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Intervention de Philippe Carbiener sur les pôles de
compétitivité
Le dilemme des pôles de
compétitivité
A l’aube du 21ème siècle,
l’automobile et les biotechnologies seraient les deux mamelles de
l’Alsace ! Cela vous paraît totalement incongru, mais c’est pourtant
bien ces deux projets que la Région Alsace a décidé de défendre auprès
du gouvernement pour obtenir ce précieux label « Pôle de Compétitivité »
(P de C).
Les P de C doivent, selon l’idée du
gouvernement, fédérer les acteurs du monde de la recherche et de
l’industrie qui, au niveau d’un domaine économique, peuvent faire preuve
d’excellence sur un territoire.
Valoriser l’existant
Voici, qu’après des décennies de détricotage de
toute politique industrielle, on en réinvente dans l’urgence l’intérêt
en conviant les régions à une mise en concurrence improvisée. Il ne
s’agit donc pas d’un exercice prospectif et la collectivité ne peut que
valoriser ce qui existe déjà. Avec un tel principe de réalité, qui
s’impose à elle, on ne peut pas lui reprocher de défendre ce qu’elle
parvient à trouver dans son tissu d’activités.
Il paraît alors difficile de s’opposer
franchement au P de C automobile qui représente 90.000 emplois et dit
mettre l’accent sur l’économie des matières premières et la
« propreté ». L’enjeu n’est alors pas d’être pour ou contre ce produit
de consommation, mais de savoir si on préfère le voir être conçu et
manufacturé ici, ou ailleurs, dans des pays à bas coûts.
Au hasard des biotechs
En revanche, le pôle « innovations
thérapeutiques » pose bien davantage de questions. Il englobe à la fois
l’imagerie médicale et les biotechnologies. Si l’imagerie médicale est
peu contestable, on ne voit néanmoins pas de liens convaincants avec
les biotechnologies. Même dans le seul domaine médical, celles-ci sont
pour le moment bien loin de tenir leurs promesses et il paraît de moins
en moins exclu qu’elles ne les tiennent jamais. Le postulat de départ
d’un pan de ces recherches, présenté par ses promoteurs, à savoir, un
gène lié à une maladie, une molécule ou un procédé agissant sur ce gène,
n’a tout simplement plus aucun fondement à la lumière des dernières
découvertes scientifiques dans le domaine. Il est patent de constater
qu’en Alsace, les fonds privés s’en détournent et que seuls les
financements publics en assurent encore la pérennité.
D’ailleurs si les P de C ne se conçoivent pas
sans partenariats industriels forts, ceux-ci n’apparaissent pas dans ce
projet. Il y a précisément de quoi douter des biotechnologies, lorsque
l’on mesure ce non engagement alors que la Région du Rhin Supérieur est
riche en groupes industriels pharmaceutiques aux trésoreries
florissantes et en mal de nouvelles molécules.
L’improbable couplage de ces incertitudes avec
l’activité imagerie médicale confère à l’ensemble de ce projet de P de C
l’aspect d’un bricolage peu crédible. Sous cet angle, à défaut de
permettre ultérieurement des affectations plus pertinentes, l’injection
de 18 millions d’Euros de subventions régionales sur 5 ans dans ce
secteur fait craindre une fragilisation de notre tissu économique à
terme.
Parce-que dans l’urgence il convenait de
conforter les activités existantes, les Elus Verts du Conseil Régional
se sont contentés d’émettre de fortes réserves sur ce 2ème
pôle et de s’abstenir sur la délibération globale proposée par Adrien
Zeller.
Elaborer un avenir plus solide
Ces deux projets ne font rien moins que de
révéler l’extraordinaire fragilité structurelle du tissu d’activités
alsacien. Mais cette fragilité doit précisément nous inciter à préparer
sans délais un avenir plus réaliste ancré dans les défis du
développement durable et en premier lieu la question de l’énergie si
riche en perspectives de recherche/développement pour qui saura les
entrevoir à temps. Dans l’immédiat cet exercice des pôles de
compétitivité aurait pu être l’occasion, pour une autre majorité, de
s’attacher à concevoir la constitution d’une fédération des 40
éco-entreprises déjà recensées en Alsace...
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