Pour un Plan Énergie pour l'Alsace

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La Région Alsace a lancé récemment un programme de développement des énergies renouvelables. Doté d’un budget de 5,5 millions d’euros sur deux ans, le programme Energivie résume les ambitions de la Région. Cette intention louable se réduit pourtant à un dispositif uniquement incitatif concernant seulement deux types d’énergies renouvelables, le bois* et le solaire*[1]. Quelle utilité peut-on trouver à cet engagement, si, au total, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale stagne, voire diminue ?

Ce programme exprime une vision extrêmement réductrice de la question de l’énergie. Celle-ci est laissée au libre cours des forces du marché qui, par leurs offres commerciales, déterminent quasi souverainement la politique de l’énergie en Alsace comme ailleurs en France.

L’absence de résultat en termes de maîtrise de l’énergie de cette politique montre les limites d’une telle attitude et nous conduit à penser une politique plus cohérente et plus exigeante.

Un contexte nouveau

Plus cohérente, car le pilier d’un avenir plus écologique réside clairement dans une demande énergétique faible.

En effet, selon l’Agence Internationale de l’Energie, la demande d’énergie au niveau mondial aura augmenté en 2030 de 60 % par rapport à 2002 avec un doublement de la demande en pétrole et en énergies renouvelables*. Par ailleurs, de nombreux experts nous signalent que nous nous trouvons proches de la rupture historique représentée par la fin de l’énergie abondante et bon marché, et que ce mouvement ne fait que s’accélérer avec l’arrivée sur le marché de pays émergents (Chine, Inde…). Il importe dès lors de préparer sans tarder un nouveau mode de développement de notre société.

Si l’on considère cette tendance lourde à l’œuvre actuellement, il apparaît qu’une vraie politique régionale de l’énergie exige en premier lieu une action vigoureuse pour stabiliser et si possible faire baisser la demande d’énergie finale*, celle utilisée pour satisfaire les besoins.

Des objectifs structurés

Une politique d’économie d’énergie nantie d’objectifs de maîtrise, et si possible de baisse de la consommation, constitue donc la toute première priorité. Elle implique une promotion de la sobriété qui passe certes par des incitations aux particuliers mais aussi par une révision des politiques publiques.

Au premier chef, la place accordée aux transports non durables*. Les acteurs économiques doivent être accompagnés pour leur permettre de baisser leur consommation, par la diffusion de nouvelles valeurs, d’informations et d’aides aux décisions opérationnelles ainsi que par un accès facilité aux nouvelles techniques. Des gisements d’économie considérables sont à exploiter, en particuliers au niveau du bâti.

Pour rendre cette maîtrise acceptable, la progression des rendements d’utilisation de l’énergie, l’efficacité énergétique*, doit constituer le deuxième axe d’amélioration.

Ce souci de valorisation maximale des ressources primaires* doit aussi concerner la production d’énergie finale* à travers un développement des réseaux de chaleur* et des unités de cogénération*, axes totalement délaissés par la Région.

Un programme de développement pluriannuel plus large et plus vigoureux de production d’énergie renouvelable* reste nécessaire, mais en tant que complément.

Il faut dire aux Alsaciens la vérité sur les données de l’équation énergétique et les convier à débattre des options réalistes qui s’offrent. Le développement de l’éolien*, notamment, ne saurait faire l’économie de ce type de démarche participative.

Par ses compétences actuelles, le Conseil Régional d’Alsace peut d’ores et déjà appliquer une politique de l’énergie de façon transversale en la déclinant dans les domaines de l’aide aux entreprises, des politiques territoriales, des transports, mais aussi de l’agriculture.

Vers une réappropriation politique

Plus exigeante, dans la mesure où nous souhaitons, à travers ce plan, affirmer une réappropriation par le politique de cette question publique essentielle, seule manière réaliste de traiter ce problème. A nos yeux, le pouvoir politique doit s’attacher à définir une politique de l’énergie. Cette question est trop importante pour être laissée aux fournisseurs d’énergie comme ce fut, de facto, le cas jusqu’à présent avec les résultats dommageables que l’on sait. Aux politiques de substituer une politique de la demande à celle de l’offre, génératrice de gabegie, qui prévalait.

D’autres pays, d’autres régions ont réussi, grâce à des politiques volontaristes et au rôle moteur des acteurs publics, à maîtriser leurs consommations et atteindre des objectifs ambitieux d’économie d’énergie et de production d’énergie renouvelable*, avec, à la clé, la création de nombreux emplois. C’est à la lumière de ces expériences que nous avons pu ajuster nos propositions et orienter notre programme.

La Région Alsace ne doit pas se contenter d’inciter mais doit devenir elle-même un acteur majeur dans le secteur de l’énergie, en s’appropriant les compétences nécessaires. Ce volontarisme reste aujourd’hui insuffisant, même dans le seul domaine des énergies renouvelables. Ce secteur doit faire l’objet d’une planification pluriannuelle ambitieuse nantie d’objectifs chiffrés dans tous les domaines.

Si la Région doit se mobiliser, elle doit aussi permettre aux Alsaciens de s’impliquer dans le secteur de l’éolien*, en friche, de la géothermie basse température*, totalement négligée, de la production et de la distribution rationnelle de l’énergie grâce au développement de la cogénération* et du soutien aux réseaux de chaleur, tous deux en friche.

Une chance à saisir

Enfin, loin de voir dans la question de l’énergie seulement un problème, nous y voyons une formidable opportunité pour l’Alsace. Les nouvelles technologies liées aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique*, mais aussi à un dispositif décentralisé de production de l’énergie ne constituent pas seulement des solutions, mais peuvent demain révéler autant d’atouts.

Ceux-ci peuvent se situer au cœur d’un projet de Recherche / Développement constituant un secteur qui s’avérera, nous n’en doutons pas, être bientôt une véritable “nouvelle économie”.

Une telle ambition serait source de synergie majeure entre la volonté de faciliter dans notre région les mutations techniques nécessaires à notre projet de maîtrise de l’énergie et celle de placer l’Alsace sur les rails d’un développement économique parfaitement soutenable à l’heure où il est encore possible de s’y positionner avantageusement.

Devenir un acteur majeur et cohérent

Notre plan correspond à un projet ambitieux fondé sur une vision globale des enjeux. Il est assorti d’objectifs fermes et veut rompre avec la politique régionale actuelle timorée et dépourvue de vision globale des enjeux.

Il s’agit aujourd’hui de passer de mesures parcellaires portant sur quelques moyens ponctuels (soutien au solaire* et à la filière bois*), à une multiplication de ceux-ci, au service d’une politique générale, dont la cohérence serait basée sur des objectifs structurés.

Ce Plan Energie pour l’Alsace se fonde sur l’affirmation de la vocation à l’expérimentation des Régions. Il s’appuie sur la création d’une Agence Régionale de l’Energie qui devra formaliser, développer et largement compléter les efforts déjà engagés par la Région pour en faire un acteur local majeur de l’énergie.

Face à des décennies d’inertie politique à tous les échelons, confrontés aux dégâts manifestes du “laisser-faire”, nous souhaitons restaurer la notion de service public de l’énergie. L’institution régionale a les moyens de refonder cette idée autour de valeurs restaurées et partagées, et à travers un projet propre qui soit adapté aux considérables défis environnementaux, économiques et sociaux du présent.


 

 

[1] * Les mots suivis d’un astérisque sont définis dans le lexique ( pages 18 à 25)