Séance plénière du 19 novembre 2004

 
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Intervention de Djamila Sonzogni


 La  situation  économique  française  en  tous  cas  en  terme  de chômage et d'augmentation de la pauvreté devient de plus en plus inquiétante.

Alors  que  la  cohésion  sociale  est  l'une  des  priorités  affichées du gouvernement,   l'Etat   semble   se  désengager  d'un  certain  nombre  de dispositifs  qui  y contribue depuis longtemps.

 

L'application de la réforme de  l'Etat  par  la  constitution des pôles thématiques, les désengagements déjà   opérés   ou  la  disparition  annoncée  de  plusieurs  programmes  et dispositifs  d'intervention  de  l'Etat  sans  une  réelle programmation de transfert   deviennent   inquiétants   et   risque  de  laisser  des  zones d'intervention et des besoins sociaux non couverts. C'est là-dessus que je souhaite vous interpeller.


La  politique  de  la  ville,  est  loin  d'être parfaite et demande à être revisitée  en  profondeur. Néanmoins, elle permet de maintenir une certaine cohésion  sociale.  Dans  la  conjoncture  actuelle très difficile elle est d'autant plus nécessaire.


Même  s'ils  ne  sont  pas  parfaits, les Contrats de ville sont un lieu de concertation   et   de   cohérence,   d'expérimentation   et  de  pratiques inter-institutionnelles,  un  lieu d'affichage des politiques publiques. Les dispositifs  polyvalents  et  transversaux  ne trouveront pas d'équivalent dans  les nouveaux pôles thématiques et risquent de disparaître purement et simplement.

 

Or,   ces  dynamiques  ont  contribué  à  créer  une  culture d'intervention  inter-institutionnelle Etat, Collectivités et acteurs locaux particulièrement innovante.


Malheureusement, il semble que l'Etat aille vers un abandon de la politique de la ville à partir  de  2006  sans  proposer de perspectives solides, un transfert sans préparation ni financement vers les autres collectivités.


Les  acteurs  et  les  opérateurs  se  sentent  insécurisés par le flou qui entoure  cette  question,  tandis  que  les besoins relevés et les réponses mises  en  place  sont  plus  que  jamais  nécessaires sans parler de zones d'ombres  et  difficultés dues aux diminutions progressives des subventions publiques dans les dernières années.


Des questions se posent sur le transfert des compétences et des fonds.

Comment    sera-t-il    organisé   (la   concertation,   la communication  et les complémentarités) entre les différentes collectivités ?

Quel sera le rôle de l'Etat ?


Si  les  services de l'Etat se retirent des problématiques traitées dans le cadre  de  la  politique  de  la  Ville  comment éviter l'éclatement de ces politiques ?


Comment  assurer  la  cohésion  sociale dont le gouvernement parle beaucoup sachant  que certaines problématiques vont relever d'un pôle de compétences, d'autres  d'un  autre  (par exemple, le logement, l'exclusion, l'emploi, l'intégration) tandis que certaines vont s'inscrire d'office dans un pôle hors champ.

Quelle  garantie  aurons-nous qu'une municipalité ou autre collectivité ait la  volonté  de  s'investir  dans  ces  problématiques  : l'intégration, la jeunesse,   la   culture, l’intégration des femmes, les projets européens, l’illétrisme… sachant  que  les  transferts  des  compétences pousseront  les collectivités à s'isoler et traiter les "problématiques" de manière spécifique sans afficher de besoin "d'ingénierie" , ni de l'état ni des autres établissements publics.


 Le  thème de la "lutte  contre  les  discriminations" illustre parfaitement les craintes  dans  ce domaine. Diverses initiatives coexistent. La création de la HALDE, la transformation des CODAC en COPEC, les différents chantiers du  Fasild  ou  des  collectivités  locales  comme  le  Relais Municipal de Mulhouse, les apports des fonds européens, doivent être mieux coordonnés et les  moyens  optimisés.  Une  meilleure  inscription  territoriale  des ces problématiques  et  mobilisation  des  acteurs  locaux (et tous les acteurs locaux) nécessitent une présence concertée de l'Etat.


Plus  généralement  on observe un recul de l'Etat dans toutes les formes de contractualisation et la quasi disparition des fonds non contractualisés.

Depuis  deux  ans,  les  crédits  de  l'Etat  sont  versés en deux fois, la deuxième  enveloppe  arrivant  souvent  en fin d'exercice budgétaire. Cette insécurité  financière  nuit aux acteurs et aux opérateurs dans le cadre de l'élaboration de leur programme d'action.


L'Etat  qui  jusqu'à  présent  était  un  garant de la solidarité nationale semble vouloir abandonner son rôle de décideur pour n'être qu'incitateur.

