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Intervention portant sur
la formation initiale (apprentissage et
lycées)
Intervention de Jacques Fernique
Nous l’avions dit lors du débat sur le schéma de formation : on peut
mieux faire. Nous souscrivons bien sûr à la volonté affichée dans
ce budget de pousser les apprentis, comme les lycéens à se qualifier, à
poursuivre au-delà du niveau V. Nous sommes convaincus de la
nécessité de construire des parcours de formation par l’apprentissage,
par la formation professionnelle sous statut scolaire, par la voie
technologique ou générale, qui débouchent sur les niveaux IV et
supérieurs.
Cette
volonté est plus que jamais nécessaire au moment où le bilan de
l’orientation en Alsace présenté au dernier Comité Technique paritaire
académique confirme la persistance des pesanteurs classiques de
l’orientation dans notre région. Les demandes et décisions
d’orientations vers la seconde technologique et générale sont en baisse,
c’est même le taux le plus bas enregistré depuis 5 ans (que 55,6% des
vœux exprimés et que 53% pour le taux de passage effectif), le taux de
passage vers la voie professionnelle courte (niveau V BEP CAP) continue
d’être trop important et de façon plus accentuée encore dans le
Haut-Rhin. La rentrée 2004 s’est donc inscrite dans le modèle alsacien
classique qu’entendent pourtant dépasser autant le Projet Académique que
le Schéma régional de l’éducation et de la formation. Avec l’ampleur du
chômage alsacien,, particulièrement explosif pour les jeunes (ils sont
15 000 de moins de 25 ans à commencer comme chômeurs leurs vies
d’adultes soit une hausse de près de 8%), notre appareil de formation
et d’orientation devrait bien plus nettement relever le défi de la
technologie et de la qualification. Il s’agit de combattre énergiquement
les déterminismes sociaux, géographiques parfois, avant qu’ils ne
deviennent tout simplement des déterminismes communautaires.
La
volonté de renforcement des qualifications doit reposer d’abord sur
une forte politique du soutien personnalisée notamment dans
les CFA où la Région est en première ligne pour combler les lacunes
d’une part non négligeable de jeunes aux parcours scolaires tourmentés.
Il s’agit de permettre un bond qualitatif à ceux qui ne maîtrisent pas
les pré-requis élémentaires, particulièrement ceux qui subissent
l’illettrisme. Les bases de cette politique existent, nous soutiendrions
bien sûr son renforcement.
Le
souci de garantir un accès équitable à la formation ne peut évidemment
être négligé par la Région. Notre Région préfère sa politique
d’aide sélective plutôt que de prendre franchement l’orientation
de la gratuité. Nous le regrettons et le bilan en fin de mandature des
autres Régions montrera en son temps qu’il ne s’agissait pas de
« promesses alléchants hors de nos compétences » comme vous le disiez ce
matin. Quelques observations sur les aides de notre Région aux apprentis
et aux lycéens.
Au
moment où s’achève le transfert à la région de l’aide bien sûr
nécessaire aux employeurs d’apprentis, il serait regrettable qu’un
déséquilibre s’accentue par rapport à l’aide directe aux apprentis et à
leurs familles. Ainsi, la dotation d’entrée en apprentissage de 82€ ne
touche que les apprentis en 1ère année de niveau V, il serait
peut-être nécessaire pour faciliter les conditions qui tireront vers le
haut les filières d’apprentissage d’envisager de l’élargir en partie aux
niveaux supérieurs, cela serait en phase avec les objectifs du schéma
régional. Nous sommes surpris par ailleurs qu’ une hausse de plus de 3%
des effectifs ne se répercute pas dans le volume prévu pour cette
dotation.
Les
coûts de déplacements existent bien même quand il s’agit du trajet de la
maison à l’entreprise de formation, or aujourd’hui il n’y a que le
trajet domicile CFA qui est aidé par la région : le CESA n’a pas tort de
pointer cette bizarrerie.
Le
critère envisagé pour élargir l’aide aux employeurs au secteur public
paraît trop restrictif , sur les 2800 apprentis du secteur public en
Alsace, combien relèvent effectivement de communes de moins de 3500
habitants dont le potentiel fiscal n’est pas fort. Nous attendons le
chiffre. Une politique ne serait guère efficace s’il s’avérait qu’elle
relève du microscopique.
