Séance plénière du 24 juin 2005

 
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Intervention de Philippe Carbiener

 

Intervention sur le  Compte Administratif


Le taux de réalisation de près de 80 % du budget 2004 laisse, au-delà de cette moyenne honorable, apparaître des disparités relatives selon les lignes budgétaires.

Parce qu’elles sont révélatrices de la sincérité plus ou moins suivie des différentes politiques affichées, certaines distorsions doivent être relevées.

S’il faut reconnaître l’excellent taux de réalisation, près de 100 %, de secteurs tels que la réhabilitation des friches industrielles et des opérations de requalification urbaine d’autres politiques importantes souffrent d’une négligence relative.

Je citerai la protection des paysages avec seulement 22%, la restauration du patrimoine culturel, 25%, l’aide aux acteurs culturels, 39%, la protection et la gestion des milieux naturels avec 29%.

Ces déficits indiquent que la RA ne met pas suffisamment d’ardeur, peut-être faute d’une réflexion globale véritablement aboutie, à conforter et renforcer l’attractivité du territoire.

En effet tous les secteurs cités en sont des vecteurs majeurs pour peu qu’ils soient mis en cohérence.

De même le soutien à l’Agriculture Biologique, 44% de taux de réalisation, et les investissements en faveur des conditions d’accueil dans l’enseignement supérieur, 47%, nécessiteraient davantage d’efforts compte tenu des enjeux (dév. durable, attractivité économique à terme).

Je n’insisterai pas sur les 24% affichés pour le dév. des villes, les 25% dévolus à la promotion économique, le pauvre 40% du projet Life, deux fois moins que la moyenne, l’incongruité des 24% en faveur des interventions sociales si cruciale actuellement.

Mais l’élément le plus frappant en terme absolu cette fois, me semble être l’écart entre les dépenses affichées en faveur de l’économie et de l’emploi, qui progresse de 100%, et celle pour la recherche / dé. qui reculent de 75%.

La prolongation d’une telle tendance se révèlerait vite une impasse tant, vous en conviendrez, l’économie de demain sera déterminée par la RD d’aujourd’hui.

Nous y voyons un indice de confirmation de ce que nous déplorons depuis quelques temps déjà, à savoir un excès de mesures palliatives prise dans l’urgence de la conjoncture du moment et , parallèlement trop peu de moyens, au sens large, consacrées à un effort de prospective. Seul un effort accru de prospective, assorti de l’audace nécessaire, permettrait à notre région de se détacher dans le repositionnement.

Permettez-moi de ne citer qu’une illustration de ce propos.

 

Une politique volontariste de Recherche / Développement prioritairement axé sur les énergies renouvelables: constituerait une chance pour l’emploi en Alsace qu’il est encore temps de saisir.

 

La situation de l’emploi exige que l’intervention économique de l’Alsace soit prioritaire, forte et affirmée.

Mais si l’on considère que les fonds publics sont précieux car nécessairement limités, la question de leur affectation optimale doit être prise avec rigueur.

 

Il ne saurait être question d’agir pour agir, de palier simplement au plus pressé  au risque de maintenir provisoirement des secteurs à l’avenir hypothétiques ou dont l’intérêt pour le bien général n’est pas établi.

 

Or s’il est un secteur dont l’émergence est salutaire et à l’avenir indéniable c’est bien celui des énergies renouvelables.

 

Ses répercussions potentielles sur l’emploi sont considérables. Je citerai les chiffres de quelques études pour en transposer l’évaluation à l’échelle alsacienne :

 

- l’étude « EUFORS » d’octobre 2002 pronostique 135000 emplois possibles en France d’ici 2020 ce qui représenterait 3500 emplois pour l’Alsace.

 

- le syndicat des énergies renouvelables parle de 75000 emplois nouveaux  à l’horizon 2010 ce qui ferait 3350 emplois alsaciens de plus d’ici 5 ans de plus.

 

- le Mitre évalue ce potentiel à 243 000 emplois pour 2010 ce qui assurerait 7000 emplois en Alsace en rapportant là aussi ce chiffre à la population de l’Alsace.

 

- le rapport de la mission parlementaire française sur les choix technologiques permet d’affirmer qu’une déclinaison alsacienne de la politique allemande de l’énergie à l’horizon 2010 de ce pays,  liée à son programme de sortie du nucléaire, assurerait la perspective de 8000 emplois pour notre région.

 

L’instauration d’une politique volontariste dans ce secteur, à prioriser,  pour lequel la Région Alsace a vocation à innover et planifier permettrait donc de créer de manière quasi assurée entre 3500 et 8000 emplois à moyen terme.

 

Mais cela suppose que la Recherche/ Développement des énergies devienne une des priorités majeures de notre collectivité. Faute d’un tel affichage de l’affirmation d’un tel choix, assorti d’affectations budgétaires figurant parmi les premières priorités, les énergies renouvelables se développeront tôt ou tard ailleurs qu’ici avec un déficit de 3 à 8000 emplois en Alsace.

 

Si nous reconnaissons bien volontiers les efforts déjà engagés par la Région dans ce secteur (avec un premier impact positif sur l’emploi) dont témoignent d’ailleurs les fiches actions 14, 15 et surtout 16 nous pensons qu’ils manquent singulièrement d’audace. Il est urgent que ceux-ci ne constituent plus un volet méritoire mais quelque peu accessoire de la politique de la Région mais qu’ils acquièrent bien davantage de  souffle.

 

Il importe maintenant à notre collectivité de faire des énergies une ambition phare de l’Alsace. Il est encore temps pour cela même si ce dernier presse.  Ce n’est qu’en  plaçant cette ambition au cœur de sa politique de l’emploi que notre région pourra bénéficier pleinement de considérable potentiel de développement  renfermé, de manière aujourd’hui certaine, par ce secteur économique en pleine émergence

 

Nous émettons le vœux que les prochains comptes administratifs portent l’affirmation concrète d’une telle  orientation clairement privilégiée.