L'Etat se positionne aujourd'hui sur quelques domaines régaliens où il veut jouer  un  rôle  fort  de  décideur  et  d'animateur  dans une logique très centralisée comme par exemple le domaine de l'intégration.

L'évolution  de  la  Dotation  de Solidarité Urbaine (DSU) au détriment des crédits FIV (Fonds d'Intervention de la Ville) est significative.

Le  changement  du  calcul inscrit dans le plan de cohésion sociale devrait avoir  pour effet une intervention financière plus conséquente en direction des villes pour les plus démunis - ce qui est une bonne chose - mais risque également  d'entraîner  une  diminution  des  crédits  au  niveau  du Fonds d'Intervention de la Ville qui actuellement alimente les Contrats de Ville.

Au-delà  des  changements d'affectation des crédits, cette évolution marque un  changement  contractuel.  Les  crédit FIV font l'objet d'une discussion collective  entre  partenaires  du  contrat  de  ville alors que la DSU est versée  directement  à  la collectivité qui en gère la destination seule et qui n'a pratiquement pas de compte à rendre.


Qu'est-ce  qui  obligera  une  collectivité  qui  n'en  a  pas  la  volonté d'utiliser ces fonds pour les plus démunis ?


De  façon  générale,  l'affichage  de  l'Etat  par  rapport  aux politiques publiques  n'est plus clair aujourd'hui : on passe de retrait en retour, je pense  à l'ALT (allocation de logement temporaire), aux CES (contrat emploi solidarité qui ont été diminués puis rétablis.


Cette incertitude généralisée sur les crédits rend difficile la possibilité de  construire,  de travailler dans la durée pour les structures porteuses de dispositifs.


L'Etat  doit  être  garant d'un affichage lisible à long terme pour que les opérateurs  sachent  sur  quel  outil  s'appuyer  par rapport à l'insertion socio-professionnelle.
Il est nécessaire que les différentes collectivités territoriales affichent également leur champ de compétence et la complémentarité de l'Etat. Dans  le  cadre de la décentralisation, nous vivons une zone de flou : rien n'est affiché clairement.


L'Etat s'est aussi désengagé de façon très nette de certains dispositifs.

Les changements à venir dans les politiques publiques d'emploi et de formation, à  commencer  par  la fragilisation des divers dispositifs constituent le deuxième volet de mon interpellation.


1/ Quels   sont   le   devenir   des  dispositifs  spécifiques  pour  jeunes (l'alternance et  les contrats jeunes en entreprise).

Comment entre la loi Borloo  qui prévoit des transformations et les compétences de la Région les choses seront organisées ?

Quelle coordination pour les complémentarités est prévue,  comment  les inscrire dans les dynamiques des zones d'emploi ?

Qui en sera le chef de projet ?


2/ Dispositifs  d'insertion  et de lutte contre l'exclusion.

Les inquiétudes sont  grandes  quant  au  niveau  du  nombre  de  personnes et actions. Les réductions  opérées  dans les dernières années ne laissent pas présager une amélioration  des  dispositifs  comme le Plan CLD, dont l'action principale est  constituée  par   les  SIFE  (stages  d'insertion  et  de  formation à l'emploi). Pourtant  les  besoins  sont  extrêmement  importants,  et  les programmes  de  la Région et de l'Assedic sont loin de couvrir les besoins de ces publics les plus en difficultés.


3/ La même question reste posée sur les différents contrats aidés comme, les Contrats  emplois solidarité, Contrats emplois consolidé ou les Contrats de qualification  adultes, sachant que dans le cadre des enveloppes globalisées les  services  déconcentrés étaient et seront encore obligés de trancher en faveur  de l’un  ou  de l'autre  dispositif,  pour qu'au moins une de ces mesures  reste  à un niveau pertinent. Ces mesures risquent de disparaître pour  favoriser  le  financement  des  mesures  d'aide à la création    d'emploi,    mesures    tout   aussi   nécessaires   mais   qui ne devrait pas être concurrentielles.


4/ Les  dispositifs d'insertion par l'économique et emplois de proximité, se trouvent  depuis  trois ans dans la tourmente. Les moyens globaux manquent, tandis que les publics concernés augmentent, leurs difficultés croissent. Y aura-t-il  pour  les associations intermédiaires (maintien ou non du nombre d'heures  et  de  personnes) et  pour entreprises d'insertion nombre le salariés sera-t-il maintenu ?

 

5/ Le désengagement de l’Etat sur le dispositif « Nouveaux services, Emplois jeunes » dès 2005

 En Alsace, en 2005, cette mesure concernera entre 100 et 200 associations et un peu plus de 200 jeunes, qui devront faire face à cette remise en question par l'Etat des conventions pluriannuelles.

Au total, sur les trois prochaines années, ce sont 400 postes en CDI sur le Bas-Rhin et environ 250 sur le Haut-Rhin qui sont menacés.

Merci

 

Djamila Sonzogni