|
Intervention générale sur le budget 2005 de la Région
Intervention de Philippe Carbiener
Le contexte mondial
actuel, qui peut être considéré comme très bon selon les instituts de
conjoncture, qui nous exposent qu’à cette échelle, la conjoncture
économique n’a jamais été aussi bonne que cette année, alors que durant
la même période la misère a progressé dans le monde entier; misère
spirituelle, morale et matérielle.
Les causes
structurelles en sont connues, c’est la progression du libre-échange qui
fait que des pays pauvres, à faible salaire, comme le Maroc ou le
Mexique, se voient touchés par des délocalisations au profit de la
Chine; Chine, nouvel Eldorado entrepreneurial où des salariés produisent
dans des conditions concentrationnaires à des coûts très faibles, entre
autre parce qu’ils acceptent d’être logés dans des dortoirs attenants
aux ateliers.
Mais cette
conjoncture mondiale reste fragile parce qu’elle est basée sur une
logique keynesienne où les Etats-Unis sont le demandeur de dernière
instance, logique dont l’Europe s’est privée.
En France, le moins
d’Etat qui se déploie année après année suscite de manière sournoise un
appauvrissement progressif.
La phase Il de la
décentralisation n’a de décentralisation que de nom ! Il n’y a pas de
nouvelle autonomie politique pour les Régions. Il y a juste un simple
transfert de charges assorti d’un saut dans l’inconnu fiscal.
La politique de
«
moins d’impôt
national »
se traduira
ces prochaines années par de nouvelles dépenses régionales, ce qui pose
un gros problème parce que, au niveau de l’acceptation des politiques
publiques, les bases fiscales régionales étant particulièrement
impopulaires, même si les Régions, actuellement, ne vivent que de 30 %
des impôts.
La TIPP prévue est
beaucoup trop eu modulable pour constituer une éco-taxe crédible. Elle
constitue un transfert particulièrement pervers puisqu’il sera
inversement proportionnel à la qualité de la politique régionale en
faveur des transports publics.
Pour revenir au
budget régional, il faut souligner un certain nombre d’éléments
incontestablement positifs
-
la Région Alsace est l’une des moins endettées de France; seules quatre
le sont moins encore;
-
elle dispose de
bonnes marges fiscales puisqu’elle fait partie des trois Régions qui
exercent la pression fiscale la moins forte;
-
au niveau des
dépenses, la Région Alsace se situe à un niveau médian (au 11ème
rang)
mais elle se révèle plus économe que la moyenne au niveau des frais
généraux où seules, là aussi, trois Régions dépensent moins
-
un effort
particulier est effectué par la Région Alsace en matière de transport,
en particulier les transports ferroviaires. Elle est parmi les trois
premières Régions de France à ce niveau-là.
Les choses sont il
est vrai facilitées dans la mesure où l’Alsace est plus riche que la
moyenne. Nous dépensons 335 € par habitant et par an contre 285 en
moyenne nationale.
Les dépenses
d’investissement sont plus élevées qu’ailleurs en France : 169€. contre
134.
D’autres points
positifs peuvent être notés
-
les dépenses
augmentent moins vite que les recettes, 6,6 % contre 8,6
%,
ce qui permet
d’améliorer, à moyen terme, la situation financière, toutes choses
égales par ailleurs
-
nous avons apprécié
d’être dotés d’une rétrospective financière depuis 1996, exercice auquel
peu de Régions se livrent.
Certains aspects
gestionnaires appellent néanmoins la critique :
-
l’effort de
rétrospective/prospective qui a été livré avec le document
d’orientations budgétaires par le biais d’une estimation du compte 2004
devrait s’accompagner d’un retour explicatif sur le budget prévisionnel
2004, pour en commenter les différences sensibles que l’on peut y
relever. Je ne vais pas épiloguer. Je pense qu’il appartient à
l’exécutif de nous en informer.
-
De même il serait
intéressant de disposer, les années ultérieures, d’une présentation des
comptes en nature plus objective que celle, faussement informative,
fonctionnelle, qui nous est proposée. Une présentation fonctionnelle
expose des agrégats de dépenses qui résultent d’interprétations et qui
peuvent donc se révéler trompeuses pour les conseillers.
-
Il serait également
utile d’avoir une vision plus claire de la gestion de la dette qui n’est
pas complètement retracée, en particulier des opérations de style
revolving qui restent à expliciter davantage.
Les points négatifs
majeurs sont à relever:
-
nous sommes à la
traîne en ce qui concerne l’équipement scolaire, 53 E/habitant contre 58
E en moyenne nationale
-
également pour la
formation professionnelle, 43 E. contre 45 E en moyenne nationale;
-
le poste
«environnement>~ fait grise mine puisqu’il n’augmente que de 2,4 %,
mais c’est vrai que les nuages s’accumulant sur cette thématique
s’arrêtent peut-être à la hauteur du Rhin, nous isolant de ceux des
régions voisines
-
nous pensons, nous,
les Verts, que les pâles de compétitivité ne peuvent pas se réduire à
l’automobile, aux bio-technologies, car ce sont des secteurs dont
l’avenir est loin d’être assuré, même si l’on peut comprendre la volonté
d’appuyer l’existant, mais c’est insuffisant
-
nous trouvons
dommage que les crédits affectés à la lutte contre la pollution des
ressources naturelles baissent de 50 % ; qu’il n’y ait pas un centime
d’investissement pour un plan ambitieux de renaturation du Rhin
-
qu’il y ait 32 % de
baisse de soutien au fonctionnement des acteurs culturels;
-
que le budget en
faveur des infrastructures ferroviaires régionales, donc des rails qui
permettent au matériel flambant neuf de rouler dans de bonnes conditions
d’exploitation, baisse de 54 % ; et qu’il n’y ait absolument rien de
prévu pour le Fret ferroviaire.
