3.1. Affirmation d’une volonté politique
Les objectifs que nous fixons ne peuvent être
atteints qu’avec une reprise en main de la question de l’énergie par le
politique.
Les dérives de consommation actuelles résultent
d’un pilotage laissé trop longtemps aux fournisseurs d’énergie. La
satisfaction d’une demande dûment raisonnée doit primer sur la logique
de l’offre. Or, cette politique faisant primer la demande passe par
l’affirmation d’une présence et d’un projet politique.
Un tel volontarisme doit, en premier lieu,
s’exprimer au travers de la communication des enjeux et de la
détermination d’objectifs quantifiés. C’est là que se situe la carence
majeure de la politique actuelle de la Région Alsace. Nous voulons
informer les Alsaciens des enjeux actuels et des termes du débat, leur
exprimer clairement quels sont nos objectifs chiffrés en la matière.
Seule une telle communication peut élever les termes du débat, donner du
sens aux efforts de la collectivité régionale et susciter une adhésion
aux politiques proposées.
Faute de l’affirmation concrète d’une telle
volonté politique, tous les efforts parcellaires qui peuvent être
engagés se révéleront vains, participant à un discours utopique qui se
révélera démobilisateur.
Nous voulons enfin faire de la région Alsace une
région experte en matière d’économies d’énergie, de gestion contrôlée et
de production décentralisée grâce aux énergies renouvelables, au
chauffage urbain et à la cogénération*.
Notre plan régional de l’énergie doit permettre
:
De
favoriser une politique de développement économique et de recherche
en faisant de la politique énergétique un vecteur majeur de prospérité
économique et de soutien à l’emploi. Il s’agit par ailleurs d’assurer la
sécurité à long terme de l’approvisionnement en énergie par une
diversification continue de cet approvisionnement à travers un large
éventail de sources d’énergie et
une
anticipation de la hausse des prix des énergies, en particulier,
fossiles et nucléaire.
De diminuer la consommation en favorisant
par tous les moyens la sobriété. Cela implique une politique de
promotion économique favorisant les activités à faible intensité
énergétique, un dispositif de communication et d’incitation adéquat des
décideurs et des consommateurs concernant tous les outils facilitant la
maîtrise de l’énergie. Les pouvoirs publics devront s’attacher à agir
sur le secteur du bâtiment et des transports en favorisant pour ce
dernier les modes durables et en permettant de diminuer les besoins de
déplacement. La promotion de l’efficacité énergétique* à travers un
soutien aux adaptations et mutations techniques dans tous les secteurs
sera au coeur de notre action sur la consommation. Cette notion permet
en effet de faire autant, voire bien davantage, avec bien moins
d’énergie
De réorienter la production en favorisant
et soutenant tout moyen de production décentralisée d’énergie (PDE) par
un programme public d’équipement en énergies renouvelables et la
diffusion de solutions de valorisation efficace de l’énergie primaire* à
travers le développement des réseaux de chaleur des unités de
cogénération*.
3.2. Création d’une Agence Régionale de
l’Énergie
Ce Plan d’action régional de l’Énergie pour
l’Alsace s’énonce en vertu du “droit à l’expérimentation” des Régions.
Ce droit est issu de l’esprit de la décentralisation et permet
clairement aux collectivités régionales de se saisir de nouvelles
compétences au service d’un projet innovant.
Nous nous fondons en premier lieu sur la
création d’une Agence Régionale de l’Énergie qui devra formaliser
et surtout développer et compléter les efforts déjà engagés. Sa mission
sera de mettre en œuvre un Programme Régional de Maîtrise de
l’Énergie ainsi que de définir et suivre un Plan Climat Alsacien
de manière à faire de la Région Alsace un acteur local majeur de
l’énergie.