Visiblement, notre politique d’aide pour les lycéens ne touche pas tous
ceux qu’elle entend toucher. Comment comprendre la diminution d’environ
15% de la somme prévue pour la prime régionale de scolarité alors que
les effectifs d’élèves augmentent ? C’est un petit tiers de lycéens qui
en profite, ce petit tiers doit bien augmenter lui aussi ? En réalité
aujourd’hui le nombre réel de lycéens percevant cette somme de moins de
60 euros en moyenne est inférieur au nombre estimé de ceux qui
pourraient y avoir droit. C’est bien souvent, on le sait les milieux les
plus fragiles qui sont les moins bien informés et qui ont le plus de
difficultés à faire dans les formes la démarche volontaire de demande.
Le fait que des familles disent découvrir cette aide à la seule lecture
du journal de la Région montre qu’il y a des dysfonctionnements
certains. Le dispositif doit être nettement amélioré et un protocole
d’information dans chaque classe avec signature accusant réception des
parents mérite d’être cadré étroitement. Peut-être faudra-t-il en venir
à une information directe en bonne et due forme par courrier, cela
contribuerait certainement aussi à une meilleure lisibilité par les
citoyens de la politique régionale.
L’aide spécifique des lycéens des filières professionnelles qui voit sa
ligne diminuer elle aussi de 3,3%, pose également problème. Il est de
toute façon nécessaire d’associer les associations de parents, les
professeurs et les représentants des élèves au travail de repérage des
besoins par filières de façon à éviter les changements inadaptés comme
l’ont connu récemment certaines sections du tertiaire : les chefs
d’établissements ne savent pas tout des besoins sur le terrain, la
concertation doit être plus large. D’autres sections doivent pouvoir
profiter d’une aide à l’équipement alors qu’aujourd’hui elles n’ont
rien : c’est le cas par exemple des bacs technologiques hôtellerie.
Nous
nous étonnons de certains chiffres dont l’affichage
politique pourrait paraître regrettable : la diminution de 50% des
lignes initiatives des apprentis et prévention de la violence en milieu
scolaire. On se targue d’avoir élargi aux apprentis la politique
d’animation de la vie lycéenne, or cette ligne est divisée sans
explication par deux, elle est maintenant à 5000 euros pour toute la
Région ce qui rend particulièrement absurde la mention d’un plafond par
CFA de 7600 euros. Pour les lycées c’est toute la partie animation de la
vie lycéenne qui diminue de 12% avec des chutes brutales comme les
projets éducatifs culturels de 65% ou les initiatives des lycéens de
57%. Ces évolutions budgétaires nous laissent assez perplexes.
Le
réaménagement de la carte régionale des formations en apprentissage
est certes nécessaire, il doit être mené avec doigté et en concertation
afin de construire du meilleur plutôt que de restructurer dans la
douleur. Il faut certes étudier la réduction du nombre des sections à
très faible effectif (moins de 8 apprentis), mais le faire au regard de
l’impact sur l’emploi et la vitalité des CFA. En clair, y aura-t-il des
postes supprimés en CFA, et combien ?
Le fonctionnement
des CFA est d’ailleurs particulièrement fragile. Ce qui devrait être
leur principale ressource, la taxe d’apprentissage, s’avère en réalité
aléatoire et insuffisante, c’est d’ailleurs en en partie la situation
particulière de l’Alsace Moselle qui l’explique. La mise en place depuis
2003 d’une concertation de la Région avec l’ensemble des collecteurs
régionaux de taxe d’apprentissage n’a pas atteint pleinement ses
objectifs, notamment car une part non négligeable transite par les
collecteurs nationaux. Et renationaliser en partie l’apprentissage comme
paraît vouloir le faire le gouvernement ne ferait que rajouter de la
confusion. Aujourd’hui, les budgets de nos CFA sont encore fondées pour
l’essentiel sur des vœux très optimistes de recettes trop souvent déçus
en fin d’année, et c’est en définitive la Région qui colmate comme elle
peut notamment par les efforts de péréquation régionale de la taxe
d’apprentissage.
Pour le patrimoine
immobilier des lycées, nous saluons l’effort d’intégration des
énergies renouvelables et des conditions matérielles de sobriété
énergétique qui marque la modernisation des lycées. Cependant, nous
reposons notre suggestion exprimée lors de l’examen des dotations aux
lycées : ne serait-il pas temps de fixer en concertation avec les
établissements des objectifs indicatifs de consommation raisonnable
fondés sur des diagnostics énergétiques précis et méthodiques selon la
nature des locaux. Affecter une part significative des économies
réalisées dans chaque lycée à la vie lycéenne et aux projets d’animation
serait sûrement un moyen d’accélérer cette nécessaire mutation
éco-citoyenne de nos lycées.
Jacques Fernique
Intergroupe PS VERTS
16 et 17 décembre 2004
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