites Internet des prestataires individuels qui sont pour l’instant écartés .

 

Le LEI peut et doit être un véritable outil post-moderne à destination de tous les offreurs de prestation.

 

Il ne doit pas être un joujou. Il ne me paraît pas judicieux par exemple, de placer des bornes wifi sur les sites touristiques. Equipements  onéreux et inadaptés. On a besoin de l’informatique en amont des déplacements, mais on n’a pas envie de se promener  avec son ordinateur.

 

3.- Une notion est totalement absente de ces documents, et cela a aussi été souligné par le CESA : les capacités linguistiques.

Le rapport note que la clientèle allemande baisse. N’est-ce pas en partie lié au fait que l’accueil est de moins en moins bilingue ; les plaquettes quant à elles sont souvent bilingues français-anglais. Il serait utile de rajouter aussi l’allemand. Vous le savez bien, M. le Président, vous qui parlez couramment l’allemand,  que quelqu’un qui est monolingue n’est pas ouvert non plus sur d’autres langues car il n’a pas acquis les mécanismes et l’oreille. Le bilinguisme développe les capacités d’adaptation et favorise l’ouverture.

Pour l’Alsace, le bilinguisme français-ditsch est un atout fantastique que nous avons négligé. Point de départ vers le multilinguisme.

 

D’autant qu’un des développements à soutenir est de faire découvrir la région aux habitants du Rhin supérieur par un tourisme de proximité favorisant les échanges transfrontaliers entre les habitants.

 

4.- Enfin j’aimerais rendre attentif à une menace : la transformation de l’Alsace en show room.

Mises en valeur des places, de maisons, éclairage, … certains bâtiments  sont souvent plus ripolinés que restaurés. Les lieux sont mis en scène. On affiche une image rêvée. N’est-ce pas dangereux ? Ne sommes-nous pas dans une démarche de fossilisation ?

Je ne suis pas opposée à l’Alsace des colombages et des bredele. Mais je ne peux me satisfaire que ce soit la seule qui est projetée à l’extérieur. Je souhaiterais que l’on développe aussi le tourisme autour de l’offre culturelle et intellectuelle. Nous avons des festivals de haut niveau, des salons du livre. Des écrivains, des peintres, des comédiens, des musiciens, des créateurs, des intellectuels, vivent ici. Or, nous ne participons pas au dialogue intellectuel du monde. Les livres présentés au Salon du Livre de Paris ne dépassent pas les biographies, l’architecture traditionnelle ou les recettes de cuisine, … Bien sûr qu’il est intéressant d’envisager un produit autour de la Bibliothèque Humaniste, mais comment susciter et accompagner les débats contemporains ? On ne va pas à Berlin uniquement pur visiter la Ville et manger du currywurst, mais aussi parce qu’il y a une vie culturelle intense. On peut dire la même chose de Barcelone et de la Catalogne.

 

Et c’est bien de vie qu’il doit s’agir. Pas seulement de bâtiments et de paysages.

 

Andrée Buchmann