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Intervention de Jacques Fernique
Rapport sur les biocarburants
Monsieur le Président, autant vous le dire, nous avions des
craintes sérieuses quand vous nous avez annoncé votre intention de lancer
une nouvelle politique concernant la filière des biocarburants. En effet,
derrière le vocable « bio » très payant en marketing, on trouve le pire et
le meilleur. Le pire, c’est l’adjonction d’une très petite part d’alcool
végétal dans du carburant fossile avec un médiocre coefficient énergétique
(c’est-à-dire un très mauvais rapport entre l’énergie que ce carburant
permet de produire et l’énergie nécessaire pour le produire). En effet
certaines de ces cultures consomment tant d’énergie jusqu’à leur récolte que
le bilan énergétique des carburants qui en sont issus est déplorable. Le
meilleur c’est la filière Huiles végétales pures, énergie peu polluante,
renouvelable et au coefficient énergétique tout à fait flatteur. Maîtrisée
par les producteurs eux-mêmes, cette filière artisanale à circuit court
apporte un avantage économique direct aux agriculteurs qui s’y engagent en
réduisant leur facture de carburant. De plus grâce aux débris d’oléagineux
récupérés au terme de la production de l’agro-carburant, on dispose de
compléments alimentaires animaliers non négligeables.
Le
rapport qui nous est proposé va, autant le dire sans ambages, dans cette
bonne direction. Nous ne nous engageons pas vers le pire, l’approche que
vous engagez aujourd’hui rencontre donc notre approbation.
Bien sûr nous déplorons la nécessité de devoir se cantonner à
une stricte auto-consommation, chaque agriculteur sera contraint même quand
il passera par des équipements collectifs de production de carburants de
n’utiliser au millilitre près que l’huile issue de sa propre production. Ces
limites draconiennes n’ont qu’une seule raison : la TIPP créée pourtant pour
les carburants minéraux frappe le biodiesel commercialisé autant que
l’essence plombée. Il est clair que si la TIPP devait continuer de frapper
de façon abrupte cette filière naissante la cantonnant à l’auto-consommation
elle signerait son arrêt de mort pour ne laisser place qu’aux filières
discutables d’adjonction réduite d’alcool végétal dans les carburants
classiques à la grande satisfaction irresponsable des accros du pétrole et
des tenants du productivisme agricole. La volonté européenne de porter à 5%
la part des bio-carburants dans nos moteurs à l’horizon 2010 ne serait
qu’une grande illusion.
Le Parlement Européen, à l’initiative notamment des
Eurodéputés Verts a tenté de casser ce verrou fiscal, ces tentatives ont
échoué, car le Conseil bloqué par la règle de l’unanimité, bloqué entre
autre par la France, n’a pas donné suite.
Notre pays et c’est vraiment regrettable rechigne et continue
de rechigner à se lancer fortement dans les huiles végétales pures. La
France a refusé de transcrire et d’appliquer la directive de 1996 autorisant
leur utilisation pour les véhicules. Si aujourd’hui on ne peut plus empêcher
quelqu’un d’en mettre dans son moteur c’est simplement parce que cette
directive est devenue règlement communautaire depuis le 1er
janvier 2005. Notre Région ne partage manifestement pas la volonté frileuse
de bloquer qui anime notre Etat : nous ne pouvons donc que vous appuyer.
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