L’Agence Régionale de l’Énergie travaillera
selon les axes concrets suivants :
3.2.1 Information
Ä
Mettre en place des opérations de communication s’adressant tant aux
particuliers, qu’aux collectivités et au secteur privé
Ä
Organiser un programme de sensibilisation et d’incitation à la
réhabilitation énergétique des bâtiments
Ä
Mettre en place un “Énergie-Bus” s’arrêtant sur les places, marchés,
foires, pour présenter les moyens disponibles pour maîtriser l’énergie
et recourir aux énergies renouvelables
Ä
Offrir un dispositif complet d’aide à la décision, par exemple :
•
Créer un portail Internet fournissant des informations, conseils et
statistiques détaillées sur la maîtrise opérationnelle de l’énergie et
instaurant un réseau interactif des acteurs de l’énergie ;
•
Renforcer les points Info-Énergie et créer de nouvelles agences locales
de l’énergie ;
•
Réaliser un périodique sur l’énergie à l’attention des collectivités,
administrations et entreprises.
Ä
Mettre en œuvre une semaine d’action régionale sur les économies
d’énergie au sein des entreprises et des administrations
Ä
Organiser des rencontres régulières de tous les “décideurs” régionaux
autour du projet territorial de maîtrise de l’énergie. Elles porteront
sur sa mise en œuvre, son suivi dans un esprit fédérateur, dans l’idée
d’en valoriser au maximum les synergies et d’en potentialiser les effets
favorables à la région.
3.2.2 Formation
Ä
Agir auprès des lycées : concours entre lycées afin de sensibiliser les
élèves et les impliquer à travers des projets concrets
Ä
Elaborer un programme cohérent et systématique de formation à la
démarche Haute Qualité Environnementale avec toujours un accent
prioritaire conféré à la cible “énergie”
Ä
Constituer une cellule de veille sur les meilleures politiques mondiales
avec diffusion régulière de renseignements opérationnels auprès des
décideurs
Ä
Offrir un programme de formation à l’attention des personnes gérant des
bâtiments (personnel technique, comptables…) sur les questions de
maîtrise de l’énergie
3.2.3 Incitation
Ä
Subventions régionales
•
Maintien et réévaluation régulière des dispositifs existant en
particulier pour le solaire*
•
Suppression des aides aux pompes à chaleur (pour éviter
l’augmentation de la demande d’électricité)
•
Méthanisation* : programme de développement et de valorisation de
la biomasse* avec une subvention de 30% à tous les projets
•
Petite cogénération* et réseau de chaleur : Ces solutions
techniques doivent être systématisées. Elles doivent être une condition
de soutien à des opérations d’urbanisme et bénéficieront de
l’instauration d’une subvention de 10 %
•
Prévision d’une ligne budgétaire pour des opérations innovantes
intéressantes hors dispositif conventionnel
•
Mini-centrale hydraulique* liée au niveau d’adduction d’eau :
subvention de 10 %
•
Intégration de la maîtrise de l’énergie comme condition à tous les
dispositifs de subvention et de participation de la Région aux
financements renfermant un enjeu (exemple en Savoie). La Région ne doit
plus abonder des projets de maître d’ouvrage négligeant cet aspect
(exemple : chauffage électrique énergivore du Bioscope ou du Mémorial de
l’Alsace Moselle…)
•
Aide de 40% aux études énergétiques préalables aux projets de
construction des particuliers et des collectivités visant à les inciter
à édifier des bâtiments consommant moins de 40 W/m²/an.
•
Instauration d’un dispositif complet d’incitation à l’acquisition
d’appareils (ménagers par exemple) très économes. Des
subventions de ce type peuvent fonctionner davantage que celles en
faveur des énergies renouvelables.
