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Intervention de Andrée Buchmann
Actions proposées dans le cadre des ateliers sur le
développement du potentiel économique et industriel alsacien
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Intergroupe PS/verts
L’Alsace se trouve dans une situation économique et de l’emploi dramatique.
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une augmentation rapide du chômage : + 8,7% en un an
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un développement express qui frappe principalement la jeunesse : + de
20% des moins de 25 ans sont à la recherche d’un emploi. Cela représente le
record national.
Face à ce constat, le Conseil régional a organisé les ateliers sur le
développement du potentiel économique et industriel alsacien.
Les travaux ont eu lieu de octobre 2004 à février 2005 et 150 personnes ont
contribué à la réflexion.
C’est bien, mais est-ce suffisant ? Vu la brièveté de la durée de référence,
n’ont pu être sollicités que les réseaux qui travaillaient déjà avec la
Région, c’est à dire ceux de la CCI et de structures culturellement proches
de la majorité régionale. Les démarches en direction de structures qui n’ont
pas coutume de travailler avec la Région n’ont pu se faire en si peu de
temps, par exemple du monde ouvrier, des associations de chômeurs, des
associations de frontaliers, ni des créateurs d’entreprise issus de
l’immigration, ni des professionnels de la filière du bâtiment, ni des
structures à caractère transfrontalier, pour n’en citer que quelques-unes.
Et qui peut quitter son travail en journée ? Pas les entrepreneurs, en tout
cas.
En témoignent une certaine monoculture de fiches qui concernent
principalement une certaine middle class . Quant à celles liées au
développement durable, elles listent des actions qui existent déjà dans le
giron de la Région comme énergivie, ou mettent en avant le partenariat
scientifique et technique avec l’INSA ou les CCI.
Des pans entiers sont absents, comme l’économie sociale et solidaire ( c’est
pourquoi nous allons proposer une fiche 24 sur le sujet), l’aménagement du
territoire, la santé environnementale, les technologies de l’information et
de la communication, les associations du milieu de vie, le travail
transfrontalier avec les Suisses et les allemands, le travail au niveau du
Grand Est.
Car faut-il avoir une approche endogène tel que le présente le rapport ? Ne
refaisons pas les erreurs du passé. Longtemps on a trop misé sur l’appel
d’entreprises extérieures et l’offre d’emplois d’exécution, peu formés, au
détriment de stratégie permettant de muscler une région à partir de ses
compétences locales. Ne vaut-il pas mieux s’inscrire dans une dimension
transfrontalière et Grand Est.
En effet l’effondrement économique rapide révèle la grande fragilité
structurelle qui a été celles des années d’abondance. La forte dépendance
par rapport à des pouvoirs de décision extérieurs ( 70% des emplois de
production en 1991), le faible niveau de qualification, le manque de
formation continue des travailleurs, notamment des frontaliers, … ne sont
pas que le fruit du hasard, mais la conséquence de politiques menées
délibérément et dont nous payons maintenant le prix.
Forte dépendance de pouvoirs de décision hors région et perte de compétences
linguistiques bilingues
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la forte dépendance de pouvoirs de décisions extérieures n’est pas le
fait du hasard, mais la conséquence d’une politique voulue par le CAHR et l’ADIRA
et revendiquée par le Conseil régional visant à offrir un maximum de
facilités d’installation à des entreprises étrangères, notamment américaines
et japonaises, à des époques où nous étions en déficit de main d’œuvre . Ce
qui a conduit d’ailleurs au début des années 90 à devoir faire appel à des
travailleurs venant jusque du Nord-Pas-de-Calais pour pourvoir à des postes
vacants.
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une forte dépendance par rapport à la Suisse et à l’Allemagne. La
main d’œuvre alsacienne, travailleuse, bilingue, était appréciée. Nonobstant
la récession économique de ces deux pays, le remplacement des travailleurs
frontaliers non touchés par les licenciements ne se feront plus
automatiquement, car les travailleurs ne maîtrisent plus ni le dialecte, ni
l’allemand standard. De plus les nouvelles méthodes de transmission d’ordre
et d’information se font de plus en plus par mail, et le défaut de politique
linguistique sérieusement prise en considération par l’Alsace, fait que
l’allemand écrit n’est pas maîtrisé. Les entreprises suisses préfèrent
dorénavant licencier les alsaciens et recruter des allemands. Ils savent
lire et écrire en allemand.
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Les frontaliers vers l’Allemagne sont passés de 34 265 en 2002 à 28
352 en 2004, soit une perte de près de 6 000 emplois en 2 ans, je n’ai
assez étrangement pas trouvé les chiffres pour la Suisse. Il y a un
« trou ». N’a-t-on pas envie de faire connaître la réalité ? Et les votes
inquiétants du Sundgau ne sont-ils pas aussi la conséquence de cet état de
fait ?
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Le manque de compétence linguistique pénalisent aussi les entreprises
alsaciennes travaillant à l’export ; ou les entreprises artisanales qui
auraient pu trouver des marchés en Suisse ou en Allemagne ( par exemple dans
le bâtiment, la maintenance…). Ce n’est pas de l’anglais qu’a besoin un
électricien qui va travailler à Offenburg, mais bien de l’allemand.
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En revanche nous négligeons de considérer l’apport des entrepreneurs
d’origine étrangère pour la dynamique de la région, et les relais que la
population d’origine étrangère peut représenter avec leur pays d’origine,
que ce soit le Maghreb, l’Iran, la Turquie, la Chine….
