Séance plénière du 21 octobre 2005

 
   Les conseillers régionaux
 Accueil

 Interventions publiques
 Agenda
 Dossiers
 Intergroupe PS-Verts
 Liens
 Contacts
 Le Blog
 Rechercher sur le site
         
     

Intervention de Jacques Fernique

Monsieur le Président, autant vous le dire sans ambages : pour la formation initiale, pour nos lycéens, vos orientations budgétaires pour 2006 et au-delà les perspectives à moyen terme que vous tracez, m’ont laissé perplexe. Nulle part en effet je n’ai trouvé dans votre rapport mention, rappel, affirmation explicite ou même simple allusion à ce qui est pourtant l’objectif stratégique qui devrait être notre boussole  : « élever le niveau de formation des jeunes ». Certes, la Région clame avec raison cet objectif majeur à grand renfort de schéma régional, certes le Rectorat en fait autant dans son Projet Académique ; il est étrange qu’on n’en trouve plus trace quand il s’agit de mettre les moyens en face des objectifs dans notre machinerie budgétaire.

Je vous assure, j’ai cherché attentivement : vos orientations budgétaires telles qu’elles sont formulées pour les capacités d’accueil des lycées semblent se borner à s’adapter à la démographie des classes d’âges, pas à une modification profonde et massive des parcours scolaires vers le haut.  « Renforcer l’accès aux niveaux IV et supérieurs » ne peut être simplement l’affaire de la marche naturelle des choses. Si l’on veut vraiment bien plus de lycéens en études plus longues, bien plus d’élèves en baccalauréat professionnel, bien plus de bacs technologiques et généraux, bien plus de passage au niveau III, alors il faudra bien augmenter notablement pour nos lycées les surfaces pédagogiques, développer les structures et les équipements. La Région et le Rectorat ont beau exhorter à l’élévation du niveau de qualification, ça ne produira que quelques variations par dixième de points dans les statistiques si ni les moyens humains (pour l’Etat), ni les moyens matériels (pour la Région) ne se développent au rythme nécessaire.  Aujourd’hui, et on l’a encore vu à cette rentrée scolaire, poursuivre en seconde générale c’est le plus souvent se retrouver dans des classes surchargées où ce sont les plus fragiles qui trinquent et échoueront ; aujourd’hui encore 1500 jeunes Alsaciens selon le Recteur ne trouvent pas normalement d’affectation après la troisième ; aujourd’hui, près d’un jeune Alsacien sur 4 sort de l’école sans diplôme (le Haut-Rhin souffre particulièrement de ce fléau et la jeunesse des banlieues urbaines encore plus  ; aujourd’hui encore, beaucoup trop de jeunes se retrouvent placés bon gré mal gré dans des spécialités de BEP ou de CAP qu’ils n’ont absolument pas choisies (ce qui est une façon terriblement cynique de leur faire comprendre le peu de valeur que l’on attribue à la formation professionnelle initiale) ; aujourd’hui tout le monde sait que trouver un travail dans le secteur tertiaire sans baccalauréat c’est mission quasi impossible et pourtant dans notre région c’est justement en tertiaire qu’il est le plus difficile pour un titulaire du BEP de trouver la place en Bac pro qui lui permettra de se qualifier au mieux.

Le nombre de jeunes qui n’ont pas pu à cette rentrée poursuivre vers le haut leur formation comme ils l’auraient voulu et comme ils auraient dû pouvoir le faire est très préoccupant : l’Etat en est bien sûr le premier responsable, mais la Région peut aussi agir. L’offre en places est insuffisante, particulièrement sur Strasbourg et Mulhouse. Ainsi, il manque manifestement un lycée professionnel, notamment tertiaire à Strasbourg, ce n’est pas sans la Région qu’il se fera !

Je ne néglige pas le réel effort que déploie la Région pour l’apprentissage, le bilan annuel de réalisation en cours des actions du Schéma Régional montre que c’est surtout dans ce secteur que la Région met en œuvre concrètement les efforts d’élévation des qualifications : là on parle clairement de développement quantitatif, comme pour la formation continue d’ailleurs. Très bien ! Mais la formation initiale en lycée, l’alternance sous statut scolaire (de fait largement ouvertes à tous les publics), méritent également une telle résolution.

Le retard structurel et la force de l’inertie restent lourds dans le système de formation en Alsace :  il a besoin d’être secoué, il a besoin d’être entraîné vers des objectifs forts, sans cesse rappelés et garantis par des moyens. Personne ne voudrait que ce soit la seule variation des prix du fioul qui détermine notre effort supplémentaire pour les lycées. Nos objectifs affichés exigent davantage. Assurer et maintenir un cadre de formation performant c’est bien, et c’est ce que fera votre budget, mais élargir le cadre, permettre une forte progression de l’offre de formation vers des qualifications meilleures, c’est aussi nécessaire et vos orientations budgétaires n’en prennent pas assez résolument le chemin.