Ä
Saisir toute occasion d’influer sur la fiscalité pour favoriser
le droit à l’énergie et dissuader la gabegie : favoriser un tarif très
social pour une consommation de base, croissant au delà, de manière à
inciter à la sobriété et à intégrer les coûts externes* (impact
environnemental) des surconsommations
Ä
Moduler autant que faire se peut le tarif des cartes grises en
fonction de critères écologiques et de consommation énergétique
appliqués sur les véhicules
Ä
Conditionner chaque aide à la construction et à la réhabilitation
à la réalisation d’un diagnostic énergétique assorti de la tenue
d’engagements
Ä
Proposer des services de diagnostics et de conseils aux particuliers
pour les économies d’énergie et l’énergie solaire* (tests à domicile)
Ä
Aider à la réalisation d’audits énergétiques auprès des
entreprises et collectivités
Ä
Proposer un dispositif d’assistance à la maîtrise d’ouvrage à
usage interne (par exemple : préparation de cahiers des charges types)
Ä
Créer un poste de facilitateur pour les questions énergétiques,
afin de coordonner les différents acteurs, maîtres d’ouvrages et maîtres
d’oeuvres, sur des projets de construction
Ä
Aider à l’investissement pour les PME convertissant leurs outils
de production en vue d’un gain significatif en sobriété énergétique
Ä
Aider à l’investissement pour des équipements très performants
normalisés de production ou d’utilisation d’énergie
Ä
Normalisation : La Région ne devra édifier pour ses besoins propres et
n’accepter de soutenir financièrement que des bâtiments ayant une
consommation énergétique maximum de 40 W/m²/an, sauf dérogation, au cas
par cas.
Ä
Contractualisation
•
Promotion des “contrats énergie” favorisant auprès des
institutions publiques et des entreprises une externalisation de la
gestion de l’énergie leur permettant de financer les investissements par
les économies dégagées.
•
Exigence de l’intégration d’un volet “politique énergétique” dans
tous les contrats de pays et les projets de pays
•
Embauche d’économes de flux au niveau des pays
•
Détermination de critères de performance et d’interprétation des
études diagnostics en énergies renouvelables pour les maîtres d’ouvrages
•
Instauration d’un système de bonification contractualisé,
articulé autour des économies d’énergie réalisées, pour toutes les
institutions liés au Conseil Régional d’Alsace (Lycées, Hôpitaux…).
Lorsque la Région prend en charge les frais de fonctionnement, un
conventionnement sera établi entre l’autorité gestionnaire, les usagers
et la collectivité de manière à l’intéresser à la sobriété.
• Elaborer et étudier la
mise en place de normes pour tous les projets de la Région
Alsace, présenter une charte de l’usage efficace de l’énergie
accompagnée de préconisations chiffrées. Celle-ci devra être soumise par
contractualisation et après concertation aux Maîtres d’ouvrages.
3.2.4 Participation
Ä
Défendre les services publics de l’énergie en participant à leur
adaptation aux critères écologiques et sociaux du développement durable.
Ä
Obtenir que la maîtrise de l’énergie soit un volet majeur des futurs
contrats de plan Etat-Région.
Ä
Engager une prise de participation régionale dans toutes les
entreprises de production d’énergie. Subventionner et soutenir les
régies locales en fonction de ces objectifs. Aller vers un service
public régional de l’énergie.
Ä
Mettre en place un fonds financier d’investissements locaux dans
les énergies renouvelables
Ä
Susciter des financements “citoyens” de projets en favorisant les
démarches coopératives, en particulier dans l’investissement dans des
projets d’énergies renouvelables
Ä
Soumettre régulièrement au débat la politique de l’énergie
(statistiques sur Internet, rencontres, débats, séminaires, évaluation…)
de la Région.
Ä
Engager de manière générale une véritable démarche participative
: expliquer clairement les enjeux pour débattre ouvertement des options
et des solutions.
3.2.5 Coordination
Ä
Définir, en partenariat avec les acteurs locaux, des objectifs chiffrés
de baisse de la consommation d’énergie, source par source, secteur par
secteur
Ä
Afficher et se tenir à des objectifs chiffrés et datés de production
d’énergies renouvelables, source par source
Ä
Identifier et fédérer les acteurs et les projets locaux de l’énergie
autour d’un projet commun
Ä
Créer et développer un réseau de collectivités s’impliquant dans
l’utilisation rationnelle et les économies d’énergie, ainsi que dans les
énergies renouvelables
Ä
Fixer en concertation des indicateurs de durabilité et de critères
d’évaluation permettant aux communes de connaître leur situation.
