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Intervention de Philippe Carbiener
Intervention sur le
Compte Administratif
Le taux de réalisation de près de 80 % du budget 2004 laisse, au-delà de
cette moyenne honorable, apparaître des disparités relatives selon les
lignes budgétaires.
Parce qu’elles sont révélatrices de la sincérité plus ou
moins suivie des différentes politiques affichées, certaines distorsions
doivent être relevées.
S’il faut reconnaître l’excellent taux de réalisation, près
de 100 %, de secteurs tels que la réhabilitation des friches industrielles
et des opérations de requalification urbaine d’autres politiques importantes
souffrent d’une négligence relative.
Je citerai la protection des paysages avec seulement 22%, la
restauration du patrimoine culturel, 25%, l’aide aux acteurs culturels, 39%,
la protection et la gestion des milieux naturels avec 29%.
Ces déficits indiquent que la RA ne met pas suffisamment
d’ardeur, peut-être faute d’une réflexion globale véritablement aboutie, à
conforter et renforcer l’attractivité du territoire.
En effet tous les secteurs cités en sont des vecteurs majeurs
pour peu qu’ils soient mis en cohérence.
De même le soutien à l’Agriculture Biologique, 44% de taux de
réalisation, et les investissements en faveur des conditions d’accueil dans
l’enseignement supérieur, 47%, nécessiteraient davantage d’efforts compte
tenu des enjeux (dév. durable, attractivité économique à terme).
Je n’insisterai pas sur les 24% affichés pour le dév. des
villes, les 25% dévolus à la promotion économique, le pauvre 40% du projet
Life, deux fois moins que la moyenne, l’incongruité des 24% en faveur des
interventions sociales si cruciale actuellement.
Mais l’élément le plus frappant en terme absolu cette fois,
me semble être l’écart entre les dépenses affichées en faveur de l’économie
et de l’emploi, qui progresse de 100%, et celle pour la recherche / dé. qui
reculent de 75%.
La prolongation d’une telle tendance se révèlerait vite une
impasse tant, vous en conviendrez, l’économie de demain sera déterminée par
la RD d’aujourd’hui.
Nous y voyons un indice de confirmation de ce que nous
déplorons depuis quelques temps déjà, à savoir un excès de mesures
palliatives prise dans l’urgence de la conjoncture du moment et ,
parallèlement trop peu de moyens, au sens large, consacrées à un effort de
prospective. Seul un effort accru de prospective, assorti de l’audace
nécessaire, permettrait à notre région de se détacher dans le
repositionnement.
Permettez-moi de ne citer qu’une illustration de ce propos.
Une politique volontariste de Recherche / Développement
prioritairement axé sur les énergies renouvelables: constituerait une chance
pour l’emploi en Alsace qu’il est encore temps de saisir.
La situation de l’emploi exige que l’intervention économique
de l’Alsace soit prioritaire, forte et affirmée.
Mais si l’on considère que les fonds publics sont précieux
car nécessairement limités, la question de leur affectation optimale doit
être prise avec rigueur.
Il ne saurait être question d’agir pour agir, de palier
simplement au plus pressé au risque de maintenir provisoirement des
secteurs à l’avenir hypothétiques ou dont l’intérêt pour le bien général
n’est pas établi.
Or s’il est un secteur dont l’émergence est salutaire et à
l’avenir indéniable c’est bien celui des énergies renouvelables.
Ses répercussions potentielles sur l’emploi sont
considérables. Je citerai les chiffres de quelques études pour en transposer
l’évaluation à l’échelle alsacienne :
- l’étude « EUFORS » d’octobre 2002 pronostique 135000
emplois possibles en France d’ici 2020 ce qui représenterait 3500 emplois
pour l’Alsace.
- le syndicat des énergies renouvelables parle de 75000
emplois nouveaux à l’horizon 2010 ce qui ferait 3350 emplois alsaciens de
plus d’ici 5 ans de plus.
- le Mitre évalue ce potentiel à 243 000 emplois pour 2010 ce
qui assurerait 7000 emplois en Alsace en rapportant là aussi ce chiffre à la
population de l’Alsace.
- le rapport de la mission parlementaire française sur les
choix technologiques permet d’affirmer qu’une déclinaison alsacienne de la
politique allemande de l’énergie à l’horizon 2010 de ce pays, liée à son
programme de sortie du nucléaire, assurerait la perspective de 8000 emplois
pour notre région.
L’instauration d’une politique volontariste dans ce secteur,
à prioriser, pour lequel la Région Alsace a vocation à innover et
planifier permettrait donc de créer de manière quasi assurée entre 3500 et
8000 emplois à moyen terme.
Mais cela suppose que la Recherche/ Développement des
énergies devienne une des priorités majeures de notre collectivité. Faute
d’un tel affichage de l’affirmation d’un tel choix, assorti
d’affectations budgétaires figurant parmi les premières priorités, les
énergies renouvelables se développeront tôt ou tard ailleurs qu’ici avec un
déficit de 3 à 8000 emplois en Alsace.
Si nous reconnaissons bien volontiers les efforts déjà
engagés par la Région dans ce secteur (avec un premier impact positif sur
l’emploi) dont témoignent d’ailleurs les fiches actions 14, 15 et surtout 16
nous pensons qu’ils manquent singulièrement d’audace. Il est urgent que
ceux-ci ne constituent plus un volet méritoire mais quelque peu accessoire
de la politique de la Région mais qu’ils acquièrent bien davantage de
souffle.
Il importe maintenant à notre collectivité de faire des
énergies une ambition phare de l’Alsace. Il est encore temps pour cela même
si ce dernier presse. Ce n’est qu’en plaçant cette ambition au cœur de sa
politique de l’emploi que notre région pourra bénéficier pleinement de
considérable potentiel de développement renfermé, de manière aujourd’hui
certaine, par ce secteur économique en pleine émergence
Nous émettons le vœux que les prochains comptes
administratifs portent l’affirmation concrète d’une telle orientation
clairement privilégiée.
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