Séance plénière
16 et 17 décembre 2004

Séance budgétaire

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Intervention concernant la politique de la région en matière de recherche

Intervention de Philippe Carbiener

 

 

En ce qui concerne le budget de cette commission et des chapitres qu’on y trouve, on se retrouve un peu dans la même situation que pour le budget général, en formulant des critiques qui sont un peu de même nature.

 

Concernant la recherche, le contexte national est très défavorable puisque les Régions ont vocation à s’occuper de recherche appliquée. Mais la recherche appliquée découle forcément des avancées en recherche fondamentale. Or, cette année, le gouvernement vient de mettre en pièces les budgets de recherche fondamentale au niveau national. Les efforts régionaux risquent d’être bien fragiles à terme.

 

De manière générale, on trouve dans ce budget un opportunisme de bon aloi, avec un soutien économe en moyens et tout à fait justifié, à ce titre, à ce qui existe. Mais cette politique de soutien à ce qui existe nous paraît insuffisant.

Il y a un effort prospectif qui n’est pas à la hauteur. Dans un des rapports de la Région, on lit: «l’activité s’articule en fonction des compétences des équipes ». Tous ces projets sont vraiment trop proches du tissu présent des unités de recherche et des entreprises actuelles. C’est une vision un peu insuffisante, une politique insuffisante de ce point de vue.

 

Il faudrait faire émerger des projets politiques propres répondant à l’intérêt public affirmé qui permettrait, d’une part, de préparer l’avenir et, d’autre part, de doter ces budgets d’une lisibilité avec un effet d’entraînement accru. Actuellement, les différents laboratoires, les entreprises ont fort à faire pour arriver à se débrouiller dans le maquis des dispositifs existants, et ils ne savent pas toujours ce qui existe et ce qui n’existe pas. Alors que, s’il y avait une politique régionale très affirmée selon deux ou trois axes, ce problème disparaîtrait par lui-même.

 

Nous trouvons que l’accent mis par la Région dans le tissu existant en matière d’automobile et de biotechnologie est justifié puisque ce sont des secteurs qui ont le mérite d’exister. En particulier, pour l’automobile, l’enjeu est d’éviter que ce secteur ne se délocalise dans des pays à main d’oeuvre moins coûteuse. Mais, néanmoins, ce sont des secteurs très fragiles à long terme. L’Automobile, on ne sera pas très bien ce qu’il en sera au niveau commercial, au niveau du dynamisme économique dans quelques années.

 

Au niveau des biotechnologies, c’est l’inconnu total. On ne connaît pas de débouchés à cette industrie. On ne connaît pas non plus de réalisations concrètes qui répondent aux espérances qu’elle fait miroiter régulièrement.

li est frappant d’observer que, concernant les biotechnologies, on finance Alsace Biovalley à hauteur de 500.000 euros alors que si cette unité de recherche était véritablement en capacité de répondre aux espoirs qu’on place en elle, elle trouverait facilement des financements privés. Dans le noyau fondateur d’Alsace Biovalley, on trouve de grands laboratoires pharmaceutiques qui ne sont pas réputés manquer de capitaux pour investir dans la recherche. Il y a quand même, quelque part là, une curiosité ou un motif d’inquiétude qui devrait nous rendre un peu plus prudent sur ce dossier sans vouloir le faire disparaître du jour au lendemain.

 

De manière générale, la place des capitaux privés est un peu faible dans ce budget primitif, Il y aurait sans doute des outils à mettre en place pour davantage susciter ou solliciter le capital risque. On trouve un créneau trop réduit pour ces acteurs économiques dans le domaine de la Recherche - Développement.

 

De même, en général, nous trouvons que les budgets Recherche sont centrés trop exclusivement sur les Sciences dures. Il est justifié de soutenir prioritairement les sciences dures mais pas exclusivement, comme il se trouve que c’est le cas. Au niveau des bourses, on n’observe très peu ou pratique pas ou de manière anecdotique, des bourses affectées aux sciences humaines ou aux sciences de la vie qui ne soient pas des sciences « la technologie du vivant ». Nous souhaiterions qu’il y ait un amendement.

 

Je terminerai en faisant quelques propositions

 

-                                         soutenir les véritables sciences du vivant, c’est-à-dire pas uniquement celles qui se dénomment ainsi de manière abusive, c’est-à-dire les biotechnologies, les sciences autour de la biologie, de la géographie, de l’écologie, qui sont délaissées de manière générale, alors qu’elles sont très riches de connaissances utiles à la décision publique, connaissances qui nous manquent cruellement aujourd’hui.

 

Il y aurait matière pour la Région de se positionner:

 

-                       de manière plus concrète, il pourrait y avoir en Alsace un Pôle de Recherche avancée en agriculture biologique, une agriculture qui répond vraiment aux défis du futur, épuisement des ressources, promotion de la santé, promotion de l’emploi, et qui n’a sans doute pas encore exploré (au bout de 30 ans d’expérimentation associative) tout son potentiel technique.

 

-                       Nous proposons également de créer des pôles de compétence en phase avec les défis écologiques du futur, ce qui permettrait de saisir, aujourd’hui, des créneaux économiques d’avenir avant que d’autres Régions ne le fassent.

 

-                       Il ne s’agit pas seulement de soutenir des secteurs qui existent. L’avenir ne sera pas constitué de ce qui existe aujourd’hui, ni même de ce qui est en émergence, il faut savoir prendre des risques mesurés sur un ou deux créneaux.

 

Concernant la vie universitaire, il serait intéressant de réfléchir à un programme pluriannuel qui mettrait l’accent sur la qualité de vie offerte aux étudiants pour que notre Région se distingue des autres Régions, de manière à assurer un rayonnement économique à moyen terme pour l’Alsace.