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Intervention de Jacques Fernique
Monsieur
le Président, autant vous le dire sans ambages : pour la
formation initiale, pour nos lycéens, vos orientations
budgétaires pour 2006 et au-delà les perspectives
à moyen terme que vous tracez, m’ont laissé
perplexe. Nulle part en effet je n’ai trouvé dans votre
rapport mention, rappel, affirmation explicite ou même simple
allusion à ce qui est pourtant l’objectif
stratégique qui devrait être notre boussole :
« élever le niveau de formation des
jeunes ». Certes, la Région clame avec raison cet
objectif majeur à grand renfort de schéma
régional, certes le Rectorat en fait autant dans son Projet
Académique ; il est étrange qu’on n’en
trouve plus trace quand il s’agit de mettre les moyens en face
des objectifs dans notre machinerie budgétaire.
Je vous assure, j’ai cherché attentivement : vos
orientations budgétaires telles qu’elles sont formulées pour les capacités
d’accueil des lycées semblent se borner à s’adapter à la démographie des
classes d’âges, pas à une modification profonde et massive des parcours
scolaires vers le haut. « Renforcer l’accès aux niveaux IV et supérieurs »
ne peut être simplement l’affaire de la marche naturelle des choses. Si l’on
veut vraiment bien plus de lycéens en études plus longues, bien plus
d’élèves en baccalauréat professionnel, bien plus de bacs technologiques et
généraux, bien plus de passage au niveau III, alors il faudra bien augmenter
notablement pour nos lycées les surfaces pédagogiques, développer les
structures et les équipements. La Région et le Rectorat ont beau exhorter à
l’élévation du niveau de qualification, ça ne produira que quelques
variations par dixième de points dans les statistiques si ni les moyens
humains (pour l’Etat), ni les moyens matériels (pour la Région) ne se
développent au rythme nécessaire. Aujourd’hui, et on l’a encore vu à cette
rentrée scolaire, poursuivre en seconde générale c’est le plus souvent se
retrouver dans des classes surchargées où ce sont les plus fragiles qui
trinquent et échoueront ; aujourd’hui encore 1500 jeunes Alsaciens selon le
Recteur ne trouvent pas normalement d’affectation après la troisième ;
aujourd’hui, près d’un jeune Alsacien sur 4 sort de l’école sans diplôme (le
Haut-Rhin souffre particulièrement de ce fléau et la jeunesse des banlieues
urbaines encore plus ; aujourd’hui encore, beaucoup trop de jeunes se
retrouvent placés bon gré mal gré dans des spécialités de BEP ou de CAP
qu’ils n’ont absolument pas choisies (ce qui est une façon terriblement
cynique de leur faire comprendre le peu de valeur que l’on attribue à la
formation professionnelle initiale) ; aujourd’hui tout le monde sait que
trouver un travail dans le secteur tertiaire sans baccalauréat c’est mission
quasi impossible et pourtant dans notre région c’est justement en tertiaire
qu’il est le plus difficile pour un titulaire du BEP de trouver la place en
Bac pro qui lui permettra de se qualifier au mieux.
Le nombre de jeunes qui n’ont pas pu à cette rentrée
poursuivre vers le haut leur formation comme ils l’auraient voulu et comme
ils auraient dû pouvoir le faire est très préoccupant : l’Etat en est bien
sûr le premier responsable, mais la Région peut aussi agir. L’offre en
places est insuffisante, particulièrement sur Strasbourg et Mulhouse. Ainsi,
il manque manifestement un lycée professionnel, notamment tertiaire à
Strasbourg, ce n’est pas sans la Région qu’il se fera !
Je ne néglige pas le réel effort que déploie la
Région pour l’apprentissage, le bilan annuel de réalisation en cours des
actions du Schéma Régional montre que c’est surtout dans ce secteur que la
Région met en œuvre concrètement les efforts d’élévation des
qualifications : là on parle clairement de développement quantitatif, comme
pour la formation continue d’ailleurs. Très bien ! Mais la formation
initiale en lycée, l’alternance sous statut scolaire (de fait largement
ouvertes à tous les publics), méritent également une telle résolution.
Le retard structurel et la force de l’inertie
restent lourds dans le système de formation en Alsace : il a besoin d’être
secoué, il a besoin d’être entraîné vers des objectifs forts, sans cesse
rappelés et garantis par des moyens. Personne ne voudrait que ce soit la
seule variation des prix du fioul qui détermine notre effort supplémentaire
pour les lycées. Nos objectifs affichés exigent davantage. Assurer et
maintenir un cadre de formation performant c’est bien, et c’est ce que fera
votre budget, mais élargir le cadre, permettre une forte progression de
l’offre de formation vers des qualifications meilleures, c’est aussi
nécessaire et vos orientations budgétaires n’en prennent pas assez
résolument le chemin.
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