Le
développement durable : un enjeu économique et sanitaire face à le
dégradation du milieu de vie
Pour l’instant nous surfons encore sur l’image d’un contexte environnemental
accueillant, mais sans le préserver avec détermination. Il est vrai que nous
créons des réserves naturelles, des pistes cyclables, que nous soutenons le
déplacement en train, le solaire… mais n’est-ce pas une approche de type
gadget qui ne prend pas en compte l’ampleur de la réalité.
L’Alsace devient un couloir à camions parce que la France n’a pas anticipé
en mettant en place le ferroutage. Pire, la dernière plate-forme alsacienne,
à Cronenbourg, vient d’être fermée cette semaine. Est-ce que le Conseil
régional a émis une protestation ? Non. En revanche dans la même édition du
journal qui rapportait cet événement, des élus régionaux, dont le président
du Conseil régional, protestaient contre la fermeture de l’aéroport de
Houssen. C’est d’autant plus incompréhensible au regard de l’augmentation du
cours du pétrole, qui dépasse le 60 dollars le baril, et il continuera de
monter. On parle de plus de 100 dollars d’ici la fin de l’année.
Le taux d’ozone a atteint le seuil d’information. Chacun sait que les
mesures prises sont dérisoires et n’ont pas d’effet, sinon pédagogique.
Faut-il continuer à préconiser des changements de comportement pour le
public tout en créant des infrastructures coûteuses qui induisent une
pollution chronique supplémentaire comme les routes et notamment le Grand
Contournement Ouest ? Où est la logique ? Nous savons bien que le taux
d’ozone est la conséquence d’une pollution de fond.
L’Alsace est une des régions de France où la pollution aérienne en pesticide
est la plus élevée. C’est liée à une agriculture intensive et mécanisée. Qui
continue d’être privilégiée au détriment de l’ agriculture biologique, qui
préserve les ressources, offre une nourriture de qualité et mobilise des
emplois ( pour l’heure 1 126 emplois dans l’agriculture biologique).
Une pression
foncière non maîtrisée
Le solde migratoire actuel est positif et l’excellent rapport Forces et
Faiblesses de l’économie alsacienne dit « ( p. 52) : les prévisions de
l’INSEE indiquent que la population alsacienne continuera de croître durant
les 30 prochaines années, une part toujours plus importante de cette
augmentation étant due à l’apport migratoire . (.. ). L’Alsace doit se
préparer à accueillir près de 200.000 habitants supplémentaires d’ici
2030 ».
Cela appelle de ma part trois réflexions :
-
ces prévisions ne veulent rien dire car la réalité peut inverser en
très peu de temps les modèles mathématiques. Si la réalité avait suivi les
prévisions nous n’aurions pas le chômage actuel qui n’a pas été anticipé ;
-
comment aborder la question de la gestion de l’espace et de l’arrêt
impératif de consommation de terre. Il n’y a ni volonté, ni outil. Une
immense plate-forme commerciale est en train de s’ouvrir près de Sélestat.
Dans quelle logique économique ? Les grandes surfaces sont en récession
depuis 5 ans.
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Nous continuons de gaspiller l’espace. Pourquoi la Région ne
prend-elle pas à bras le corps cette problématique et anticipe. Le manque
d’espace va devenir un problème crucial. Comme je l’ai signalé lors de la
dernière plénière, le Bade Württenberg, qui consomme actuellement 30ha/j
s’est fixé comme objectif 10ha/j à l’horizon 2020. Ce qui signifie aussi
des transferts de pression foncière vers l’Alsace. Allons-nous faire comme
pour les poids lourds et attendre qu’il soit trop tard pour réagir ? Nous
n’avons ni volonté, ni outil foncier.
Des réponses
timorées
Face aux enjeux, nous trouvons les actions proposées bien timorées. Et la
réunion plénière à la CCI ne me semblait pas restituer le tissu alsacien
dans sa diversité sociale et de sa mixité d’origine.
Les propositions sont circonscrites au milieu « classes moyennes »
alsaciennes.
Ainsi nous prenons note qu’il s’agit de développer l’esprit d’entreprendre
des lycéens, mais face au chômage de masse, c’est bien insuffisant.
Encourager les achats d’éco-produits, la maîtrise de la consommation
énergétique, les énergies renouvelables, la formation dans ces secteurs,
c’est bien. Mais pourquoi limiter la collaboration académique à l’INSA,
pourquoi ne pas travailler avec tous les acteurs du bâtiment, de la
construction et de l’urbanisme, dans l’ensemble de ses facettes, y compris
environnementales ? La Haute Qualité Environnementale, ce n’est pas que
l’énergie, mais un secteur professionnel et économique considérable. Qui est
en train de s’organiser et de se former à l’échelle du Grand est et au
niveau transfrontalier. Il est absent de ces fiches. Des initiatives pour
l’innovation, comme celle du Ruban Vert du développement durable, pourtant
soutenues par la Région, sont absentes de ces fiches. D’autres initiatives
se sont fait jour, pourquoi ne pas mutualiser les efforts, et sur l’ensemble
du Grand Est et dans une approche transfrontalière ? Des démarches sont
engagées par le monde médical, notamment dans le domaine de la santé
environnementale. Elles ne sont visiblement pas connues. Quelle politique
linguistique mettons-nous en œuvre ?
J’ai le sentiment d’une déconnexion entre les propositions et la réalité de
la société, ainsi que les enjeux.
Nous ne pouvons pas valider les fiches en l’état. Il est nécessaire de leur
donner corps. C’est pourquoi nous proposons l’amendement suivant à la
délibération :
- de donner
délégation à la Commission permanente pour l'adoption, la mise
en place et
l'adaptation des actions décrites dans les fiches en annexes au
présent
rapport ; » |