Ä
Œuvrer à la conclusion d’accords de branche dans l’industrie
3.2.6 Suivi et évolution
Ä
Mise en place d’un Observatoire Régional de l’Energie dans le
cadre du Schéma de Services Collectifs de l’Énergie
Ä
Observation et saisie des possibilités d’intervention dans
l’organisation du marché régional de l’électricité et du gaz
3.2.7 Développement économique
Ä
Mettre en place et exploiter un outil d’intelligence économique
dédié aux questions liées à l’énergie. Cette question doit être au cœur
de la réflexion prospective de la Région Alsace.
Ä
Structurer une filière transfrontalière de Recherche / Développement
dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité
énergétique* en apportant le soutien d’un programme public régional.
Ä
Participer à la création d’un pôle d’innovation spécialisé dans les
“effi-entreprises” et mettre en place un “Cluster”, structure
dévolue à la création d’outils de développement économique spécialisé
dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique*.
3.2.8 Egalité sociale
Ä
Mettre en place une instance de médiation dédiée aux relations entre un
client en difficulté de paiement et un fournisseur
Ä
Favoriser une tarification écologico-sociale de l’électricité. Il est
inadmissible de constater qu’en France les coûts fixes rendent l’accès à
l’énergie coûteux alors que les tarifs déclinent avec les volumes
consommés incitant à la gabegie
Ä
Définir des modalités d’intervention pour améliorer les
performances énergétiques du parc HLM ou social de fait,
dans le cadre de la lutte contre l’exclusion
3.2.9 Exemplarité des projets de la
collectivité régionale
Ä
Les bâtiments à la charge de la Région (lycées, Maison de la Région…)
doivent être exemplaires. Pour cela, la Région devra :
•
Mettre en œuvre un programme de création systématique d’unité de
cogénération* pour tout projet de chaufferie
•
Développer et systématiser les réseaux de chaleur comme moyen de
chauffage pour les projets d’urbanisme. Ces réseaux devront être
optimisés par un couplage à des unités de cogénération*
Ä
La Région veillera à faire appel aux projets innovants et aux nouvelles
techniques et technologies de l’économie d’énergie
3.2.10 Utilisation efficace de l’énergie
primaire*
Ä
Cogénération*, voire trigénération : production combinée de chaleur et
d’électricité, voire de froid
Ä
Œuvrer à travers un dispositif de subvention adéquat à systématiser ce
type d’équipement pour tout projet de chaufferie d’une certaine taille.
La cogénération* à partir de la biomasse* sera favorisée.
Ä
Réseau de chaleur : idem
3.2.11 Production d’énergie renouvelable*
Solaire* (chauffage et
photovoltaïque) : promotion systématique dans le parc social et
collectif, étude de la réévaluation du dispositif d’aides
Bois* couplage du
développement de son usage aux économies thermiques pour préserver la
ressource, favoriser sa valorisation optimale par des unités de
cogénération* et des réseaux de chaleur
Eolien* mise en œuvre rapide
d’un plan d’équipement volontariste d’ampleur sur les secteurs délimités
par le schéma de développement dans un premier temps
Géothermie* participation de la Région
Alsace au développement de la filière moyenne mais aussi basse
température (aujourd’hui totalement négligée). Identification et mise en
place dans cette perspective d’une maîtrise foncière prévisionnelle
Méthanisation* mise en place d’un programme de
diffusion et de développement régional de cette technique de
valorisation des déchets de la biomasse*
Biocarburant* promotion de l’usage de
l’huile brute dans l’agriculture avec l’objectif de permettre plus
d’autonomie de ce secteur et de favoriser une filière courte et
rationnelle en termes d’écobilan et de bilan énergétique.
Petite hydraulique* étude de la remise en état
de canaux usiniers sous la condition de compatibilité avec le maintien
de l’écosystème fluvial
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