Nous relevons
quelques points positifs
-
la réhabilitation
des friches: +
52 %,
même si le budget de 1,5 MEUR est encore très insuffisant par rapport
aux défis à l’Alsace sur cette question. L’espace est rare, et nous
avons beaucoup de délaissés industriels qui méritent d’être revalorisés
-
nous apprécions la
multiplication par trois des crédits affectés à la haute qualité
environnementale.
Au-delà de ces
aspects, il est dommage que cette bonne gestion financière ne serve pas
davantage à un vrai projet politique. Et en cela, je rejoins d’autres
orateurs. Des marges de manoeuvre existent, qui ont été dégagées, mais
qui sont insuffisamment mises à profit pour servir une vraie vision
prospective qui fait cruellement défaut à la lecture des documents
produits.
On n’a pas de
perspective sur la période 2005
-
2010, qui est la
seule séquence qui (en termes d’investissement et de fonctionnement)
permet de tracer de véritables projets politiques.
Au niveau de ces
projets, nous pourrions inscrire (selon nous) des priorités telles
-
qu’un plan massif
pour améliorer l’accueil des étudiants sur les campus alsaciens.
On sait très bien
qu’à moyen I long terme, c’est un facteur d’attractivité
économique majeur. Les étudiants qui ont eu de très bonnes conditions de
travail dans une région, ne l’oublient pas. C’est largement la tactique
des Etats-Unis. on pourrait s’en inspirer!
-
un vaste programme
régional des maîtrises de l’énergie, d’utilisation rationnelle de
l’énergie, de maîtrise de la demande d’électricité, alors que nous
savons que des investissements en infrastructures se profilent;
-
le soutien à
l’agriculture familiale, un peu sur le modèle de ce qui se fait en
Autriche;
-
et d’autres mesures
qui seront évoquées au fil des budgets.
Nous pensons, comme
d’autres orateurs, qu’une accumulation de mesures n’esquisse pas un
projet régional. Or, si l’avenir n’est pas écrit, il appartient, dans un
contexte concurrentiel interrégional que l’on peut déplorer, à ceux qui
sauront le bâtir conformément au souhaitable. Cela implique de savoir
lire les nouvelles réalités qui apparaissent, de dessiner sans tarder
des réalisations en adéquation avec un environnement écologique,
économique et social nouveau.
Pour paraphraser le
Conseil Economique et Social, je dirais que
«
faute de vision à
long terme, l’Alsace que vous dessinez, Monsieur ZELLER, manque d’une
stratégie de développement. Or, nous sommes engagés dans une course au
positionnement qui avantagera les meilleurs efforts prospectifs et les
Régions qui auront concentré leurs efforts selon des visions qui
s’avéreront pertinentes.
»
C’est pour cela que
nous proposons (à ce chapitre) des nouvelles lignes budgétaires à créer
et qui manquent:
-
une véritable ligne
budgétaire en faveur d’un organe d’intelligence économique, je dirais
même d’intelligence écologique et économique. Or, il n’y a rien dans ce
budget. Sous la ligne où figure cet intitulé, on trouve : les nouvelles
technologies de l’information qui n’ont que peu à voir avec cet
intitulé.
Il est donc urgent
de doter l’Alsace d’un outil de ce type. C’est un instrument majeur pour
être en mesure de nous forger des atouts concurrentiels face à un avenir
peu rassurant.
- Il convient de
mettre en oeuvre toute une série de programmes axés autour du
développement durable et de la cohésion sociale, de manière à
positionner l’Alsace à temps, dans un contexte à cadre économique et
environnemental qui est appelé à changer.
Cet effort
prospectif permettrait de doter à temps la Région de vecteurs de
compétitivité du futur, ce que l’on n’entrevoit pas encore pleinement
aujourd’hui.
- II appartient à la
Région Alsace d’esquisser une autre vision de l’intérêt général que
celle dictée par l’Etat. Des nouveaux outils peuvent être forgés dans le
cadre des compétences régionales. Une large marge de manoeuvre théorique
existe.
L’avenir
appartiendra à ceux qui sauront l’imaginer. Pour que celui-ci ne soit
pas à redouter, il convient de se livrer à cet exercice aujourd’hui.
En conclusion, je
dirais que la Région Alsace dispose d’indéniables atouts gestionnaires
mais qu’ils sont quelque peu gâchés faute d’une vision articulée et de
choix stratégiques majeurs associés, clairement exprimés.
La Région Alsace a
vocation à faire de notre région un espace de créativité, Il s’agit de
le programmer et non simplement de gérer.
Il y a un vrai
clivage qui s’est exprimé. Nous pensons que la Région ne doit pas, à
terme, rester strictement dans le champ de ses compétences ou des
transferts de charges que lui confie l’Etat mais qu’elle doit
s’approprier de nouvelles compétences, pas des compétences pour répondre
à des sollicitations venant de tous horizons et pour lesquelles il est
effectivement responsable de dire NON, mais des compétences qui
résulteront d’orientations politiques privilégiées, définies en fonction
d’un certain positionnement par rapport à l’avenir.
La Région, telle
qu’elle est dessinée actuellement, n’a pas vocation à gérer. Elle a
vocation, plutôt, à expérimenter et à développer une nouvelle politique.
Et, de ce point de vue, elle doit s’approprier de nouvelles compétences.
A terme, on peut
même imaginer de nouveaux outils fiscaux pour financer ces nouvelles
compétences. A partir du moment où elles correspondent à l’intérêt
général, où elles sont acceptées et qu’on peut les assortir d’outils
fiscaux qui sont également acceptés et indexés sur la qualité des
politiques menées, c’est tout à fait envisageable. Mais c’est très
différent du clientélisme.
|