Séance plénière du 24 juin 2005

 
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Intervention de Jacques Fernique


Rapport sur les biocarburants

Monsieur le Président, autant vous le dire, nous avions des craintes sérieuses quand vous nous avez annoncé votre intention de lancer une nouvelle politique concernant la filière des biocarburants. En effet, derrière le vocable « bio » très payant en marketing, on trouve le pire et le meilleur. Le pire, c’est l’adjonction d’une très petite part d’alcool végétal dans du carburant fossile avec un médiocre coefficient énergétique (c’est-à-dire un très mauvais rapport entre l’énergie que ce carburant permet de produire et l’énergie nécessaire pour le produire).  En effet certaines de ces cultures consomment tant d’énergie jusqu’à leur récolte que le bilan énergétique des carburants qui en sont issus est déplorable. Le meilleur c’est la filière Huiles végétales pures, énergie peu polluante, renouvelable et au coefficient énergétique tout à fait flatteur. Maîtrisée par les producteurs eux-mêmes, cette filière artisanale à circuit court apporte un avantage économique direct aux agriculteurs qui s’y engagent en réduisant leur facture de carburant. De plus grâce aux débris d’oléagineux récupérés au terme de la production de l’agro-carburant, on dispose de compléments alimentaires animaliers non négligeables.

Le rapport qui nous est proposé va, autant le dire sans ambages, dans cette bonne direction. Nous ne nous engageons  pas vers le pire, l’approche que vous engagez aujourd’hui rencontre donc notre approbation. 

Bien sûr nous déplorons la nécessité de devoir se cantonner à une stricte auto-consommation, chaque agriculteur sera contraint même quand il passera par des équipements collectifs de production de carburants de n’utiliser au millilitre près que l’huile issue de sa propre production. Ces limites draconiennes n’ont qu’une seule raison : la TIPP créée pourtant pour les carburants minéraux frappe le biodiesel commercialisé autant que l’essence plombée. Il est clair que si la TIPP devait continuer de frapper de façon abrupte cette filière naissante la cantonnant à l’auto-consommation elle signerait son arrêt de mort pour ne laisser place qu’aux filières discutables d’adjonction réduite d’alcool végétal dans les carburants classiques à la grande satisfaction irresponsable des accros du pétrole et des tenants du productivisme agricole. La volonté européenne de porter à 5% la part des bio-carburants dans nos moteurs à l’horizon 2010 ne serait qu’une grande illusion.

Le Parlement Européen, à l’initiative notamment des Eurodéputés Verts a tenté de casser ce verrou fiscal, ces tentatives ont échoué, car le Conseil bloqué par la règle de l’unanimité, bloqué entre autre par la France, n’a pas donné suite.

Notre pays et c’est vraiment regrettable rechigne et continue de rechigner à se lancer fortement dans les huiles végétales pures. La France a refusé de transcrire et d’appliquer la directive de 1996 autorisant leur utilisation pour les véhicules. Si aujourd’hui on ne peut plus empêcher quelqu’un d’en mettre dans son moteur c’est simplement parce que cette directive est devenue règlement communautaire depuis le 1er janvier 2005. Notre Région ne partage manifestement pas la volonté frileuse de bloquer qui anime notre Etat : nous ne pouvons donc que vous appuyer.